Au siège de Libreville, on soupçonnait les trop grandes libéralités de certains administrateurs de la BGD. Des sorties d'argent à n'en plus finir au bénéfice de clients qui en redemandaient. Résultat de tout ceci : une grande enquête menée par la direction générale dans les agences de l'intérieur du pays et de nombreux directeurs sur la sellette.
La nomination de Christian Bongo Ondimba à la tête de la Banque Gabonaise de Développement (BGD) aura constitué pour beaucoup un interminable sujet de raillerie, dans le sens de « toujours les mêmes bien nés ». Pourtant des son arrivée à la tête de cette institution bancaire, sa mission était claire : on attendait ce gestionnaire sans état d'âme pour remettre de l'ordre et initier une gestion plus rigoureuse et une politique d'innovations. Sans dévier son objectif social : aider les gagne-petit à s'équiper en immobilier et mobilier.
Cette banque, faut-il le rappeler, qui s'est spécialisée dans le crédit aux petits épargnants, n'a pas toujours atteint cet objectif. On a pu constater que des fournisseurs s'enrichissaient allégrement sur le dos des demandeurs de crédits, en mettant en place, au sein même de l'institution, leurs propres circuits d'obtention rapide de prêts, moyennant une ristourne non négligeable.
Le bénéficiaire du crédit Pouvait utiliser à d’autres fins son argent, selon les besoins du moment. La connivence entre les opérants était telle que le contrôle par la banque devenait quasiment impossible. D'autant que le fournisseur, bien connu par la banque, offrait une garantie sans fausse note. Christian Bongo Ondimba, en prenant ses fonctions, a-t-il eu le tort de chercher à voir plus clair dans cette affaire ?
Premier acte : il supprime les nombreux fournisseurs agréés BGD, tapant ainsi dans le mille. Les crédits étaient en quelque sorte gelés. Ce qui a fait grincer les dents des bandits à col blanc qui gravitaient autour de ce juteux bizness. Du coup, les complicités au sein de la banque ont commencé à s'inquiéter.
Deuxième acte : l'assainissement des comptes des succursales de l'intérieur du pays. Représentée à Oyem, Franceville, Lambaréné et Tchibanga, la BGD y avait gagné de nombreux suffrages. Les agents de l'Etat affectés dans ces localités pouvaient en toute quiétude bénéficier d'un crédit BGD sans avoir a faire le voyage de Libreville.
C'est la que le scandale va éclater. De toutes ces succursales, aucune n'aura été épargnée par les contrôles de l'administrateur directeur général qui a initié une tournée à l'intérieur du pays. Celle-ci a permis de révéler une série de malversations.
A Tchibanga, l'agence dirigée par le sieur Mbossa, 100.000.000 de FCFA manquent dans les caisses. A Lambaréné, l'agence est dirigée par le sieur Ntoutoume, on y découvre un trou de 30.000.000 de FCFA. A l'agence de Franceville que patronne le sieur André Bernard Akouangou, un déficit de 64.000.000 de FCFA est mis à nu.
Une opération d'assainissement, qui a au moins le mérite d'avoir donné des résultats. La question qui reste est celle de savoir jusqu'où peut-il aller ? Quand on sait que le chemin qui a conduit l'administrateur directeur général à découvrir le pot aux roses, pourrait bien le ramener au siège de Libreville où se cachent les véritables cerveaux de cette vaste escroquerie.
La BGD va au moins profiter pour se refaire une image. C'est sans doute tant mieux pour sa trésorerie, surtout quand on sait que cette chasse aux détournements avait été mal accueillie au Transgabonais où Christian Bongo Ondimba s'y était essayé. Tour ça pour dire cette affaire ne fait que commencer…
(A suivre)