0n ne les verra plus. Dix-sept des 21 passagers du minibus entré en collision avant-hier avec un camion grumier, au village Massika, à 27 km de Lambaréné, sont partis pour un voyage sans retour. Avec ce lourd bilan, le département de Tsamba-Magotsi vient de connaître la plus grande tragédie de son histoire. Dès l’annonce du drame qui s'est produit aux environs de 11 h, la ville de Fougamou a été plongée dans une période de deuil.
De fait, l'heure est à la désolation. De mémoire de Gabonais, c'est la catastrophe la plus meurtrière jamais enregistrée dans l'histoire de cette petite localité de la Ngounié. 17 morts, tous ressortissants de la contrée! Une femme, des enfants, des jeunes et des adultes, tous morts broyés par la ferraille d'un minibus phagocyté par un grumier.
Des catastrophes, Tsamba Magotsi en a pourtant connues par le passé, comme la collision en septembre 1993 à Mandilou d'une limousine avec un camion grumier, qui avait tué plus de cinq personnes sur le champ. Mais pas plus l'évocation de ce drame que celle d'autres tragédies n'atténuera la douleur des populations de Tsamba Magotsi. Celles-ci ont été complètement sonnées par l’ accident survenu dimanche sur l'axe Lambaréné-Fougamou.
Le fait que les victimes soient toutes des ressortissants de Tsamba-Magotsi n'est pas surprenant. En effet, le mini-bus assurait la liaison entre Libreville et Fougamou au moins trois fois par semaine. Et ces hommes et femmes disparus ralliaient la capitale après avoir passé les vacances dans leur terroir.
Dans une large mesure, le minibus conduit par un sujet burkinabè - mort également sur le champ - était devenu le trait d'union entre Libreville et Fougamou. «C'était notre occasion sûre», observe un ressortissant de Tsamba-Magotsi.
Dans une région où la solidarité est ancrée dans les mœurs, chaque famille porte le deuil. Parce que si ce n'est pas tel cousin qui a péri, c'est la femme de tel autre ou l'oncle. Le choc est terrible. Les questions sont nombreuses. Pourquoi le chauffeur du minibus, un habitué de la route, a-t-il voulu effectuer un dépassement alors que la visibilité était nulle ? Pourquoi le chauffeur du grumier qui roulait chargé, refusait-il la priorité au minibus qui, dit-on, ne cessait de klaxoner derrière lui ? À quand le bitumage de la route Lambaréné-Fougamou ?
MARÉE HUMAINE * Les choses sont allées tellement vite que même les habitants du petit village de Massika se sont retrouvés devant une marée humaine provoquée par le choc du minibus pris en sandwich par deux grumiers. La confusions a gagné tout Tsamba-Magotsi qui a vu démarrer le véhicule en milieu de matinée. Parmi les victimes on compte notre confrère Joseph Mboundou Mboundou et cinq de ses enfants, qui rentraient de vacances de Fougamou. Tout comme l'ancien préfet, Jérôme Pambou Niavaba, le chargé des missions du président de la République auprès du président du Conseil économique et social (Ces), Jean-Baptiste Moussambi Moussambi, le frère, cadet de Louis-Gaston, Mayila Benjamin Ndouagni, le chef du cantonnement des Eaux et Forêt de Fougamou, Parfait Mouloungui, etc.
Le minibus accidenté a été mis en service au lendemain des élections législatives de 2001 par un fils de la localité, pour pallier l’insuffisance des moyens de transport entre Fougamou et Libreville. Le véhicule qui n'assurait, dans un premier temps qu’une rotation hebdomadaire a revu à la hausse son nombre de dessertes, devant la forte demande des usagers. Très moderne et beaucoup plus rassurant avec un équipage sérieux, le véhicule assurait la liaison au moins trois fois par semaine et mettait environ 10 h en route.
Au demeurant, la présence de ce véhicule apparaissait comme indispensable, surtout en cette période de saison sèche où les moyens de transport deviennet souvent rares. C'était le moyen de transport du plus grand nombre entre Fougamou et Libreville. La route, en plus de sa longueur (plus de 300 kilomètres) était abandonné en raison de son mauvais état.