Requinqué par une récente série de découvertes et l'arrivée de nouveaux opérateurs, le Gabon veut encore croire en son avenir pétrolier, malgré les prévisions des experts qui parient tous sur l'épuisement lent mais inéluctable de ses ressources d'or noir.
Depuis plusieurs semaines, le ministre gabonais du Pétrole, Richard Onouviet, ne rate plus une occasion de corriger tous ceux qui ont déjà enterré, un peu vite à son goût, un secteur qui valait il y a quelques années encore au pays un titre jalousé, celui d'Emirat d'Afrique centrale.
"J'entends dire ici et là que l'activité pétrolière décline au Gabon, c'est faux", s'amuse-t-il. "Nous avons produit 13,4 millions de tonnes en 2003, nous devrions en produire 13,6 millions cette année. Il s'agit bien d'une hausse, non? Et nous comptons bien faire encore mieux l'an prochain", enchaîne-t-il.
Depuis quelques années pourtant, l'avenir du secteur pétrolier gabonais paraissait bien sombre. Après un pic de 18,5 millions de tonnes (Mt) en 1998, la production du pays avait dégringolé jusqu'à 11,5 Mt en 2002, victime de l'assèchement de ses gisements. Avant d'opérer en 2003 un rebond aussi spectaculaire qu'inattendu.
A l'origine de ce sursaut, l'amélioration des techniques d'extraction, qui permet aux compagnies de mieux "éponger" leurs puits, et la mise au jour de nouveaux gisements qui, même modestes, ont hissé la production au-dessus de la barre des 280.000 barils/jour.
"Il y a encore du pétrole au Gabon", assure le PDG de Shell Gabon, Franck Denelle, qui vient d'annoncer la découverte de deux petits puits. "Nous ne pensons pas qu'il y ait encore de très gros gisements (au Gabon) mais plutôt pas mal de petits objets , avec lesquels il sera possible de stabiliser, voire d'augmenter légèrement la production à l'avenir", a-t-il précisé.
Autre signe favorable, l'Etat gabonais a réussi en 2004 à attirer plusieurs petites compagnies en les convaincant de reprendre l'exploration de zones jusque-là jugées peu intéressantes par les "majors".
Ainsi la canadienne Gulf of Guinea Petroleum Corporation (GGPC) a-t-elle repris deux "blocs" du norvégien Marathon et du français Total, avec la ferme intention d'y débusquer un peu de brut. "Nous pensons sincèrement qu'il y a des choses à faire au Gabon", clame son PDG Alain Mizelle.
De l'avis des pétroliers, la marché gabonais a donc repris un peu de couleurs. "La tendance est à une stabilisation de la production", susurre l'un d'eux, "mais nous sommes totalement incapables de dire si elle va se prolonger un an, deux ans ou plus".
Peu de spécialistes en tout cas mise sur une réelle reprise. "C'est vrai que le déclin a été enrayé par la hausse des cours, qui a rendu rentables des puits qui ne l'étaient plus", concède un observateur attentif du secteur, "mais sans découverte majeure, l'activité va forcément repartir à la baisse".
"On ne tient qu'en raclant les fonds de tiroir", renchérit un de ses collègues. Et de rappeler qu'il y a à peine six mois, le Fonds monétaire international (FMI) misait sur une production pour 2007 d'à peine... 7 Mt.
Alors, à demi-mots, certains soupçonnent les autorités gabonaises de faire preuve d'un excès d'optimisme délibéré pour un secteur qui, dans le projet de budget 2005, assure encore la moitié des ressources du pays.
"La tendance reste à la baisse, dire le contraire n'est pas responsable", soutient un expert. "Et si les autorités s'accrochent à ce mirage pétrolier, c'est en partie parce que rien n'a été fait pour l'après-pétrole".
"Il ne s'agit pas d'entretenir la population dans l'illusion que nous allons retrouver les niveaux de production des années 1980", riposte le ministre Onouviet, "mais j'observe que de plus en plus de sociétés s'intéressent à notre pays et que, lorsqu'elles y mettent les moyens, elles y trouvent encore du pétrole. Croyez-moi, notre aventure pétrolière n'est pas encore terminée".