Montclair, USA (24 mai 1999) - Dans une dépêche de l'AFP en date du 7 mai 1999, Jean-Pierre Lemboumba, qui s'était lui-même immensément enrichi comme membre du gouvernment entre 1980 et 1989, déclarait que certains titulaires du ministère des finances gagnaient "au bas mot 30 millions de FCFA mensuels (300.000 FF)".
On serait effectivement tenté de croire Lemboumba puisqu'il fut le grand argentier et homme de confiance de Bongo à l'époque où les deux hommes étaient sur la même longueur d'onde. Ce que cette déclaration démontre c'est que la fonction politique s'est, au fil des années, transformée en une vraie mine d'or pour la classe politique gabonaise. Comment alors s'étonner que la plupart des Gabonais, qu'ils soient de l'opposition ou de la mouvance bongoïste, veuillent se jeter corps et âmes dans cette fonction par trop lucrative?
Le contraste est saisissant quand on compare un petit pays d'un million d'habitants comme le Gabon à la nation la plus puissante du monde, les Etats-Unis.
Sur le plan des mentalités, la différence est déjà frappante: les Américains ne vont pas en politique pour s'enrichir, mais plutôt pour se faire un nom dans l'histoire de leur pays. En général, ils s'engagent dans la carrière politique quand ils sont déjà riches, ce qui leur évite les tentatives de la corruption. En plus, à cause du système de pouvoir et de contre pouvoir qui existe dans le pays, personne n'est à l'abri de la main justicière du corps judiciaire. L'affaire Lewinski est là pour nous le rappeler.
L'idée américaine est donc que la fonction politique est une chance inouie pour celui/celle qui veut laisser une empreinte historique positive dans l'histoire de son pays par les grandes réalisations qu'il/elle aura accomplies. Tout se joue donc au niveau de l'honneur. Voilà pourquoi les grands principes de la démocratie américaine mettent l'accent sur l'idée de service: la fonction politique relève de la fonction publique, c'est-à-dire du service rendu à la nation. Celui qui veut s'enrichir doit donc s'intéresser à d'autres types de professions--surtout dans le secteur privé--, et non point à la politique.
Au Gabon, point de ces principes républicains. La fonction publique est synonyme de "vautourage": l'on se jette dessus comme des vautours sur des chiens morts et l'on ne veut en sortir que quand le chien est devenu une carcasse désossée. Voilà donc pourquoi, Bongo, en tant que vautour en chef, est indéracinablement vautré sur le pactole gabonais. Ce n'est pas le sens de l'honneur ou du travail bien accompli qui le retient à la tête du pays, mais bel et bien cette manne, cet argent gabonais dont il a décidé de s'emparer, ne laissant aux Gabonais que les miettes dont il ne veut pas. Et encore!
C'est donc dans ce contexte que la problématique des salaires est intéressante. Elle révèle, du côté américain, le côté service de l'administration publique, mais démontre, du côté Gabonais, la nature rapace de la classe politique.
C'est ainsi que l'on se rend compte, scandaleusement, qu'un ministre gabonais a, en moyenne, un salaire mensuel trois fois plus élevé que celui du président américain, Bill Clinton, qui a un salaire comparable à celui d'un simple président d'Université aux Etats-Unis.
Comparons donc le salaire d'un ministre gabonais à celui du président américain:
GABON:
Un ministre gabonais gagnant donc, en moyenne, 30 millions de FCFA PAR MOIS, ceci représente, en dollars américains, 54.545 dollars PAR MOIS (pour un cours moyen d'un dollar pour 550 F CFA).
AMERIQUE
Le président américain gagne 200.000 dollars PAR AN, ce qui représente un SALAIRE MENSUEL de 16.666 dollars, ce qui revient à un salaire de 9 millions 666.666 F CFA PAR MOIS.
RESUMONS:
Salaire moyen du Ministre gabonais: 30 millions de FCFA par mois.
Salaire du président américain: 9 millions 166.666 FCFA par mois.
CONCLUSION:
Comment alors s'étonner que, devant l'ignominie abominable de salaires monstrueusement élevés comme ceux des ministres gabonais, l'on ne veuille prêter aucun argent à Bongo?
Comment s'étonner qu'un président américain, qui gagne durement mais honnêtement sa vie, ne mamque pas de s'étrangler quand on lui dit qu'un président nègre d'Afrique centrale vient quémander des dollars en Amérique, alors que ses ministres gagnent en moyenne 360 millions de FCFA par an, et que lui, le président du pays le plus puissant du monde, ne gagne que 110 millions de FCFA par an?
Comment s'étonner de l'étonnement du président américain quand on lui dit que ce ministre gabonais, qui gagne 21 millions de FCFA DE PLUS que lui, obtient aussi un parking de voitures 4x4 et ne paie ni son logement, ni son électricité, ni son téléphone, ni son transport en avion, alors que lui, le président américain, doit payer de sa propre poche la nourriture qu'il mange avec sa famille? (selon CNN, 24 mai 1994)
Comment s'étonner, finalement, que Bongo, dont le salaire jamais révélé demeure deux à trois fois supérieur à celui d'un ministre gabonais, soit la risée de ces chefs blancs et autres présidents africains qui n'arrivent toujours pas à comprendre comment le soi-disant président gabonais ose encore se présenter à eux comme président d'un pays pauvre, si pauvre qu'il n'arrive plus à supporter son statut de pays à revenu intermédiaire?
Omar Bongo: qu'avez-vous fait de notre pays?
BDP-Gabon Nouveau.
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