Le 767 de la Compagnie nationale a regagné Libreville samedi soir après avoir été cloué au sol 24 heures durant à Lagos pour une facture impayée et dont le règlement était pourtant en cours.
VÉRITABLE odyssée que celle qu'ont vécue les passagers (une quarantaine) du vol GN 129 d'Air Gabon, partis de Dakar le 4 juillet dernier et qui ne sont arrivés à Libreville qu'un jour plus tard. Les faits, racontés avec force détails par une passagère visiblement excédée, révèlent des dysfonctionnements ayant émaillé ce voyage. Du reste, ses compagnons de voyage et elle ont signé une sorte de pétition et comptent bien exiger des dommages et intérêts a Air Gabon pour le préjudice subi. Un préjudice à la fois matériel et moral.
Mais déjà, la direction générale d'Air Gabon, que nous avons contactée hier, se dit prête à d'éventuelles compensations commerciales, tout en regrettant ce qui est arrivé et qui ne dépend ni de la Compagnie, encore moins des clients, assure Emmanuel Nzé Bekalé, le président-directeur général.
Selon le récit de notre passagère, qui avait embarqué à Abidjan, le vol pour Libreville avec escale à Lagos du 4 Juillet était convoqué à 8 heures. L'avion n'était finalement arrivé que très tard dans la soirée à Abidjan en provenance de Dakar. Et c'est à 20 heures que les passagers ont été embarqués. Soit après 12 heures d'attente.
Sur ce plan précis, le directeur commercial, Yves Réningot, explique que le vol en question était, à l'origine, prévu pour décoller de Dakar, très tôt le matin du vendredi après y avoir passé la nuit. Mais ayant pris du retard à Dubaï, la veille, la Compagnie a décidé un renforcement d'équipage en faisant un aller retour Dakar-Libreville le même jour. Ce qui, logiquement, a provoqué un dérègle ment des horaires prévus.
N'empêche, raconte notre passagère, rien n'a été prévu à bord au départ d'Abidjan. Seuls, les trois passagers de première classe ont eu droit à une maigre collation. : "Je ne suis as sûre que ceux de la classe affaires aient bénéficié de ce privilège", commente-t-elle, amère. Après une heure de vol, l'avion est tout de même arrivé à Lagos, une escale prévue.
CONVENTION • Mais, contre toute attente celle-ci est plus longue que d'habitude. Au bout d'une bonne heure, alors que tout le monde commence à "stresser", un membre de l'équipage vient ramasser les passeports des passagers non originaires de l'Afrique de l'ouest. On croit à une vérification de routine. L'attente, elle, se prolonge indéfiniment et, au bout du compte, on invite les passagers â descendre de l'appareil. L'avion ne pourra plus repartir. Fin du premier acte.
Nous avons voulu en savoir davantage au sujet de cette immobilisation auprès du PDG d'Air Gabon: Ce n'est tout de même pas courant, en effet, pour les aéroports de retenir des avions en escale. Il se trouve que les autorités de Lagos en étaient arrivées à cette extrémité pour les raisons que nous donne M. Emmanuel Nzé Bekalé. Il explique que l'Etat avait décidé de prendre en compte les dettes d'Air Gabon jusqu'au 31 décembre 2001. Et dans celles-ci, il y avait l'ardoise de 600 millions de FCFA due à la Nama, l'équivalent de l'Asecna pour les pays anglophones.
L'Etat gabonais avait alors rédigé une convention adressée à Lagos pour approbation. Il s'agissait, dans celle-ci, de déterminer les modalités d'épuration de cette dette. Dans un premier temps, révèle M. Nzé Bekalé, les autorités de Lagos avaient prétendu n'avoir rien reçu. Il avait fallu un second courrier sous couvert de DHL, en février dernier, pour qu'elles accusent enfin réception. Mais en plus, la Nama retarde la procédure au motif qu'elle doit d'abord procéder à la traduction de la convention.
Un texte de quelques lignes à peine. Pour le Gabon qui flaire du louche, il y a manifestement anguille sous roche et ce qu'il craignait tant s'est donc finalement produit ce 4 Juillet : la saisie de l'appareil. Les autorités de Lagos ont décidé, "de façon inamicale", dira M. Nzé Bekalé, de faire une sorte de contrainte par corps. A cette différence près que le corps ici, était celui d'un avion.
Heureusement que ce jour-là, se réjouit le PDG, d'Air Gabon, il avait laissé son portable ouvert toute la nuit et c'est grâce à ce moyen de communication que le représentant de la Compagnie, en poste à Cotonou, était parvenu à le joindre nuitamment. Hasard ou chance. A ce moment précis, M. Nzé Bekalé était précisément à une réception où il y avait tous les décideurs. Les ministres des Finances et des Affaires étrangères, notamment.
FIN DU CAUCHEMAR. Séance tenante, le nécessaire est fait pour réunir les 600 millions et faire un ordre de paiement aux autorités de Lagos. Samedi donc, le 767 a pu quitter l'aéroport Murtala Mohammed pour regagner Libreville. Mais de ces tractations, seuls les membres de l'équipage ont été informés. Pour les passagers en revanche, c'est le désespoir total. Ils sont conduits dans un motel qui sent le renfermé. Où ils refuseront de dormir, préférant rester regroupés dans le hall. Certains, "mortsde fatigue" s'endorment dans les fauteuils malgré la faim qui les tenaille.
Le matin, le représentant les conduit à bord de bus affrétés expressément jusqu'à la frontière du Bénin où d'autres cars, hypersurchargés, leur permettent de poursuivre leur voyage qui les emmène tout droit à Cotonou où un autre avion de la Compagnie les embarquera pour Libreville. Quatre passagers n'ayant pu trouver de place dans l'appareil ont été contraints de passer une nouvelle nuit dans la capitale béninoise. Aux frais d'Air Gabon. Pour les autres, il s'agit désormais d'oublier "la folle randonnée".