Selon deux communiqués contradictoires, dont l'un émane du ministère de la Défense nationale, et l'autre des ressortissants du canton Basse-Louétsi réunis hier à Libreville, plusieurs morts auraient été enregistrés à la suite de coups de feu. Les faits.
LA POPULATION du canton Basse-Louetsi, constituée essentiellement des ressortissants des villages Mandji-Dibwangui, Ndoubi, Makongonio, Inunu Shia-Bola, etc., dans le département de la Boumi-Louetsi (Mbigou), est montée au créneau depuis quelques jours pour réclamer aux pouvoirs publics l'accès aux services de base : électricité, eau, équipements sanitaires et scolaires, couverture en télécommunication, etc.
Avant d'en arriver là, les manifestants avaient pris la précaution de rencontrer l'administrateur départemental à qui ils avaient présenté leur cahier de revendications. A commencer par la remise en marche du barrage hydroélectrique construit sur la rivière Louetsi. Dans le même temps, ils se sont engagés à poser des actes au cas où ces revendications n'étaient pas prises en compte.
Ainsi, pour interpeller les pouvoirs publics, les manifestants ont choisi les villages Mandji et Makongonio pour y ériger des barricades, sur la route, précisément aux endroits stratégiques où coulent des rivières et où sont posées des buses.
HISTORIQUE
Or, grâce à l'électricité fournie par le barrage pendant ces deux années de fonctionnement, certains riverains et d'autres fils de la contrée s'étaient équipés en compteurs et avaient pu créer des activités économiques, luttant ainsi efficacement à la fois contre l'exode rural, le chômage et la pauvreté. Et pourquoi pas contre l'enrichissement illicite. Fléaux dont on sait qu'ils ont fait beaucoup de mal au pays.
Six ans plus tard, la population, de plus en plus confrontée à des difficultés économiques, entre dans une rare colère, s'insurgeant contre la non prise en compte des préoccupations liées à ses conditions de vie.
Aujourd'hui, les revendications ont dépassé le domaine initial de l'électricité, pour toucher d'autres secteurs. On souhaite que les écoles du canton soient réhabilitées, car l'idée que depuis leur création, ces établissements scolaires n'ont jamais bénéficié du moindre regard de la tutelle, est en train de faire son chemin. Elle est davantage confortée depuis avril dernier, où une bourrasque a emporté des toits des logements des professeurs... La carence en équipements scolaires (tables-bancs) est également évoquée.
Au plan sanitaire, les manifestants revendiquent autant l'approvisionnement du dispensaire en médicaments que la présence d'un praticien. Puis dans le domaine des télécommunications, ils demandent la couverture du canton en radio et télévision.
A l'issue de l'expiration du "préavis de grève", des habitants de Makongonio et de Mandji ont simultanément, dans la nuit du 31 août au 1er septembre, abattu les arbres sur la voie publique, et ont creusé des tranchées autour de la buse, sur la rivière, à l'entrée du village Mandji. But : empêcher les usagers de circuler librement. Objectif : interpeller les pouvoirs publics.
Pour être sûrs que personne ne viendrait tout réparer de nuit, ils ont organisé des piquets de surveillance, de jour et de nuit. Voilà pour la genèse de la crise.
Hier en soirée, deux communiqués relatifs à cette affaire sont parvenus à la rédaction de L'Union Plus. Le premier émanant du ministère de la Défense nationale (Lire en, page 2) fait état de deux morts et de plusieurs blessés du côté des gendarmes, et d'un décès chez les civils.
A la suite d'une réunion, les ressortissants du canton Basse-Louétsi résidant à Libreville parlent eux d'un mort et de plusieurs blessés chez les manifestants.
Nous espérons que l'enquête diligentée par le ministère de la Défense nationale permettra de faire rapidement toute la lumière sur cette dramatique affaire.
• Sur place, mais aussi à Libreville, on rappelle qu'en 1996, deux ans avant l'élection présidentielle de 1998, un petit barrage hydroélectrique avait été mis en fonctionnement sur la rivière Louétsi, pour fournir en énergie toute cette contrée partant de Mandji à Makongonio. Peu de temps après ce rendez-vous politique, une haute personnalité originaire de la zone avait ordonné l'arrêt du fonctionnement du barrage, estimant que cette électrification rurale était inutile, la structure ne faisant fonctionner aucune industrie.