Comment le Gabon, tributaire à 70% de l'étranger, peut-il inverser sa dépendance alimentaire ? A peine une voie de sortie trouvée, le pays se heurte à des actions rédhibitoires.
Afin de palier les carences observées dans la politique agricole, l'Institut gabonais d'appui au développement (IGAD), une ONG du groupe AGRISUD créée en 1992, se propose d'offrir une alternative par la formation professionnelle agricole orienté vers l'acquisition des connaissances nécessaires à l'auto-emploi dans le secteur agricole et para-agricole avec l'objectif de développer un tissu agricole périurbain sous forme d'agriculture sédentaire intensive et protectrice de l'environnement, l'approvisionnement des marchés urbains en produits frais locaux et la recherche-développement sur la valorisation des potentialités agricoles et para-agricoles.
La méthodologie de l'IGAD s'articule sur trois modules :
1°/ démonstration des potentialités agricoles par la création d'exploitations agricoles et para-agricoles privées, gérées par des entrepreneurs gabonais indépendants ;
2°/ capitalisation des éléments technico-économiques, sociaux et financiers issus de la démonstration ainsi que le suivi du processus par la mise en place d'une recherche d'accompagnement ;
3°/ diffusion des techniques et enseignements capitalisés par la mise en place d'outils d'appui aux professions passant par un appui et un encadrement.
Notons ici que les appuis à la profession représentent annuellement environ 4000 prestations techniques et 500 prestations de formation.
S'agissant de l'approvisionnement des marchés urbains en produits frais, l'institut peut se réjouir aujourd'hui d'avoir contribué à réduire les importations en légumes de près de 60%, à l'exemple de l'amarante, couramment appelée folong, principale culture avec 66,74% de production totale, soit un chiffre d'affaire de 52,42% en 2003.
Grâce à l'IGAD, nous produisons des légumes frais : amarante, aubergine en feuille, aubergine violette, baselle, basilic, carotte, céleri, chou de Chine, chou pommé, ciboule/oignon, gombo feuille, gombo fruit, laitue, oseille, persil, piment, poivron, radis, tomate, etc. Cette production locale sur les marchés de la capitale et de l'intérieur du pays, à l'exemple de Mouila, se reconnaît par des tas de piment plus gros, de bottes d'oseille plus touffues, des choux pommés, poireaux et poivrons plus gros.
Une commerçante nous confie : " Je suis heureuse de cette production qui facilite mon ravitaillement. Les quantités son plus importantes quand on achète chez les producteurs et les produits se vendent assez vite puisque les tas sont gros. Les clients ne discutent pas beaucoup ".
Interrogé à ce sujet, Samuel Nzanga, le président du groupe des maraîchers du PK 8 déclare : " Certes, les importations continuent. Mais, avec l'IGAD et le soutien de l'Etat, nous réussirons à couvrir tous nos marchés. Cela réduira peut-être les importations de 5% à 10% ".
Chiffre d'affaire : 6 milliards
Depuis son lancement, l'IGAD s'est développé à l'intérieur du Gabon. A Libreville, les trois périmètres qu'il occupe sont le PK 8 (12 parcelles), l'aéroport Léon Mba (65 parcelles) et Owendo (27 parcelles). En outre, l'institut compte huit (8) élevages de porcs, un atelier de production de farine, un centre d'apprentissage. Globalement, l'Estuaire exploite neuf (9) périmètres agricoles totalisant 50 exploitations vivrières basées sur système de culture en couloirs et un centre d'apprentissage à Ntoum. Pour les autres localités de l'intérieur, à Franceville, il y a un périmètre agricole composé de dix (10) exploitations ; à Oyem, un périmètre et douze (12) exploitations ; à Leconi, un atelier de production de farine.
La démonstration du potentiel agricole de la petite exploitation privée a permis de créer 200 entreprises gabonaises générant une production de 130 tonnes de produits par an. Ce qui correspond à un chiffre d'affaire de 750 millions de F.CFA. Le développement spontané d'exploitations agricoles à Libreville et sa périphérie a pu être évalué dans le cadre du maraîchage à 470 entreprises. L'ensemble des programmes entrepris depuis 1992 a généré environ 1200 emplois directs pour un chiffre d'affaire de près de 6 milliards de F.CFA.
Cependant, derrière ce tableau reluisant, des difficultés ont surgi entravant le bon fonctionnement de l'IGAD. Exemple : l'insuffisance de bâtiments pour accueillir un plus grand nombre de stagiaires. En effet, le centre d'apprentissage du PK 8 ne compte qu'une unique salle de cours. Antre difficulté, et non des moindres : l'Etat s'oppose à l'octroi de parcelles à l'IGAD. Or, celui-ci en a grand besoin pour la phase expérimentale destinée aux personnes formées.
Pourquoi ce refus ? Le coût élevé des outils, engrais et semences constitue un gros handicap aussi bien pour le travail des formateurs, mais également pour les producteurs locaux. Peut-on encourager la production locale sans baisser les taxes sur les outils ? Autre chapitre, l'accès au crédit.
Avec la mort programmée de la Banque nationale de crédit rural (BNCR), il n'existe plus aujourd'hui d'institution de crédit agricole. Le FODEX, seul organisme de financement de microprojet, n'allège pas les conditions d'octroi. Si l'IGAD reste mal connu du grand public, le Programme d'appui du développement de l'agriculture périurbain (PADAP) l'est encore moins. Le lancement tardif de ce programme s'inscrit dans la nouvelle phase d'appui au maraîchage périurbain dont la mission est d'apporter un soutien aux nouveaux producteurs dans six provinces : Estuaire, Woleu-Ntem, Moyen-Ogooué, Ogooué-Maritime, Haut-Ogooué, Nyanga. Initié depuis 1997, le PADAP a tardivement démarré à cause de lourdeurs administratives et dont les conséquences sont dommageables pour l'IGAD.
Il s'agit d'un bon programme, mais un programme de plus ! Pourquoi marcherait-il mieux que le premier ?