Dans cette interview, le ministre Richard Auguste Onouviet fait le point de la visite dans notre pays de l'homme d'affaires brésilien et P-DG de la CVRD qui s'investit, depuis l'an dernier, dans des études sur le manganèse d'Okondja et de Franceville. Précisant par ailleurs les termes du contrat de recherche accordé par l'État à cette société pour l'exploration du gisement de fer de Bélinga, en présence du président de la République Omar Bongo Ondimba, qui a lui même apposé sa signature, Onouviet revient sur les termes de l'accord-cadre signé en 2004 entre l'État gabonais et la China national machinery & equipment import & export corporation (CMEC). Dans la foulée, le ministre se réjouit des quantités d'emplois que vont générer tous ces projets lorsqu'ils auront atteint leur vitesse de croisière, de même qu'il répond sereinement, se fondant sur notre législation en la matière, aux questions liées à la protection de l'environnement dans un contexte d'exploration et d'exploitation minières.
• l'union. Monsieur le ministre, quels sont les tenants et les aboutissants de cette deuxième visite de M. Roger Agnelli dans notre pays en deux ans ?
Nous avons effectivement reçu une visite importante aujourd'hui (Nf : mardi 8 mars 2005), celle du président-directeur général de CVRD, une société brésilienne, n°1 mondial pour la production de fer et n°3 pour la production de manganèse derrière Comilog. M. Roger Agnelli est venu voir le chef de l'État, SE ElI Hadj Omar Bongo Ondimba, et le gouvernement pour faire le point de l'avancement des travaux des chantiers des gisements de manganèse d'Okondja et de Franceville. Que peut-on retenir de cette visite ? Vous vous souviendrez que M. Agnelli a effectué une visite dans notre pays il y a un an. Et s'il revient aujourd'hui, c'est parce que le dossier a avancé. D'ores et déjà, je voudrais vous rappeler qu'il y a trois conditions pour qu'un gisement devienne une exploitation minière.
La première condition est que le gisement recèle des quantités suffisantes de minerai de qualité. La deuxième condition est qu'il y ait à fois des infrastructures, routières, ferroviaires, énergétiques et portuaires, pour pouvoir évacuer ce minerai. Troisième condition, il faut qu'il y ait un acheteur pour pouvoir absorber ledit minerai.
Pour ce qui concerne le minerai de manganèse d'Okondja et de Franceville - et c'était là un
des points importants de l'entretien de ce matin chez le préside la République - la Compagnie minière des trois rivières, qui est la filiale de la CVRD, a mis à jour aujourd'hui, précisément au 25 août 2004, 175 millions de tonnes de manganèse disponibles. La quantité est donc, le seuil minimal qui avait été fixé par le groupe étant de 100 millions de tonnes. Les recherches se poursuivent pour augmenter ces réserves. La qualité, excellente, y est aussi. C'est une qualité commerciale.
Du point de vue des infrastructures, nous disposons de suffisamment d'énergie pour démarrer la mine de Franceville (il en faudra un peu plus pour démarrer celle d'Okondja). Nous avons un chemin de fer qui va de Franceville à Owendo. Il reste à construire le port minéralier de CVRD pour l'évacuation du manganèse - Je ne parle pas du port minéralier du Cap Santa Clara qui servira à l'évacuation du fer de Belinga. Il s'agit de celui de CVRD pour le manganèse. Ce port sera situé à Owendo, à quelques encablures du port minéralier de Comilog. Les ingénieurs de CVRD sont déjà à pied d oeuvre. Un terrain a déjà été attribué aux Brésiliens pour la construction de cette infrastructure portuaire.
-Quelles sont les ambitions du Gabon, au niveau mondial, par rapport à sa production de manganèse ?
Je dirais que le Gabon ambitionne clairement de devenir premier producteur de manganèse au monde. Notre pays s'est déjà aujourd'hui, avec la seule production Comilog, le deuxième producteur mondial de ce minerai. Avec son actionnaire de référence la société française Eramet, Comilog va passer à 3 millions de tonnes en 2006 (Cette année, ils sont déjà à 2,7 millions de tonnes). D'ailleurs très récemment, les ambitions à la hausse de la production de l'année prochaine ont été révélées au président de la République par le P-DG d'Eramet qui a dit qu'il n'était pas interdit de penser que dans les années à venir, il pourrait dépasser ce seuil de 3 millions de tonnes.
Ceci veut clairement dire qu'effectivement, le Gabon a la capacité de devenir, dans deux ans, le premier producteur au monde de manganèse. D'autant que la production de la société brésilienne CVRD, à travers sa filiale CMTR, va être au moins de 2 millions de tonnes dans un premier temps. Et lorsque débutera la production d'Okondja, ce seront deux autres millions de tonnes qui vont s'ajouter.
-L'État vient d'accorder un permis d'exploration de fer à la CVRD. Ne pensez-vous pas que ces nouvelles implications peuvent remettre en cause les accords déjà signés avec d'autres entreprises commerciales ?
Il n'y a aucune remise en cause par rapport aux accords conclus par ailleurs avec d'autres partenaires, notamment chinois. Mais avant de parler de la diversification dans laquelle compte s'engager CVRD au Gabon, Je voudrais compléter pour ce qui concerne le manganèse en disant qu'il s'agit là d'un projet véritablement mûri. Et qu'à partir du mois de mai 2005, ce que nous appelons une usine pilote va s'installer à Franceville. C'est-à-dire qu'au lieu de prendre des échantillons de manganèse à Okondja et à Franceville et de les expédier pour des tests à l'étranger, ces tests se feront sur place à Franceville dans cette usine pilote qui produira à peu près 6 000 tonnes de manganèse pour tester effectivement le processus de production. Et la production ira en augmentant jusqu'à atteindre la vitesse de croisière.
On peut considérer le projet aujourd'hui, même en étant prudent, comme la deuxième exploitation de manganèse au Gabon, après celle de Comilog. Elle pourrait voir le jour dans environ un an et demi.
Maintenant, pour ce qui concerne la diversification par le groupe brésilien, je confirme que c'est un jour important, une date historique que celle du 8 mars 2005. La compagnie brésilienne CVRD a signé, en présence du chef de l'État qui a lui-même apposé sa signature sur le permis de recherche concernant le fer de Belinga.
Y a-t-il un conflit d'intérêts entre l'accord-cadre que nous avons signé il y a un an avec les Chinois de CMEC et le permis de recherche que nous venons d'accorder aux Brésiliens pour le gisement fer de Belinga ? Non! Je voudrais rappeler que l'accord-cadre avec les Chinois concernait la construction des infrastructures routières, ferroviaires, énergétiques et portuaires, qui doit accompagner l'exploitation minière.
Cet accord-cadre n'a jamais concerné l'exploitation du gisement. Nous étions d'ailleurs à la recherche de futurs exploitants de ce gisement. La société française Eramet et sa filiale Comilog ont été les premières à manifester leur intérêt pour l'exploitation du gisement de fer de Bélinga, mais à hauteur de 10 à 15% . On était donc toujours à la recherche d'un actionnaire de référence. C'est chose faite aujourd'hui avec l'accord qui a été signé ce matin dans les bureaux du chef de l'État. La compagnie brésilienne CVRD prend l'opérating à au moins 51 % . Elle va donc être l'actionnaire de référence qui, après avoir entamé dès cette année, les travaux préliminaires de sondage pour évaluer par elle-même la quantité et la qualité du fer qu'il y a à Bélinga, va prendre la direction de l'exploitation de ce gisement de fer.
Les Brésiliens se sont engagés. Et le chef de l'État a lui-même apposé sa signature. Et à sa suite, le ministre d'État en charge des Finances et moi-même avons signé ce permis de recherche confié à CVRD.
C'est important et je crois que c'est l'occasion de remercier le chef de l'État, SE El Hadj Omar Bongo Ondimba, pour les efforts inlassables qu'il ne cesse de déployer pour le bonheur des populations gabonaises. L'accord a une importance capitale parce que CVRD est le n°1 mondial de l'exploitation du fer, et le fait qu'elle ait sollicité la majorité du capital dans la future exploitation du fer de Bélinga est très important.
• Justement, qu'est-ce que la population peut attendre de cette exploitation en termes d'emplois ?
Dans sa phase de recherche et de sondage sur le manganèse à Okondja et à Franceville, comme vous l'a rappelé M. Agnelli, la compagnie brésilienne emploie aujourd'hui 300 personnes. C'est déjà beaucoup. Mais quand on entrera dans la phase d'exploitation du manganèse, il s'agira d'un véritable gisement qui comptera plus d'un millier d'emplois: Pour produire 2 millions de tonnes, il faudra compter à peu près 1 500 personnes. Pour ce qui concerne le projet du fer de Belinga, dans la première phase qui va être entamée au cour, de ce mois de mars 2005, les équipes de CVRD vont se rendre immédiatement sur le terrain. Aujourd'hui, nous ne pouvons pas prévoir le nombre d'emplois que cette phase va générer. Mais ce qui est sûr, c'est que compte tenu de l'ampleur des recherches qu'il il a à effectuer, ce sont des centaines d'emplois qui vont être offerts aux Gabonais. Normalement, pour produire 20 millions de tonnes de fer par an, l'exploitation va nécessiter la mobilisation de plusieurs milliers de personnes.
C'est l'occasion de dire que la volonté du chef de l'État qui souhaite le plein-emploi dans notre pays n'est pas un slogan politique. C'est une réalité qui se concrétise jour après jour. Mais il faut être patient. La concrétisation d'un projet minier exige du temps. L'essentiel est de commencer. Et je puis vous assurer que nous avons déjà bien commencé.
• Enfin, Monsieur le ministre, quelles ont les mesures d'accompagnement, concernant la protection de l'environnement que le gouvernement prévoit par rapport à ces projets d'exploration et d'exploitation de fer et de manganèse ?
Comme d'autres pays d'Afrique, le Gabon a pris des mesures nécessaires pour la protection de l'environnement. Et cela, depuis plusieurs années. La loi qui protège l'environnement dans notre pays date des années 80. En tant que responsable du secteur minier, je puis vous dire que le code minier prévoit notamment qu'il ne peut pas y avoir d'exploitation minière sur quelque partie du territoire que ce soit, sans qu'on ait d'abord réalisé une étude d'impact environnemental. Ceci prouve à suffisance le souci du gouvernement de protéger son environnement. Cela, d'autant plus qu il s'agit d'une richesse énorme dont le pays dispose et qui peut apporter de revenus à l'avenir, notamment grâce à l'écotourisme. Au Gabon, il n'y a pas de contradiction entre l'exploitation minière, ou toute autre exploitation, et la protection de l'environnement. Les règles sont strictes quand il s'agit de procéder à un travail de ce type quelque part sur le territoire national. Il est fait obligation de procéder, avant l'exploitation, à une étude d'impact environnemental, et après l'exploitation, à la réhabilitation du site. C'est d'ailleurs ce que ce que nous sommes en train de réaliser à Mounana grâce au concours de l'Agence internationale de l'énergie atomique qui est l'organe de référence en la matière.