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Crise de la filière bois: A quoi conduirait la restructuration de la SNBG ?
Auteur:  L'Union  | Date: 5 Janvier 2005  | Réactions ()
Section: Economie  | Source: L'Union

A la différence du Gabon qui avait mis en place un organisme centralisateur pour commercialiser le bois, les deux autres pays producteurs de l'Afrique centrale, le Congo et la Guinée Équatoriale, avaient opté, pour une commercialisation libre des grumes.

Chez nous, étant entendu que l'État était actionnaire majoritaire à la SNBG, celle-ci avait la possibilité de fixer le prix qu'on réalisait effectivement sur le marché.

Or, dans un cas consacrant la commercialisation libre du bois, ce sont les opérateurs privés qui le vendent et qui déclarent le prix auquel ils l'ont vendu. Tout cela, dans le cadre de contrats privés, donc totalement libres.

Aujourd'hui, telle qu'elle est envisagée, la restructuration de la SNBG conduit à une situation où les opérateurs privés du Gabon vont évoluer sur un pied d'égalité avec, ceux des deux pays voisins producteurs de bois.

Première interrogation quelle modalité permettra de continuer à afficher le vrai prix sur le marché ? Aujourd'hui, les mêmes experts (des institutions de Bretton Woods) qui, il y a environ dix ans, avaient dénoncé l'établissement d'une mercuriale, sont les premiers à déclarer que c'est la mercuriale qui devient l'objet de référence. Bref.

Au-dela de cette contradiction, c'est la situation de certains opérateurs qui est intéressante. Il s'agit d'une catégorie d'exploitants dont on sait qu'ils sont, en même temps, des opérateurs aussi bien au Gabon qu'au Congo et en Guinée Équatoriale. Et que de surcroît, ils sont propriétaires ou exploitants d'usines dans des pays d'Asie du sud-est; zone ou ils réalisent d'ailleurs ce qu'il leur est manifestement difficile de faire notamment au Gabon, à savoir la première et la deuxième transformation du bois.

Dans les conditions d'une libéralisation totale de la commercialisation des deux essences qui relevaient du monopole de la SNBG, quelle serait la modalité qui va empêcher ces opérateurs économiques de mettre en place des systèmes favorisant des prix de cession interne dans les groupes respectifs auxquels ils appartiennent respectivement ? Par quel mécanisme pourrait-on empêcher ces exploitants forestiers, qui doivent avant tout réaliser du bénéfice, de vendre du bois à ces groupes-là, à des prix qui soient les plus bas possibles, de façon à ce qu'au bout de la chaîne, les bénéfices n'apparaissent que dans les pays où leurs groupes décident de les faire, apparaître ?

LA RECHERCHE DU BÉNÉFICE EST HUMAINE. Après tout, il est totalement normal, voire humain, de faire du bénéfice et de s'en donner les Moyens. En effet, la morale des affaires interdit, par exemple, de déclarer qu'on produit le m3 d'okoumé à 60 000 francs au Gabon si on peut le déclarer ailleurs à 50 000 francs, dans la perspective de payer 11% des droits de douane sur 50 000, et non pas sur 60 000 francs. Il est tout fait normal, pour un opérateur économique, d'aller mettre le bois en valeur ailleurs, là où la marge bénéficiaire est plus importante.

Et c'est là qu'intervient la responsabilité d'un gouvernement qui a pourtant décidé de promouvoir l'industrie de transformation sur place. Il naît automatiquement une contradiction dans la décision de retirer à la SNBG son monopole sur la commercialisation de l'okoumé et de l'ozigo. La tâche du gouvernement ne devrait pas consister à donner une liberté totale à des opérateurs économiques qui sont exploitants au Gabon

et transformateurs de bois ailleurs, leur permettant de fournir à leurs usines la matière première, à des prix tout à fait compétitifs par rapport à ceux pratiqués par l'organe national, et parfois même à des prix de dumping - pratique qui consiste vendre sur les marchés extérieurs à des prix inférieurs à ceux qui sont pratiqués sur le marché national ou même à des prix inférieurs aux prix de revient – La conséquence est que le produit final fabriqué ailleurs sera plus compétitif que le produit final réalisé sur place au Gabon.

Quelques contradictions

L'EXPLOITATION forestière s'effectue au Gabon sur deux essences de bois l'okoumé et l'ozigo, et aussi les bois divers. Chacun sait que le monopole que la Société des bois du Gabon (SNBG) détenait jusqu'à présent portait sur l'okoumé et l'ozigo.

Mais lorsque le gouvernement prend la décision de supprimer ce monopole, sur la base d'arguments qui ont été présentés par des exploitants forestiers et les Institutions de Bretton Woods, suite aux problèmes de commercialisation que connaissent l'okoumé et l'ozigo du Gabon, il devrait savoir que ces problèmes de commercialisation sont liés à une faiblesse dans la compétitivité-prix des bois de notre pays.

Et cette situation, prétend-on, est liée à l'existence d'un organisme intermédiaire (la SNBG), qui a une marge d'intervention et qui vient modérer le prix global auquel le Gabon place son bois sur le marché international.

Selon ceux qui soutiennent la suppression de la SNBG, la conséquence logique de l'argument est que si on parvient à faire sauter "le verrou" de cette société, on améliorera la compétitivité.

C'est-à-dire qu'on doit obtenir une diminution du prix sur lequel on peut placer le bois gabonais sur le marché international. En même temps, on doit obtenir une augmentation du prix que perçoit le forestier qui coupe le bois et qui le vend lui-même.

En effet, si par exemple, le prix plage (prix d'achat aux forestiers) était de 60 000 francs et que le prix moyen de vente sur le marché international est de 80 000 francs, on est certain que la différence de 20 000 francs inclut un certain nombre de charges: le coût d'intervention de la SNBG, les coûts de la SEPBG et tutti quanti.

Donc les uns et les autres sont conscients que si on supprime la Société nationale des bois du Gabon, sachant qu'il y a une économie qui est faite à ce niveau, les 80 000 francs peuvent descendre à 70 000 francs et les 60 000 francs du prix initial peuvent également grimper à 70 000 francs.

A ce niveau, il y a donc un gain de compétitivité-prix. Cependant, le problème est que cet argument conduit naturellement, par un jeu mécanique, à une baisse de la base imposable que l'État pratique.

En effet, si le prix auquel on vend le bois est ramené de 80 à 70 000 francs, il y a une baisse de la valeur imposable du bois. A cet instant, la compétitivité-prix recherchée devient une compétitivité qui se fait au détriment de l'assiette fiscale de l'État. Ce qui est en contradiction avec certaines recommandations des institutions de Bretton Woods.

En effet, la contradiction est que le Fonds monétaire international (FMI), par exemple, qui presse le gouvernement de collecter le mieux possible les ressources, l'incite à mettre en valeur une politique de diminution des prix pratiqués pour la vente de ses biens à l'extérieur.

En définitive, cette initiative conduit à une diminution globale de la quantité d'argent que le gouvernement devrait pouvoir obtenir au moment de taxer les bois qui sortent de notre pays.

En menant une autre réflexion, on devrait pouvoir faire ressortir, vis-à-vis des autres organismes, notamment de la Banque mondiale, qui nous demandent de protéger l'environnement en limitant la coupe de bois, la problématique que pourrait poser les forestiers, lorsque le prix auquel ils vendent le bois aura changé.

Finalement, quelle est la logique dans tout cela ?

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