Le secteur du bois, stratégique pour l'économie gabonaise dans la perspective du déclin de ses ressources pétrolières, traverse une grave crise que la restructuration annoncée de la Société nationale des bois du Gabon (SNBG) ne devrait pas suffire à enrayer.
Premier employeur privé, la filière bois génère 4% du produit intérieur brut (PIB) et représente 12% des exportations du pays, loin derrière le pétrole mais devant le manganèse.
Surtout, elle induit un volume d'activités bien plus important que ces deux ressources dans d'autres secteurs de l'économie gabonaise, selon les économistes. "Le bois représente la meilleure chance à ce jour de compenser partiellement la baisse de la production pétrolière", estime l'un d'eux.
Dès 1998, le secteur est entré dans une crise grave, liée notamment à la crise financière en Asie, première destination de l'okoumé, la principale essence exploitée au Gabon et utilisée dans l'industrie du contreplaqué.
Cette crise a été aggravée par les problèmes financiers qu'elle a engendrés à la SNBG, détentrice du monopole de l'exportation de l'okoumé, l'empêchant d'honorer ses règlements auprès des exploitants forestiers.
Les exportations de grumes d'okoumé sont depuis en chute libre. En 1999, le Gabon en exportait encore 2,7 millions de m3. A la fin 2004, il ne devrait en avoir exporté que 700.000.
Une partie de ces grumes est restée au Gabon dans les usines de transformation récemment créées, explique-t-on à la SNBG.
Mais le secteur local de la transformation, qui se développe depuis 2001 à l'initiative de l'Etat, est encore faible et ses achats ne compensent pas la chute vertigineuse des exportations, note un économiste.
Le système de commercialisation via la SNBG est en partie coupable de la crise car inefficace et trop cher, estiment les exploitants, pour qui le problème principal reste la fiscalité qui, disent-ils, les empêche d'investir.
La pression fiscale a de fait brutalement explosé en 2002 et 2003. Le gouvernement note toutefois que le niveau de la fiscalité gabonaise en la matière était jusque-là bas et l'augmentation n'a fait que remettre le Gabon au niveau des pays voisins.
Restent d'autres facteurs à la crise. Le niveau actuellement bas du dollar favorise les bois de placage asiatiques, alors que le prix de l'okoumé gabonais souffre également du coût du transport des grumes vers les ports, en raison de distances importantes sur un réseau routier déplorable.
Le coût du fret maritime en direction de l'Asie a également récemment explosé, et, selon les observateurs, les délais de chargement à Libreville dissuadent les armateurs d'accoster au Gabon.
La réforme du système de commercialisation étant acquise, le gouvernement doit maintenant se pencher sur la fiscalité, estiment les observateurs.
Il doit aussi poursuivre le développement des diverses activités de transformation locale du bois et miser sur la promotion et la commercialisation des nombreuses autres essences gabonaises, mal connues sur le marché international.