Aux yeux du personnel, les derniers actes posés, notamment les banderoles, la pose de scellés aux grilles, les coupures de câbles électriques... cachent des motivations inavouées. Il souhaite que des sanctions soient prises à cet effet.
QU'EST ce qui fait courir le SYNATRACGC, l'une des organisations syndicales du Conseil gabonais des chargeurs (CGC) ? C'est la question qui préoccupe actuellement les esprits dans les différents services de cet établissement.
La semaine dernière, à l'initiative de ce syndicat, des scellés ont été posés à toutes les grilles donnant accès aux bureaux. Un fait d'autant plus surprenant que le grief de l'ensemble du personnel portait sur les retards récurrents dans le paiement des salaires des agents par le cabinet Ingeneering Consult S.A
Celui-ci, sans le mandat de la direction générale, mais avec l'aval de la tutelle, aurait reçu de cette dernière la mission de gérer les finances du Conseil gabonais des chargeurs. En fait de gestion, il s'agit d'un programme destiné améliorer l'assainissement de ses finances. «Or, relève le SYNACGC, et contre toute attente, les experts désignés par le ministère se sont illustrés par une incompétence notoire, mettant à nu leurs limites et grevant davantage les finances du CGC, au lieu de les assainir, incitant, de ce fait, le personnel à la révolte.»
Pour étayer leurs accusations, les responsables du premier syndicat du CGC citent, entre autres exemples, le retard observé dans le paiement des agents depuis cinq mois, justement depuis que court le mandat du cabinet Ingeneering Consult S.A.
Pour le SYNACGC, c'est ce point de discorde qui suscite fréquemment le courroux des partenaires sociaux. Mais il se trouve qu'au moment de la pose des scellés, cette revendication était déjà satisfaite par le cabinet.
D'où l'incompréhension du personnel par rapport à ce geste qui, à l'analyse des uns et des autres, cacherait des motivations inavouées qui n'intègrent pas les doléances légitimes du personnel.
En outre, relève-t-on au SYNACGC, dans la mesure où la pose des scellés a empêché l'ensemble du personnel à vaquer à ses occupations, cela constitue «une violation de toutes les dispositions réglementaires ainsi que les dispositions du protocole accord régissant la trêve sociale souhaitée négociée et obtenue par le président de la République» et dont le SYNACGC est, du reste, le seul syndicat signataire de l'établissement. Tout comme cette pose de scellés représente une atteinte grave à leur liberté d'action, précisent-ils.
En effet, la gravité de ces scellés sur des bureaux administratifs a été soulignée dans son rapport par l'Office d'huissier de justice de Maître Florentin Mba Menié, venu constater les faits. Intervenue aux alentours de 8h30, cette pose a fait séquestrer toute la journée jusqu à 18 heures des agents qui y travaillaient déjà.
En outre, constate le cabinet d'huissier de justice (et confirmé par les nombreux personnels qui y exercent), le SYNATRACGC s'illustre par des actes de nuisance au point de troubler les autres administrations qui y ont siège dont la Caistab, les services de la Lutte contre la pauvreté,...
Mais surtout, le SYNACGC, lui, veut se focaliser sur la situation difficile que traverse l'établissement. Déjà dénoncée, l'ingérence décriée de ce cabinet n'est pas pour arranger les choses. Et ce, d'autant que son implication est loin d'avoir été faite dans les règles de l'art. En témoigne le fait que dénonce la direction du SYNACGC, « par lettre N° 00015/MMMEP/CAB/kmls du 1er Octobre 2004, le Conseil gabonais des chargeurs s'est vu imposer le cabinet ci-dessus dont le principal objectif visé était l'amélioration de l'assainissement des finances du Conseil». Et que «ce cabinet paie les salaires des agents du Conseil gabonais des chargeurs de façon unilatérale, sans se référer à l'ordonnateur légal, réduisant ainsi le directeur général au rang de simple salarié».
D'où la requête de la restauration de la légalité, «en remettant la gestion financière à son ordonnateur principal, conformément à l'ordonnance N°7/88/PR du 31 Mars 1988 relative à la réorganisation du Conseil gabonais des chargeurs».
Contrairement à certaines administrations para-étatiques qui ont tout le mal à réaliser la rémunération du personnel, le Conseil gabonais des chargeurs (sans être au mieux de sa forme) parvient tous les mois à satisfaire les émoluments des agents. D'où la question lancinante qui se ose sur ce qui a inspiré l'envoi de ce cabinet à gérer les fonds publics de l'État. Mais, en fait, le Conseil d'Etat et la Cour des comptes ont-ils été saisis lors de cette transaction? L'autonomie financière dont jouit l'établissement ayant été formulée par une loi (confirmée par une ordonnance), celle-ci peut-elle être abrogée par une simple correspondance ?
Le SYNACGC exige donc la cessation impérative des activités du cabinet Ingeneering Consult S.A., assortie d'un audit ferme sur sa gestion.
Autres revendications : "le départ immédiat des hauts cadres appelés à d'autres fonctions depuis plusieurs années et qui continuent à émarger dans les livres de paiement du CGC".
Tout en partageant cette position du SYNACGC, le directeur général du CGC, M. Albert-Joseph Ntoutoume Emane s'étonne : «Comment les membres du SYNATRACGC, sachant que la gestion des finances est entre les mains d'un cabinet, peuvent faire de moi un bouc émissaire, tout en vilipendant les autorités de l'État ? »
Pour l'essentiel du personnel de l'établissement, il est temps que cesse le règne de l'impunité. Le commandement relevant du principe "du bâton et la carotte", il souhaite que la direction prenne les sanctions ("le bâton") qui s'imposent pour le bon fonctionnement de l'administration, notamment en séparant "le bon grain de l'ivraie".