Le Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane a réaffirmé hier le souci du gouvernement de voir le "Perroquet vert", confronté depuis plusieurs années à d'énormes difficultés, sortir de son impasse actuelle.
LA Compagnie nationale Air Gabon, "hier fierté du Gabon, aujourd'hui source de honte" dixit Victoire Lasseny Duboze, présidente du groupe parlementaire PDG au Sénat, a du plomb dans l'aile.
Les maux à l'origine de cette situation ont été évoqués hier, par le Premier ministre, chef du gouvernement, à la cité de la Démocratie, à la faveur de l'interpellation dont il a fait l'objet de la part des sénateurs inquiets de la crise qui perdure à Air Gabon.
Au chapitre de ces difficultés, Jean-François Ntoutoume Emane a cité, pêle-mêle : l'absence de fonds de roulement, une trésorerie négative, la saisie quasi quotidienne d'appareils, le paiement en retard des salaires, la désaffection de la clientèle et les effectifs pléthoriques estimés à 1100 agents.
Résultat, en 2001, l'endettement de la société était de l'ordre de 60 milliards de francs, ce qui avait conduit le Conseil d'Administration du "Perroquet vert" à proposer à l'assemblée générale des actionnaires une recapitalisation de l'entreprise, car du point de vue de l'orthodoxie financière, Air-Gabon n'existait plus. Raison pour laquelle, a souligné le Premier ministre, Air France, alors deuxième principal actionnaire, ne voulant plus suivre le mouvement, se retira du capital. Et l'Etat gabonais devint par ricochet l'unique actionnaire.
Ainsi abandonné à son propre sort, en 1999, Air Gabon va voir s'accentuer ses difficultés à un point tel que la Compagnie va se retrouver en cessation de paiements. Un plan de redressement est même initié fin 2000 avec l'assistance du Cabinet Lufthansa Consulting.
Mais, au delà des retombées positives intervenues entre temps avec l'exécution de ce plan et la mise en place d'un "hub" commercial à Libreville, la "fidélisation" de la clientèle avec un système de miles et la réorganisation de l'activité fret avec création d'un Centre de fret, il importe de souligner .que l'appui du cabinet Lufthansa n'aura pas pleinement convaincu. Car la "stratégie" préconisée avait rencontré des écueils lors de sa mise en oeuvre.
APPORTS ÉTATIQUES.
Devant ce constat accablant, "conscient qu'Air-Gabon est un instrument de souveraineté et la vitrine de notre pays à l'extérieur, l'Etat, devenu l'unique actionnaire, avait consenti des efforts considérables en contractant un emprunt de 20 milliards de nos francs auprès d'un pool bancaire pour restituer le fonds de roulement et donc aider la Compagnie à se redresser durablement. De même en 2002, il a pris en charge le passif de la Compagnie Air-Gabon à hauteur de 55 milliards de FCFA" a souligné Jean-François Ntoutoume Emane pour démontrer le degré d'implication de l'Etat dans ce dossier.
Il a même rappelé qu'au cours des trois premiers mois de l'année 2005, le gouvernement a consenti près de trois (3) milliards pour faire face aux dettes des assureurs et de l'IATA. Peine perdue! Puisque ces soutiens apportés au cou par coup n'ont pas permis à Air Gabon, aux dires du Premier ministre, de se redresser et de réduire son endettement. Tout au contraire sa situation est devenue d'autant plus préoccupante qu'il apparaît à ce jour difficile d'estimer sa capacité réelle à atteindre la rentabilité, a-t-il ajouté.
"Avec des pertes qui s'accumulent d'un exercice à un autre soit 21 milliards en 2001, 37 milliards en 2002 : Air Gabon est en cessation de paiements. Pis, la dette vis-à-vis des fournisseurs reste très élevée, son encours serait à la date d'aujourd'hui de 21,3 milliards de FCFA".
Devant un tel tableau: flotte menacée à court terme, fardeau de l'endettement, etc., le Premier ministre a demandé à l'équipe dirigeante actuelle d'Air-Gabon de proposer un "plan d'actions d'urgence" devant déboucher sur une réelle maîtrise des charges et pouvant, à son avis, s'articuler autour d'une étude de ligne visant Air Gabon à renoncer à la desserte des lignes non rentables", de la "définition d'une flotte non rentable".
LIMITE ET DISCUSSIONS • En définitive pour permettre, dira t-il, à la Compagnie de se maintenir en activité jusqu'à sa privatisation partielle. Pour cela, a dit le chef du gouvernement, l'Etat se doit de lui apporter un soutien financier supplémentaire dans un cadre global. "Mais celui-ci, évalué à 13,5 milliards sur le reste de l'année 2005 ne peut-être supporté en totalité par le seul Etat". Pour qui l'apport de l'Etat doit se limiter aux dépenses consacrées à la remise en état des deux avions de marque Boeing 767 et 737 propriétés de la Compagnie ; la visite de restitution du Boeing 737-400 propriété de CIT et de régulariser les arriérés de loyer et le paiement des assurances des avions.
"Les dépenses susceptibles d'être supportées par l'Etat n'ont pas été prévues dans le cadrage budgétaire arrêté d'un commun accord avec le Fonds monétaire international. C'est pourquoi, je me permets de préciser que lés autres dépenses de gestion courante telles que les loyers, le carburant, les salaires ne pourront être prises en charge par l'Etat" a conclu Jean-François Ntoutoume Emane. Non sans avoir précisé au préalable que les discussions sont actuellement en cours, du reste à plusieurs niveaux, pour tenter de sortir Air Gabon du trou noir.