LIBREVILLE, 26 mars (AFP) - Un bébé gabonais sur dix meurt avant son premier anniversaire, "généralement dans sa première semaine de vie", victime possible de "prématurité, d'un faible poids de naissance, de diarrhée, de paludisme, d'infections respiratoires, de malnutrition, d'anémie ou de rougeole", selon un rapport de l'UNICEF publié vendredi. Le danger commence avant la conception, lié à l'état de santé de la future mère. "Une femme sur deux a subi au moins un avortement (une collègienne sur trois à Libreville)" dans des conditions souvent "très dangereuses", car l'avortement est illégal, décrit ce rapport de l'antenne locale de l'UNICEF parvenu au bureau de l'AFP à Libreville. Selon le document, certaines des jeunes filles ayant eu des rapports sexuels avant 18 ans se sont exposées aux maladies sexuellement transmissibles et au SIDA, souvent sans le savoir ou sans se soigner. Pendant la grossesse, beaucoup de femmes sont mal suivies et risquent "des hémorragies et des infections", ainsi que des fausses-couches. Elles se nourrissent mal, aussi 10% des nouveaux-nés sont d"'un poids inférieur à 2.500 grammes".
Après l'épreuve de l'accouchement, marquée par "les défaillances du système de santé", dans des maternités surchargées et un personnel souvent désengagé, le dangers demeure. "Moins de la moitié des mères allaitent leurs bébés exclusivement au sein, malgré les nombreux avantages dont la gratuité, la protection immunitaire et l'hygiène (...). L'usage d'eau souvent non potable pour faire les biberons, mal stérilisés par ailleurs, provoque souvent des diarrhées qui empêchent l'enfant d'assimiler la nourriture", poursuit le rapport. S'y ajoute "le sevrage souvent trop précoce ou mal suivi qui conduit à la malnutrition protéino-énergétique et aux carences en iode, vitamine A et fer". A propos de la vaccination, le rapport indique que "le taux d'enfants complètement vaccinés n'est actuellement que de 50% environ -46% en zone rurale, 56% en zone urbaine-, sauf pour la couverture du BCG seul qui avoisine les 100% ". Le "manque d'éducation" et "la pauvreté des parents" sont aussi soulignés par l'UNICEF qui dénonce "l'insalubrité de l'habitat avec des eaux stagnantes favorisant le paludisme, les diarrhées et les parasitoses, l'ignorance de gestes simples comme la réhydratation orale (du bébé) ou la trop longue attente avant de consulter quand l'enfant est malade". Cette situation se traduit par un lourd bilan, avec un taux de mortalité infantile de 99 pour mille (la moyenne mondiale est de 60 pour 1000 et la moyenne en Afrique sub-saharienne de 105 pour mille).
Ce taux atteint un taux de 154 pour mille pour les moins de cinq ans (Monde: 88, Afrique SS: 170), une mortalité maternelle de 600 pour 100.000 naissances vivantes (Monde: 430, Afrique SS: 980) et une espérance de vie de 53 ans (Monde: 63, Afrique SS: 51). Loin des moyennes mondiales, le Gabon qui compte seulement un million d'habitants, apparaît donc tout juste un peu mieux placé que ses voisins africains, malgré ses resssources pétrolières et sylvicoles. Situé au 78-ème rang mondial en termes de PIB par habitant -selon les chiffres de 1995- le Gabon se retrouve, paradoxalement, au 114-ème rang de développement humain, se qui lui donne "le triste privilège de présenter un des plus grands écarts négatifs, 36 places, entre son niveau économique et celui de développement humain", insiste le rapport. L'UNICEF rend toutefois hommage à l'Etat gabonais "qui consacre des sommes bien plus importantes à la santé et à l'éducation que ses voisins", soit "15% du budget d'investissement", mais note que "si les résultats ne sont pas à la hauteur des dépenses, c'est que le rapport coût-efficacité des secteurs sociaux est très faible".
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