Le Gabon va aborder un nouveau tournant politique et économique pour son avenir dès 2005 en mettant en évidence sa capacité et sa volonté d`engager des réformes, soulignait à la mi-novembre le représentant-résident de la Banque mondiale (BM) à Libreville, Mme Mehrmaz Teymourian.
La BM, qui a tiré les leçons des stratégies de l`assistance au Gabon (CAS) pour la période 1998-2004, vient de lancer une enquête auprès de ses partenaires et clients pour élaborer la CAS 2005-2008, a appris la PANA lundi auprès de l`institution.
La politique d`austérité gabonaise qui contraint 35% environ de la population à vivre dans des conditions d`extrême pauvreté, sera difficilement imposable par le gouvernement qui voit également baisser, depuis quelques années, ses revenus pétroliers même si des champs pétroliers secondaires ont permis de réaliser des petites découvertes dans le sud-ouest du pays, souligne-t-on de sources financières
Quatrième pays producteur de pétrole en Afrique après le Nigeria, l`Angola et la Guinée équatoriale, le Gabon dépend encore de ses ressources naturelles malgré une production pétrolière qui décline rapidement.
"A moins que des gisements importants de pétrole soient découverts prochainement, les projections actuelles indiquent une baisse marquée de la production", indiquait, le 11 novembre dernier, un document de la Banque mondiale.
Abordant les risques qui pourraient découler de la situation actuelle du Gabon, la BM émettrait des réserves sur "l`engagement du gouvernement à l`agenda de réformes sectorielles". Selon l`institution, "les instabilités sociales pourraient surgir du fait de la dégradation des indicateurs de la pauvreté".
Ainsi, pour élaborer sa stratégie d`assistance au pays (CAS) pour la période 2005-2008, la BM a initié, depuis le 24 novembre, une enquête auprès de ses clients partenaires. L`ensemble des données feront l`objet d`une analyse statistique et d`échange de vues dans le cadre d`ateliers qui seront organisés au Gabon.
La France n`est plus le seul allié du Gabon. Pour sa part, le président Omar Bongo Ondimba, qui est favorable à une politique d`ouverture, ne prend plus le risque de tout attendre de Paris, son principal allié, d`où ses réguliers séjours en France pour expliquer à la classe de ce pays ses choix politiques et économiques récents tournés vers la Chine, les Etats-Unis et le Brésil.
Une préoccupation demeure toutefois en ce qui concerne la "démission volontaire des investisseurs français au Gabon", car il semblerait que les relations fructueuses entre le Gabon et la Chine ne sont pas bien accueillies dans certains milieux français.
L`année 2005 sera marquée par l`élection présidentielle et une nouvelle configuration politique du pays, car le ralliement des principaux partis de l`opposition dans le camp présidentiel renforce le pouvoir du président Omar Bongo Ondimba.
Pour beaucoup d`observateurs, le Gabon semble revenir à la configuration du parti unique d`avant les années 1990, car pratiquement privé d`opposition aujourd`hui.
Malgré sa stabilité politique favorable à l`appel des investisseurs étrangers, la situation politique du Gabon évolue dans la perspective d`un système de parti unique, car il ne reste que peu de formations dans une opposition affaiblie et divisée depuis que le Rassemblement national des Bûcherons (RNB) de Paul Mba Abessole a rallié le camp présidentiel, suivi quelques semaines après par Pierre Claver Maganga Moussavou du Parti social démocrate (PSD).
A la veille de l`élection présidentielle de 2005, le Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir) a presque bataille gagnée, car le candidat naturel Omar Bongo Ondimba remportera cette élection quel que soit le candidat de l`opposition qu`on lui présentera.
La présence de divers partis dans la galaxie présidentielle ouvre également la voie au président Bongo Ondimba pour une présidence à vie empêchant ainsi l`émergence de nouveaux leaders de la majorité.
Toutefois, les économistes gabonais évoquent une résurgence, dans les mois à venir, de crises sociales malgré la trêve signée pour trois ans entre le gouvernement, les syndicats et les partenaires sociaux et dont les engagements, côté gouvernement, pour baisser les prix des produits de première nécessité n`ont toujours pas été pris.
Le numéro un gabonais avait expliqué aux autorités françaises et aux investisseurs de l`Hexagone, fin octobre dernier à Paris, qu`il fallait considérer le rapprochement avec la Chine non pas comme une mise à l`écart de la France, ancienne puissance coloniale, mais simplement comme un acte de diversification et d`ouverture de l`économie gabonaise.
Le Gabon est indépendant depuis le 17 août 1960. Sa population de 1,2 million d`habitants est disséminée sur une superficie de 267.667 km2 mais la majorité vit dans les principales villes: Libreville, Port-Gentil, Franceville, Lambaréné.