Toutefois, avec 168 milliards de F CFA l'année prochaine, cette dotation reste très en dessous du montant nécessaire à la couverture des besoins exprimés par l'ensemble des ministères. Lors de son passage chez les députés, le ministre d'État en charge de la Planification, Casimir Oyé Mba, n'a pas manqué de souligner les difficultés éprouvées par le gouvernement pour répartir l'enveloppe sans provoquer des grincements de dents.
DEPUIS jeudi dernier, les députés membres de la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique travaillent sur le projet de loi de finances 2005. Ce sont les ministres d'État en charge des Finances, et de la Planification qui sont partis présenter et défendre les choix du gouvernement face aux élus de la Représentation nationale. Paul Toungui se chargeant de la première partie relative aux ressources et aux charges, et Casimir Oyé Mba du budget d'investissement. Et c'est ce deuxième volet qui nous intéresse aujourd'hui.
On soulignera que le projet de budget d'investissement s'élève à 168 milliards de F CFA, contre 167,5 milliards F CFA en 2004. Soit une légère augmentation de 500 millions de F CFA. Ce qui demeure toutefois inférieur aux besoins d'investissement exprimés en conférences. budgétaires par l'ensemble des administrations et ministères. Ceux-ci s'élèvent à 490 milliards F CFA.
Sur les 168 milliards, les ressources propres s'élèvent à 133 milliards de FCFA contre 142, 500 milliards en.2004. Soit une baisse de 9 500 milliards. Tandis que les financements extérieurs (y compris les dons) seraient de 35 milliards contré 25 milliards pour l'année en cours. Soit une hausse de 10 milliards F CFA...
Casimir Oyé Mba a dit aux députés que plusieurs contraintes ont pesé sur l'élaboration de ce budget d'investissement. Notamment le sort des quatre secteurs prioritaires de l'exercice budgétaire 2004, les financements extérieurs et les six secteurs prioritaires retenus pour 2005.
Par rapport à la première contrainte, le patron de la Planification a rappelé que l'État avait décidé, pour donner plus de visibilité à l'action du gouvernement, de faire inscrire des dotations plus consistantes pour la Santé, la justice, la Route, la Défense et la Sécurité. Cette orientation concernait aussi certaines actions spécifiques de développement. C est ainsi que-les Travaux publics avaient bénéficié de 40 milliards de F CFA, (dont 30 milliards en ressources gabonaises), la Défense et la Sécurité de-14 milliards (dont 13 en ressources propres), la Justice de 4 milliards, et la Santé de 8 milliards.
EFFORT EXCEPTIONNEL. Pour les actions spécifiques de développement, 2,5 milliards en ressources propres avaient été prévus pour la construction d'une usine pharmaceutique, et 2 milliards pour l'usine de traitement de poissons. «Ces importantes dotations, a dit le ministre d'État Oyé Mba, représentaient un effort exceptionnel de l'État qui visait à imprimer une visibilité plus évidente à son action dans les domaines concernés. Cette action se déploie sur une longue durée et non sur une seule année. Les projets engagés avec ces crédits ne sont probablement pas achevés et se poursuivront encore en 2005, voire au-delà.»
D'où les interrogations du ministre d'État : «Ne risque-ton pas de les compromettre, donc de ruiner l'effort financier fourni en 2004 si on banalise ces secteurs en 2005 ? Si l'on veut que les populations aient une perception significative de l'action du gouvernement dans ces secteurs, ne doit-on pas continuer à inscrire en 2005 des crédits relativement conséquents ?» Dans tous les cas, la deuxième idée a reçu l'assentiment de tout le gouvernement.
S'agissant des financements extérieurs, Casimir Oyé Mba a dit qu'ils posent deux problèmes : leur disponibilité et leurs contreparties gabonaises. L'expérience de ces dernières années révèle que le montant des financements extérieurs figurant dans le budget d'investissement n'est pratiquement jamais mobilisé effectivement, pour des raisons diverses. En 2003 .par exemple, il n'y a eu que 9 milliards F CFA de mobilisés sur 31 milliards attendus...
Le ministre d'État en charge de la Planification a également souligné que contrairement à ce qu'ils font pour d'autres pays africains, nos bailleurs de fonds ne financent jamais intégralement des projets au Gabon. Ils exigent généralement de notre part une contribution. Dans le meilleur des cas, l'utilisation de cette contrepartie gabonaise. se fait concomitamment avec le concours extérieur. Mais souvent, l'on exige même qu'elle soit préalable à la mobilisation du concours extérieur. «Pour qu'un projet bénéficiant d'un financement extérieur soit réalisé, il est indispensable que sa contrepartie gabonaise soit inscrite au budget et mobilisée à temps», a dit le ministre d'État.
CONTRAINTES SPÉCIALES • En ce qui concerne les six secteurs prioritaires en 2005, l'hôte des députés a rappelé qu'il s'agit de l'habitat, les affaires sociales, la famille, l'agriculture; l'éducation nationale, et l'enseignement supérieur. La prise en compte de cette décision, conjuguée avec la nécessité de la poursuite des actions prioritaires et spécifiques en 2004, créé une contrainte spéciale. Lorsque l'on sait que l'enveloppe du budget d'investissement globale est restée au même niveau.
En somme, les 83 milliards de F CFA de ressources propres disponibles seraient affectés aux priorités pour 2005, aux actions spécifiques de développement, aux projets avec financements extérieurs, et aux autres administrations. Soient l'habitat (4 milliards), affaires sociales (2 milliards), famille (1,5 milliard), agriculture (2,5 milliards) éducation nationale (4 milliards), et enseignement supérieur (3 milliards auxquels il faut ajouter 3 milliards inscrits au titre de la contrepartie gabonaise à la construction d'un C.H.U. à Libreville).
Les actions spécifiques prendraient 16,5 milliards F CFA. Soient : 3,5 milliards pour l'usine pharmaceutique, 3,5 milliards pour l'usine de traitement de poissons, 0,5 milliard pour la construction du stade de Mindoubé, 3 milliards pour le CHU, et 5 milliards pour la réfection du palais de la présidence de la République, etc.
En attendant les arbitrages du Parlement, Casimir Oyé Mba a souligné que dans tous les cas, au niveau de son département, priorité sera accordée aux projets en cours dont l'exécution physique est confirmée sur le terrain, ainsi qu'aux nouveaux projets avec financements extérieurs déjà acquis.