Mais la méthode n'est pas conforme au Code du travail en vigueur en République gabonaise.
APRÈS avoir refusé d'ouvrir des négociations avec eux, le directeur général de la Société des cigarettes gabonaises (Sociga) a décidé de licencier lés agents grévistes. Depuis mardi, ces derniers sont invités à percevoir leurs droits sociaux.
Comment en est-on arrivé là ? Agacés par l'arrogance du directeur technique de l'entreprise et la modicité de leurs revenus, les employés de la Sociga ont adressé un préavis de grève au directeur général le Il février 2005. Le départ du directeur technique était le préalable au début des négociations. Les agents lui reprochent «les injures publiques et manifestes et la distribution fantaisiste de sanctions.»
Ils lui reprochent aussi le licenciement abusif d'agents qui avaient totalisé 26 ans d'ancienneté. «Xénophobe», le directeur technique ne se prive pas de «dénigrer la nation gabonaise et les diplômes délivres par l'État.» Un « comportement désinvolte et arbitraire » qu'il affiche «depuis environ trois ans.»
Le 22 février, pour permettre l'ouverture des négociations, les travailleurs ont mis un bémol au préalable. En attendant son remplacement, ils ont demandé «la mise à pied à titre conservatoire» du directeur technique.
C'est ainsi que le lendemain, les employés et le directeur général de la Sociga se sont retrouvés, en présence du directeur provincial du Travail. Mais un jour plus tard, alors que le dialogue semblait s'établir, le patron de l'entreprise a convoqué le personne pour l'obliger à signer l'engagement de continuer à travailler sous les ordres du directeur technique dont il se plaint.
L'ordre aurait été assorti de la menace de licencier tout agent qui refuserait de s'exécuter. Malheureusement, l'injonction a produit l'effet contraire. Les employés ont unanimement décide de tenir plus que jamais au préalable. D'où la grève déclenchée le 28 février dernier.
Comme d'habitude, le directeur général de la Sociga a refusé de donner sa version des faits. Dans un premier temps, il a accepté de nous recevoir mercredi en fin de matinée. Mais deux heures avant le rendez-vous, il a renvoyé. l'entrevue à une date ultérieure. Le directeur provincial du Travail de l'Estuaire n'a pas voulu, non plus, se prononcer sur la situation à la 5ociga. Lui qui avait commencé à s'occuper du dossier a préféré nous renvoyer à sa hiérarchie.
VIOLATION• Qu'à cela ne tienne. Le licenciement des agents grévistes est une violation du Code du travail en vigueur en République gabonaise. Celui-ci, en son article 344, exclut des motifs de licenciement la participation à une Brève. Au contraire, il érige la grève en droit inaliénable pour les travailleurs.
A signaler aussi que les délégués du personnel ont été licenciés de la même manière que les autres employés. Cette violation de plus du Code du travail, n'étonne pas la Confédération syndicale gabonaise (Cosyga) à laquelle sont affiliés les agents de la Sociga.
Lors de la rencontre sous les auspices du directeur provincial du Travail, le directeur général de la Sociga s'était fermement opposé à la présence des représentants de la Cosyga dans la salle. Mais s'était fait assister d'un huissier de justice. «De toutes les façons, l'entrave à la liberté syndicale de la part du directeur général ne nous étonne, pas. Nous nous souvenons qu'il avait tenté de boycotter la présence des délégués du personnel» , a révélé un agent.
Si les négociations étaient allées à leur terme, les employés de la Sociga auraient également évoqué la modicité de leurs revenus. Dans la liste des revendications, ils proposent la «revalorisation systématique prêts et objectivité dans le reclassement es agents méritants.»
L'idéal serait l'augmentation des salaires. Par ailleurs, ces travailleurs demandent la prise en compte de leurs frais médicaux et de ceux des membres de leurs familles. Dans le même temps, ils relèvent «le comportement peu orthodoxe» du médecin de l'entreprise.
Voilà ce qui attend le personnel qui fourrait remplacer celui qui vient d'être licencié. D'autant que ce licenciement abusif semble laisser indifférent le comité de suivi de la Trêve sociale, présidé actuellement par un chef syndicaliste dont l'organisation a pignon sur rue. Quant à la direction provinciale du Travail, elle a choisi de lâcher les ouvriers de la Sociga au fauve de la Sociga. Une vraie terreur !