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Les populations veulent leur part de la manne pétrolière
Auteur:  Antoine Lawson  | Date: 17 Décembre 2004  | Réactions ()
Section: Economie  | Source: Inter Press Service

Des représentants de la société civile et du gouvernement ont oeuvré pour la reprise de la production pétrolière à Ndolou, dans le sud-ouest du Gabon, le 11 décembre, interrompue à la suite de violentes manifestations villageoises contre la compagnie canadienne Panafrican Energy.

Panafrican Energy avait suspendu ses activités et évacué tout son personnel à la suite d'incidents provoqués par les populations locales, le 27 novembre, lors des heurts avec des gendarmes dépêchés pour sécuriser le site.

Les habitants du département de Ndolou, réunis en un collectif de sept villages avaient demandé, à la fin-novembre, le départ de la compagnie pétrolière canadienne, constatant que leurs revendications n'étaient pas prises en compte.

"Les villageois sont excédés par les promesses non tenues du gouvernement, et ne comprenant pas que l'argent provenant du pétrole produit dans leur contrée, n'améliore pas leurs conditions de vie", a déclaré à IPS, Sylvain MBoumba, membre du collectif villageois.

Les affrontements entre gendarmes et villageois avaient fait deux morts. De source officielle, le mouvement d'humeur a tourné au drame lorsque les manifestants ont voulu empêcher un véhicule de Panafrican Energy de quitter sa base, non loin du champ pétrolier.

"Nous refusons de vivre dans la pauvreté, sans électricité alors que nous pouvons bénéficier de la manne pétrolière pour construire des écoles, dispensaires et des routes pour améliorer notre quotidien", souligne Norbert Nguembi, un autre villageois.

"Au début de la crise, les responsables de la société canadienne ont demandé du renfort à Libreville pour la protection des puits pétroliers au lieu de s'en référer aux autorités administratives locales", avait déploré Koumba Souvi, gouverneur du département de Ndolou.

Les représentants des compagnies pétrolières n'acceptent pas toutes les revendications des villageois, estimant qu'ils leur en demandent trop.

"La plupart des sociétés pétrolières installées au Gabon essayent de répondre aux attentes des populations locales des régions où elles sont implantées, mais ces compagnies ne peuvent pas se substituer au rôle régalien de l'Etat, par exemple, dans la construction des routes. C'est à l'Etat de répondre aux besoins de ses administrés", a déclaré à IPS, un géologue de la compagnie anglo-néerlandaise Shell-Gabon basée à Gamba, dans le sud-est du pays, qui a requis l'anonymat.

"La première crise dans cette région avait eu lieu en 1993, ouvrant la voie à d'autres manifestations. Après la découverte du puits (de pétrole) Avocette, les populations enclavées de la localité de Moukouna (sud-ouest du Gabon) avaient revendiqué la non-fermeture de la route jouxtant le pipeline Avocette-Coucal", a expliqué à IPS, Florent Mouity, un agent de l'Etat.

Le champ Avocette, qui est exploité par Total Gabon et par Shell-Gabon, est situé au sud de Port-Gentil, la capitale économique du Gabon.

En 1996, "Petit village", une autre localité située à proximité d'un forage pétrolier, avait revendiqué l'ouverture d'une école et la fourniture d'électricité. Car seuls les logements des agents des compagnies pétrolières étaient éclairés.

"On ne peut pas changer facilement d'opérateur. Panafrican Energy a obtenu un permis d'exploration et d'exploitation. Il a signé un contrat avec l'Etat qu'on ne peut pas résilier si facilement. De plus, elle a consenti de gros investissements...", a indiqué Louis-Gaston Mayila, président du Conseil économique et social, un des médiateurs dans la crise.

Panafrican Energy a démarré ses activités à Ndolou en 2001 avec 600 barils par jour et produit actuellement 2.200 barils/jour. Elle compte sur une nouvelle découverte sur le permis Tsiengui pour augmenter sa production et sa marge de manoeuvre, et répondre aux attentes des populations, selon des sources proches de la compagnie.

En 1998, le président du Gabon, Omar Bongo Ondimba, avait décidé qu'un versement annuel de quelque 619.835 dollars serait reversé au département de Ndolou. Mais cette mesure tarde à se mettre en oeuvre.

Face à cette situation similaire que le groupe Shell connaît souvent au Nigeria, sa filiale Shell-Gabon a trouvé quelques solutions durables pour cohabiter avec les populations voisines des gisements pétroliers des localités de Gamba et de Rabi.

"L'exploitation des gisements de Shell-Gabon a été accompagnée de la naissance et du développement de la ville de Gamba, à l'origine un village de quelques dizaines de cases au début des années 1960. Aujourd'hui, Gamba a une population d'environ 9.500 habitants", explique à IPS, Fabien Renamy, un sociologue résidant à Libreville, la capitale gabonaise.

Mais, Shell-Gabon a fait comprendre aux populations qu'en prévision du déclin pétrolier, elles devraient prendre leur destin en mains et s'initier à des métiers qui les rendraient autonomes.

En 2001, les chômeurs de Port-Gentil, excédés par les promesses non tenues des autorités, avaient érigé des barricades à travers la ville pour protester contre la montée du chômage et de la pauvreté.

Selon des estimations du ministère du Plan, en 2004, près de 350.000 habitants concentrés dans les plus grandes villes, Libreville, Port-Gentil et Franceville, vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.

"C'est la mauvaise répartition de la manne pétrolière et le train de vie du gouvernement, jugé excessif, qui ont ouvert la voie à l'enrichissement illicite. La situation est fortement ressentie par les populations à revenus modestes", déclare à IPS, Fernand Mvoulou, inspecteur de trésor.

Selon la Banque mondiale, la production de pétrole décline rapidement. A moins que des gisements importants de pétrole soient découverts prochainement, les projections actuelles indiquent une baisse marquée de la production.

La banque avait indiqué, le 11 novembre à Libreville, que "les exportations de pétrole étaient de 17 millions de tonnes en 1998, de 12,5 millions en 2003, et les exportations projetées en 2007 seront de sept millions de tonnes". C'était à l'occasion d'une rencontre avec le secteur privé, pour asseoir la Stratégie d'assistance au Gabon pour la période 2005-2008.

"La pauvreté et le chômage sont fortement ancrés et ressentis par les populations gabonaises et c'est la crise économique, frappant la ville pétrolière de Port-Gentil, depuis 1996, qui était à l'origine des troubles la même année", affirme à IPS, Franck Loumbou, ingénieur pétrolier.

"Shell-Gabon est consciente qu'il faut préparer l'après pétrole. C'est ainsi qu'il a été envisagé d'associer les populations de Gamba à la création d'un complexe d'aires protégées", avait déclaré son président-directeur général, Frank Denelle, le 18 novembre, devant la presse.

Depuis quelques années, les populations des provinces pétrolières du Gabon, qui sont touchées par la crise économique, veulent savoir où va l'argent provenant du pétrole comme l'ont demandé également les populations du Tchad lors de l'inauguration du pipeline qui transporte le pétrole tchadien de Doba, dans le sud, au port de Kribi, sur la côte atlantique du Cameroun.

En 1993, le Mouvement pour la survie du peuple ogoni, au Nigeria, dirigé par l'écrivain Ken Saro-Wiwa, avait réussi à mobiliser des dizaines de milliers de personnes contre Shell. L'affaire avait pris une dimension internationale et sous la pression, Shell avait dû cesser sa production.
 
Pour relancer la production, le gouvernement du général Sani Abacha avait déclenché une répression sanglante. Des centaines d'Ogonis avaient été arrêtés, emprisonnés et parfois sommairement exécutés. Leur leader Saro-Wiwa a été pendu en 1995.

"L'absence de transparence dans la gestion pétrolière et l'augmentation de poches de pauvreté sont des signes qui laissent penser que d'autres crises pourraient survenir lorsque les champs de pétrole auront tari", avertit Lucien Batchi, professeur d'économie à l'Université de Libreville.

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Bio de Antoine Lawson: Inter Press Service (Johannesburg)
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