Qu'est-ce qui a inspiré la construction de deux ponts sur le fleuve Ntem entre le Cameroun et le Gabon ?
QUELS étaient les objectifs qui étaient visés lorsque l'Union européenne acceptait de financer la construction d'un premier pont à Eboro sur le fleuve Ntem, entre le Cameroun et le Gabon, puis d'un second en territoire camerounais à Ngoazik, et le bitumage d'une bretelle routière de 18,8 km entre Biyi-Eba'a et Meyo-Kyé, en plein territoire gabonais. Tout cela, à un jet de pierre de la frontière de ces deux pays avec la Guinée Équatoriale ?
D'une manière générale, la région de l'Afrique Centrale fait face à d'importants défis en matière d'intégration régionale. Or, cette dernière est un objectif stratégique pour les pays de la région pour mieux faciliter leur insertion dans l'économie globale.
Depuis donc 1993, les pays de la Cémac ont. accordé une priorité à la mise en place d'itinéraires de transport régional structurants.
Pour ce qui concerne le Cameroun, le Gabon et la Guinée Équatoriale, c'est dans la zone des trois frontières que se situe le principal obstacle à la circulation routière. C'est pour surmonter cet obstacle que les gouvernements du Gabon et du Cameroun, d'une part et l'Union Européenne, d'autre part, ont décidé de financer, au titre du Fonds européen de développement (FED) et du Stabex Cameroun, ce projet régional appelé «Projet Ntem - Amenageurent de la région des trois frontières».
L'objectif était à la fois d'assurer la continuité du réseau routier entre Libreville et Yaoundé, de permettre le désenclavement de la partie orientale de la Guinée Equatoriale et de la partie sud du Ntem au Cameroun, et enfin de faciliter la liaison entre le Gabon et la Guinée Equatoriale. Pourquoi ?
Les échanges humains et commerciaux entre le Cameroun, le Gabon et la Guinée Équatoriale ont été longtemps fortement entravés par la traversée du fleuve Ntem, d'une part, et par le très mauvais état des routes dans la zone des trois frontières, d'autre part.
La traversée du fleuve à Eboro et à Ngoazik, qui se pratiquait par bacs bien souvent défaillants, constituait une entrave importante au développement de la région.. Les jours de marché, le trafic des personnes et commercial était très intense. L'augmentation du trafic des poids lourds causait aussi dés dégâts considérables, aussi bien matériels qu'humains.
Pour ce qui est de la route, seulement une piste en latérite, difficile à parcourir, et même impossible à pratiquer par les poids lourds pendant tes saisons des pluies, permettait les contacts humains et commerciaux entre les trois pays dans la zone : la piste Biyi-Eba'a - Meyo-Kyé.
RÉSEAU MODERNE• Le développement d'un réseau moderne de voies de communications terrestres représente un outil de développement majeur pour les trois pays. Particulièrement, l'aménagement des infrastructures routières entre Yaoundé et Libreville reste une priorité des gouvernements du Gabon et du Cameroun. En cela, ils sont appuyés par la Cémac.
Pour ce qui est des relations que le projet Ntem peut entretenir avec d'autres, on peut parler de ses mesures d'accompagnement environnementales et sociales. Tout en limitant les impacts négatifs liés aux chantiers, et en valorisant les aspects positifs liés à la construction des ouvrages, il doit maintenir le niveau de santé de la population, valoriser l'impact économique positif, maintenir le niveau de biodiversité sur la zone.
Le projet doit aussi permettre le développement de l'agriculture, des micro-projets, les activités des ONG, etc. Autant qu'il vise l'appui à la lutte contre le braconnage, l'assistance technique régionale, et la réhabilitation des marchés.
Ainsi, depuis une quinzaine d'années, les partenaires au développement ont-ils mobilisé des moyens pour le développement de ces infrastructures routières. Actuellement, le bitumage des routes entre Libreville et Yaoundé est quasiment achevé. Pourtant, sur cette route reliant les deux capitales, il existe encore quelques tronçons particulièrement difficiles : depuis la sortie de la ville de Ndjolé jusqu'à environ vingt kilomètres vers Lalara, l'état de la route est tel que tous les effor4 déployés ailleurs par l'UE sont annihilés: Entre la ville et Medoumane, on ne sait pas pourquoi les travaux sont arrêtés. Et cela depuis longtemps.
Revenons sur la zone des trois frontières. En termes de travaux à réaliser et de délais, on avait prévu 29 mois pour l'achèvement des deux ponts, et de la bretelle routière. Les travaux qui avaient démarré en juin 2003, devaient être réceptionnés, selon les délais du contrat, en novembre 2005.
Les travaux du projet Ntem étaient libellés en trois lots. Le lot 1 consistait en la construction d'un pont à deux voies, long de 180 m, à la frontière Cameroun-Gabon. Le lot 2 concerne une bretelle routière de 18,8 kms reliant Biyi-Eba'a (Gabon) avec Meyo-Kyé, à la frontière Gabon-Cameroun. Quant au lot 3, il s'agissait de construire un pont à deux voies, long de 145 ni, à Ngoazik, au Cameroun.
L'investissement initial pour les travaux du Projet Ntem était de 4.524.000.000F (FED STABEX Cameroun) pour le lot 1. La bretelle routière Biyi-Eba'a - Meyo- Kyé (Lot 2) coûtait 4.600.000.000 (FED) 655.000.000 (Gabon). Ce qui fait un total de 5.25.000.000 F. Le pont de Ngoazik (Lot 3) a nécessité 3.230.000.000 F (STABEX Cameroun). L'investissement total pour les travaux du Projet Ntem est donc de 13.009.000.000 F, équivalents à 19.832.092 euros.
Mais dernièrement, un avenant a été signé entre l'ordonnateur régional du FED, Casimir Oyé Mba, et le chef de la Délégation de la Commission européenne au Gabon, Jochen Krebs, pour le bitumage de cette bretelle routière longue de 18,8 kms. L'Union européenne vient en effet d'accorder une rallonge budgétaire de 1,850 milliard de francs.