Le groupe minier bénéficie de la quasi-pénurie et renoue avec les bénéfices
Qui mieux qu'un groupe minier peut profiter de la flambée du cours des matières premières ? A l'instar des géants mondiaux du secteur, Eramet a publié hier un résultat record. Le groupe, qui exploite des mines de nickel en Nouvelle-Calédonie et de manganèse au Gabon, a profité de la quasi-pénurie de cette matière première directement liée à l'envolée de la demande chinoise. Logiquement, la progression du résultat d'exploitation – qui s'établit à 630 millions d'euros – est imputable à hauteur de 607 millions d'euros à l'évolution des prix. En 2004, les cours du nickel ont progressé de 43% en dollars par rapport à 2003. De quoi compenser largement les facteurs négatifs qui ont pesé sur les marges de la société : la faiblesse du billet vert face à l'euro et la hausse des prix du fret et de l'énergie. Le métal, essentiellement utilisé pour la fabrication d'acier inoxydable, continuera-t-il à tutoyer les sommets cette année ? Eramet mise sur «un nouveau déficit de l'offre mondiale de nickel en 2005», de l'ordre de 14 000 tonnes. Les cours devraient se maintenir aux niveaux actuels, avec toutefois de fortes variations. Ce scénario est jugé «conservateur» par certains analystes qui anticipent un nouveau renchérissement des prix en raison d'une demande chinoise toujours soutenue. Eramet bénéficiera, en outre, d'une partie des nouvelles capacités de production installées en Nouvelle-Calédonie : passant de 50 000 tonnes de nickel produit à 70 000 cette année et à 75 000 tonnes l'année prochaine. Mais surtout, Jacques Bacardats, le président d'Eramet, n'a pu s'empêcher d'évoquer le sujet du massif de Koniambo (lire nos éditions du 2 mars), un des plus riches gisements de nickel du monde, qui pourrait retomber dans son escarcelle, si son concurrent Falconbridge devait ne pas tenir les promesses faites au gouvernement français.
Les deux autres activités du groupe ont, dans une moindre mesure, réalisé de bonnes performances. Jacques Bacardats fait encore une fois preuve de prudence pour le marché du manganèse – utilisé à 90% dans la production d'acier. La hausse des prix du minerai (16% en 2003) et les restructurations menées par le groupe, notamment la fermeture de l'usine de la Comilog à Boulogne-sur-Mer fin 2003, ont permis à cette division de voir son résultat d'exploitation passer de 9 à 320 millions d'euros en un an ! Le groupe mise sur une production de 3 millions de tonnes cette année contre 2,7 millions l'année dernière.
Reste enfin à savoir si la branche Alliages (outillage, aéronautique, énergie...) poursuivra son redressement. Elle affiche un résultat d'exploitation de 9 millions d'euros, après une perte de 26 millions en 2003. Jacques Bacardats anticipe une reprise des marchés et particulièrement de l'aéronautique. «Les tensions sur les prix risquent néanmoins d'être fortes dans ce secteur, notamment en raison des exigences des compagnies aériennes à bas coûts», relève un analyste, qui espère que le groupe réussira à préserver ses marges.