Considérée ailleurs comme la juste récompense faite à un travailleur après des décennies de services, la retraite est vécue dans notre pays comme un véritable cauchemar.
LA fin de l'année est toujours, pour quelques dizaines de compatriotes ayant servi dans les administrations aussi bien publiques que privées, l'occasion de faire valoir leurs droits à la retraite.
Naguère considérée comme la juste récompense faite à un citoyen qui s'est acquitté de ses obligations professionnelles avec compétence, abnégation et honnêteté, aujourd'hui, la retraite est vécue par les intéressés comme un véritable cauchemar. Si, sous d'autres cieux, la perspective de cette échéance est attendue avec frénésie et bonheur, ici, les choses sont différentes. Au fur et à mesure que la date fatidique approche, les proposés à la retraite vivent la plus grande inquiétude de leur vie. Certains se découvrent même des pathologies insoupçonnées par le passé, au moment où ils étaient en activité.
De nombreux citoyens vont donc à la retraite le coeur serré. D'autres moins courageux, jouent à cache-cache pour prolonger indéfiniment leur vie professionnelle. Aussi n'est-il pas rare de voir les plus jeunes aller à la retraite avant leurs aînés qui, au fil des années, se trouvent miraculeusement rajeunis à -la faveur de nouveaux actes de naissance. D'autres compatriotes, eux, jouent à saute-mouton en passant de statut professionnel en statut professionnel. Ce qui leur garantit une "autre" longévité dans le monde du travail.
Question : pourquoi la retraite fait-elle donc si peur, tant à ceux qui en bénéficient aujourd'hui qu'aux retraités de demain ? Réponse: les retraités sont depuis longtemps arrivés à la conclusion que les pouvoirs publics se souciaient très peu de leur situation.
La précarité financière dans laquelle vivent bon nombre de Gabonais admis à la retraite, tous régimes de pension confondus - Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), Caisse nationale de garantie sociale (CNGS) et la Trésorerie générale du ministère des Finances – interpelle donc l'ensemble des institutions nationales compétentes, au premier rang desquelles se trouve naturellement le gouvernement de la République.
LONGUE ATTENTE• En quoi consiste donc cette précarité financière ? Premièrement, elle s'exprime par les longues années d'attente entré 3 et 5 ans - qui séparent la date du départ en retraite et la perception de la pension. La constitution du dossier avec ses multiples tracasseries, est plus qu'un véritable parcours du combattant. Certaines personnes sont même mortes alors que leur dossier n'avait même pas connu un début de traitement.
Il y a aussi la non mensualisation du paiement des pensions relevant de la CNSS et de la CNGS comme cela se fait chez les fonctionnaires. On peut encore parler du non paiement des indemnités dues au titre des services rendus aux retraités et couvrant la période allant de 1977 à nos jours, conformément aux dispositions du décret 627 du 29 mai 1980.
Pourquoi ne pas dénoncer l'absence de carte de réduction pour les tarifs de transport, les frais médicaux, les achats dans les grandes surfaces, etc., tel qu'on le voit sous d'autres cieux ?
On peut enfin citer la situation alarmante de certains compatriotes qui sont privés de pension à cause de la non déclaration des travailleurs par les entreprises qui lés auront utilisés. Ou encore le cas des sociétés qui; ayant pourtant déclaré leurs agents et ayant rien retenu à la source les cotisations de ces derniers, ne se sont pas, elles-mêmes, acquittées de leurs cotisations patronales. Cela, en violation de la loi.
«Le gouvernement commettrait une erreur d'appréciation, avait averti le député Albert Ndong Obiang, s'il venait pour longtemps encore à marginaliser cette frange de la population dont le pays a grandement besoin». Selon Ndong Albert, si les retraités étaient mieux traités par l'Etat, ils constitueraient un potentiel non négligeable de ressources humaines susceptibles de s'investir dans le développement de certains secteurs économiques de notre pays: agriculture, commerce, etc.
Par ailleurs, est-il besoin de rappeler qu'au plan international, est considéré comme un Etat crédible et fiable celui qui a mis en place les conditions d'une meilleure répartition des revenus, et donc qui peut garantir une retraite normale aux citoyens lui ayant consacré des années de leur vie. Mieux, la fluidité du système de .retraite est aussi un des critères d'éligibilité et de fiabilité pour la communauté internationale et donc pour les investisseurs, occidentaux notamment.
Aujourd'hui, peut-être plus que par le passé, il y a urgence à réorganiser le système des pensions dues aux retraités, en raison de l'impératif, pour notre pays, de présenter un visage plus social auprès de la communauté internationale... et pourquoi pas, être en accord avec nous-mêmes. Il y a un mois, un Conseil des ministre demandait le maintien en poste des enseignants gabonais atteints par la limite d'âge. Depuis, plus rien.