La cherté de la vie et l'inaccessibilité des crédits bancaires poussent les Gabonais vers l’usure.
“Crédit très rapide : de 2 millions à 7 millions de Fcfa ”, “ Crédit en espèces, pour fonctionnaires et privés ”, “ Crédit facile en 2 heures, de 100 000 à 3 000 000 Fcfa ”. Ces messages publicitaires suivis des adresses des prêteurs, régulièrement publiés dans les journaux gabonais, ont totalement disparu ces derniers mois. En juillet dernier, le Conseil national de crédit (Cnc) a vivement condamné la prolifération de ces établissements de crédit illégaux. Cette décision a certes fait disparaître la publicité dans les médias, mais pas la pratique.
Les offres de crédits circulent désormais de bouche à oreille. Les taux d’intérêt vont de 30 à 40 % par mois, alors qu'ils ne dépassent guère les 15 % annuels dans les banques. "J’ai été abordé dans une banque par un usurier qui m’a proposé un crédit en deux heures alors que je revenais, sans succès, de chez mon gestionnaire pour la troisième fois pour solliciter un prêt afin d’inscrire ma fille dans une école en France", raconte Minko Edou. Sans se soucier du taux d’intérêt fixé à 25 % par mois, il a accepté l’offre. "Avec le temps, le crédit est devenu trop lourd. Plus les mois passaient, plus les remboursements étaient impossibles avec mes propres revenus. Et depuis, je vais de crédit en crédit… Un vrai cauchemar !", confie-t-il, démoralisé.
Pauvreté
Le recours croissant aux usuriers s’explique d’abord par la crise économique de plus en plus aiguë qui secoue le pays : négatif en 2002, le taux de croissance ne dépassera pas 1,3 % cette année, alors que la population augmente de 2,5 % par an et que l’inflation dépasse 2 %. La situation a empiré avec la hausse de la TVA passée de 18 à 25 %, en août dernier, qui a fait flamber les prix sur les marchés de Libreville. D’après une étude de la Banque mondiale réalisée en 2003, 29 % de la population gabonaise vit aujourd'hui dans une extrême pauvreté.
La vie est de plus en plus difficile pour les personnes à faibles revenus qui ont fréquemment recours à ces prêteurs. "Nous n’avons pas le choix car il faut vivre, il faut se nourrir, se soigner, et les hôpitaux publics n’administrent pas de soins gratuits", se justifie Paul Ndongo, père de famille à la retraite et habitué aux emprunts usuraires. Pas question, en effet, d'obtenir un prêt auprès d’une institution bancaire agréée. Les conditions à remplir sont draconiennes. "Pour bénéficier d’un crédit bancaire, il faut justifier d’un revenu mensuel d’au moins 100 000 Fcfa ”, précise Claude Ayo Iguendha, directeur général de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Gabon (Bicig).
Micro-crédit
L’ouverture d’un compte bancaire est soumise aux mêmes conditions. En outre, les banques conditionnent les prêts à la présentation des trois derniers bulletins de salaire et souvent d'une personne qui se porte caution si le prêt sollicité est important. Les petits fonctionnaires et une bonne partie de la population sont donc exclus des circuits conventionnels de crédit car le salaire minimum garanti varie de 44 000 Fcfa à 92 000 Fcfa suivant le secteur professionnel, inférieur au minimum requis pour ouvrir un compte bancaire.
Seule solution alternative, le micro-crédit proposé par des institutions spécialisées. Il est encore peu développé au Gabon. En 2003, le secteur de la micro-finance comptait 2450 clients au Gabon et près de cent fois plus au Cameroun. Au Gabon, c'est le Fonds d’expansion et de développement des petites et moyennes entreprises (Fodex) qui propose des crédits aux plus démunis et aux petites entreprises. Selon Jeanne Goleine Ossouka, administrateur du Fodex, "près de 700 millions de Fcfa à des taux d’intérêt de 15 % par an ont été octroyés à ce jour à 640 hommes et femmes dans le cadre de la micro-finance. Le taux de remboursement est de 80 %, ce qui signifie que les pauvres remboursent leurs crédits".