LIBREVILLE, 16 mars (AFP) - 9h21 - "Au village, on disait que le Gabon c'est bien, qu'on y fait ce qu'on veut, alors moi aussi j'ai voulu venir voir le Gabon", explique Affissatou, jeune Togolaise de 17 ans, au centre Emilie de Villeneuve de Libreville qui accueille les victimes du trafic d'enfants.
Quand il y a un peu plus de deux ans, une femme lui a proposé de partir avec elle au Gabon pour y apprendre la couture, Affissatou n'a pas hésité.
Direction le Nigeria d'abord, où elle attend plusieurs mois avec d'autres gamins d'embarquer dans une pirogue surchargée d'enfants pour un terrifiant voyage de quatre jours et quatre nuits jusqu'au Gabon.
"Dans la pirogue, j'avais peur, j'ai cru qu'on devait mourir. Il y avait la tempête, le conducteur de la pirogue ne savait pas conduire car il avait trop bu", raconte la jeune fille d'une voix douce et triste.
Elle ne sait pas combien d'enfants voyageaient avec elle, trop nombreux en tout cas pour pouvoir les compter. "On s'asseyait les uns sur les autres", se souvient-elle seulement.
Le pied à peine posé, en pleine nuit, sur le sol gabonais, le rêve d'une vie meilleure s'est immédiatement mué en cauchemar.
"Dès qu'on est arrivé, elle (la trafiquante, ndlr) a commencé à m'insulter, me frapper, me maltraiter", raconte la jeune fille, qui est placée chez plusieurs "patronnes" successives, gabonaise, malienne, béninoise..., qui payent 50.000 F CFA (76 euros) par mois à la trafiquante.
Quelque soit la patronne, les journées sont pratiquement les mêmes: 18 heures de travail, un seul repas par jour, le peu de sommeil auquel elle a droit pris à même le sol. Le tout sans toucher un sou.
L'argent de son petit commerce qu'elle ramène à la maison, jusqu'à 20.000 F CFA parfois, affirme-t-elle, est récupéré intégralement par la patronne.
Réveillée dès six heures du matin, Afissatou s'attaque au ménage, prépare le petit déjeuner, auquel elle n'a pas droit. A huit heures, elle part au travail. Sa dernière patronne lui faisait vendre des glaces et des friandises dans la rue d'une école de Libreville. Retour à midi, où pendant trois heures, elle balaie, récure, lessive, fait la vaisselle... avant de repartir dans la rue avec sa marchandise, sans avoir mangé.
De retour vers 18 heures, il lui faut encore préparer le dîner, puis nettoyer de nouveau, et préparer les glaces qui seront vendues le lendemain, avant d'avoir le droit de manger. Chez une des patronnes, "s'il y a des restes, je mange, s'il n'y a pas de reste, je ne mange pas", raconte-t-elle. Chez une autre, il faut en plus s'occuper de deux enfants de cinq et dix ans.
Elle ne rejoint la paillasse sur laquelle elle dort que vers minuit. Avant de recommencer le lendemain, et les jours suivants, sept jours sur sept.
Des journées rythmées par les insultes et les coups. "Une patronne me frappait tous les jours avec du fil électrique en disant que je ne travaillais pas assez vite", se rappelle-t-elle. Parfois, les coups pleuvent sans raison.
Afissatou finira par s'enfuir de chez sa dernière patronne. Récupérée par l'ambassade du Togo, elle a été placée au Centre Emilie de Villeneuve de Libreville, géré par le Collectif des ONG contre le travail des enfants (COCTE), aux côtés d'autres jeunes filles aux expériences similaires.
Sidonie, Togolaise de 16 ans raconte par exemple les journées entamées à quatre heures du matin par des coups, les viols du mari de la patronne.
"Insultées, tapées, talochées", avec toutes sortes d'objets, Roukia, Adjara, Kadira, racontent toutes le calvaire des journées interminables et épuisantes, les insultes, le manque de sommeil et de nourriture.
Affissatou attend maintenant impatiemment de retrouver les siens au Togo, où elle pourra réaliser le rêve qu'on lui avait fait miroiter: apprendre la couture.
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