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Où sont passés les 35 milliards du budget d'investissement 2000 ?
Auteur:  Le Nganga  | Date: 27 Décembre 2004  | Réactions ()
Section: Economie  | Source: Le Nganga

Le constat des exécutions des budgets d'investissement est implacable : année après année, aucun budget n'est exécuté sincèrement parce que trop de projets votés par le Parlement dans des secteurs pourtant dits prioritaires voient leurs dotations soit diminuées, soit supprimées.

Le gouvernement avance pourtant des arguments de poids du FMI pour expliquer le bien fondé de ces coupes budgétaires afin de financer de nouveaux projets. Les raisons principales évoquées sont la régularisation du hors-budget, les décisions de l'exécutif, les modifications sollicitées par les départements ministériels, les reports des crédits... Une question essentielle reste en suspens : le gouvernement dit-il la vérité au peuple ou ne profite-t-il pas de ces opportunités pour constituer une cagnotte bien utile, et mettre ainsi en oeuvre la seule chose pour laquelle il jouit d'une expertise reconnue : une politique de clientèlisme ?

Dans sa lettre n° 000209/PMG/JFNE du 11 septembre 2001, le premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane ordonne à son ministre de la Planification, Casimir Oyé Mba, la modification du budget d'investissement 2000 : " (...) afin de faciliter l'aboutissement, dans les meilleurs délais, de certains projets initiés dans le cadre de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion... ". L'argument est d'autant plus convaincant qu'il s'agit de fallacieuses préoccupations d'ordre humanitaires.

Le lundi 16 et mardi 17 février 2004, dans la salle Mengane, du Palais international des Conférences de la Cité de la Démocratie, l'audition en vue d'examiner le projet de loi des Finances rectificatif pour l'année 2003, le même Casimir Oyé Mba déclarait : " chaque année, l'Etat, par le biais du Trésor public, se trouve en situation de devoir effectuer des opérations en hors-budget qui nécessitent par la suite une régularisation effective à l'effet de couvrir les opérations budgétaires dans le respect des orientations du FMI...". Un charabia pas loin de la langue de Babel, tel qu'à essayer de comprendre, le premier quidam venu verrait des extra-terrestres à Nkembo... Or la-dessus, le ministre d'Etat n'explique pas pourquoi ces opérations de hors-budget ne requièrent pas au préalable l'aval du Parlement. Parce qu'elles couvrent parfois la moitie du budget d'investissement.

Car, nous savons qu'aucune disposition particulière ne fait obligation au gouvernement de ne pas engager jusqu'à un certain niveau des modifications dans le budget sans en informer les parlementaires.

La vraie question - certes élémentaire pour les techniciens mais point anodine pour le commun, est donc de savoir comment élabore-t-on un budget d'investissement ? Est-ce à la suite d'une conférence budgetaire, par " affinités électives " ou par copinage ? En principe dans une démocratie citée en exemple comme la nôtre, c'est aux parlementaires d'apprécier les besoins publics qui préparent l'avenir. C'est avec eux que le gouvernement définit les dépenses indispensables. Les raisons du FMI invoquées par Casimir Oyé Mba pour " manipuler ", chaque année le budget d'investissement sont inquiétantes, parce qu'il ne dit pas, ou ne sait pas où s'arrêtera la dynamique de modification par rapport à un budget voté par le Parlement. Modifier un budget nécessite que des limites soient fixées. Ce n'est pas comme ouvrir la boite de Pandore...

Prenons un exemple : sur instructions du premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane, qui n'est pas un inspecteur des Finances de piètre acabit ! et du ministre d'Etat à la Planification, le Commissaire général au Plan, Macaire Longho, " retouche " le budget d'investissement 2000 voté par le Parlement. Il élabore alors, puis exécute un autre budget d'investissement. La particularité de celui-ci est de soulever, l'air de rien, un petit nuage de poussière de façon à rendre moins visible les 25,1 milliards de FCFA de hors-budget du ministère des Finances, tout en provisionnant le ministère de la Planification d'une cagnotte de 9,539 milliards de FCFA. Ça peut toujours servir !

Les 25,1 milliards de hors-budget disparaissent grâce à la prise en compte dans le budget d'investissement 2001, par le report du crédit de 25,1 milliards. Ça c'est la magie des initiés! Le nuage de poussière restera toujours aussi impénétrable pour les parlementaires que peut l'être la forêt des Abeilles. Puisque qu'ils ne pourront jamais vérifier si les projets exécutés du budget d'investissement 2000 ont quelque chose à voir, - ou si peu - avec " la pauvreté et l'exclusion ". Ou avec une quelconque injonction du FMI.

Voici identifiés, au moins pour les plus importants d'entre eux, quelques beaux projets payés par le Trésor public, et censes réduire la paupérisation galopante au Gabon : batterie de cuisine CHL (437 millions), véhicules Planification (296 millions), ensemble projets Komo Mondah (3 milliards), ensemble projets commune Mimongo (600 millions), véhicules Primature (185 millions), Extension direction/solde (349.967.000), fourniture mobilier direction générale du budget (234.831.200 FCFA), construction dispensaire -?- (75.000.000 FCFA), élaboration loi de développement par le tépégé (100.000.000 FCFA), Réfection logement com-chef gendarmerie Nationale (190.000.000 FCFA), achat véhicules présidence (260.000.000 FCFA), réfection résidence préfet de Franceville (317.683.000 FCFA)...

Pourquoi le Parlement, institution centrale de la démocratie, n'est-il pas le lieu de vérité où les représentants du peuple débattent des budgets avec le gouvernement ? Il est temps que celui-ci se révolte contre l'arrogance du gouvernement. Lequel est dans un état d'esprit que nous résumons ainsi : en bonne période on détourne, en période difficile, on fait appel au FMI pour couvrir d'autres détournements. Au regard de l'ampleur du scandale et de l'implication des politiques, le Grand Chocolatier a deux solutions : enterrer ces dossiers en demandant au ministère muet, sourd et aveugle de la Lutte contre la Corruption et l'Enrichissement illicite; ou déclarer l'amnistie générale dans un proche avenir.

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