Au village Onkoua, a une cinquantaine de kilomètres de Franceville (Haut-Ogooué), on a presque envie de dire que les braquages meurtriers sont inconnus pour les habitants de cette localité. Puisque c'est dans la forêt, le plus souvent au cours d’une partie de chasse, que la mort frappe, non pas les animaux mais surtout les hommes.
Cette fois, c'est le malheureux Basile Ngaba, qui a trouvé la mort dans des circonstances qui restent à élucider; alors qu'il était parti à la chasse avec deux compagnons, dont un certain Séraphin Ngodélé - l'identité de l'autre nous étant inconnue pour l'instant. Toutefois, les deux gaillards ont été, en début de janvier 2005, appréhendés par les éléments de la Brigade de recherche de la gendarmerie de Franceville. Et depuis un mois, ils méditent sur leur sort en attendant l'ouverture du procès. Rappelons qu'en 2004 déjà, c'est dans ce même village, toujours au cours d'une partie de chasse, que le sieur Godefroy Toumbi a froidement abattu son compagnon le dénommé Ayo. C’est â croire que tous les chasseurs altogovéens souffrent d'une inguérissable berlue.
Selon nos informations, le regretté Basile Ngaba, accompagné de Séraphin Ngodélé, alias Otandou, et le fameux inconnu, ont organisé une partie de chasse dans la cambrousse jouxtant le village Onkoua. Quelques jours plus tard, seuls deux des trois chasseurs reviennent au village avec un maigre burin. C’est avec stupéfaction que les villageois apprennent, de la propre bouche d'Otandou, que leur compagnon, « Basile a été tué par un éléphant ! ». Toujours selon les dires du même Otandou, ils ont, tous les trois, croisé un éléphant sur leur chemin. Ils tentent alors d'abattre le pachyderme, mais le blessent légèrement.
Rendu furieux celui-ci a foncé sur eux. Malheureusement, c'est le pauvre Basile, le moins alerte d'entre les trois, qui est touché par l'animal blessé. A la suite de quoi, il a trouvé la mort.
Cette version des faits ne convainc pas les éléments de la brigade de recherche de Masuku, qui effectuent aussitôt une descente au village Onkoua. Puis ils se rendent sur les lieux de l'accident, accompagnés de quelques villageois et des deux « survivants » de l'attaque de l'animal. Or sur place, ils découvrent, non pas un corps transpercé par les pointes d'ivoire du pachyderme, mais complètement dépecé au couteau. Encore plus accablant, il n'y a sur les lieux aucune trace d'une quelconque bataille avec un éléphant.
Constat fait, les éléments demandent alors aux proches du défunt de transporter la dépouille au village afin de procéder à l'inhumation. Mais à Onkoua, après le départ des maréchaussards et des deux « survivants » pour enregistrement de leur déposition, les parents de la victime, criant vengeance, tombent à bras raccourcis sur la famille du présumé coupable. Devant cette furia vengeresse, ces derniers n'ont d'autre choix que de prendre la poudre d'escampette… Profitant de leur fuite, les parents du défunt investissent le domicile du père du présumé coupable, le sieur Ngodélé, puis creusent une tombe au milieu du salon où ils enterrent leur enfant mort en brousse.
Alors qu'à Masuku les deux « survivants », après avoir été entendus sur procès-verbal, ont été déférés, en attendant leur jugement. Qui ne manquera pas d'étonner les juges, habitués à ces bavures criminelles des bigleux chasseurs altogovéens.