MOUNANA (Gabon), 27 jan (AFP) - 9h33 - Bâtie au fin fond du Gabon, dans une vallée entourée de savanes et de forêts, la ville de Mounana se désespère depuis deux ans de la fermeture de ses mines d'uranium, tout en soupçonnant le métal qui a fait sa prospérité d'avoir provoqué une "pollution radioactive".
Cette inquiétude, relayée dans la presse locale, a suscité en septembre dernier la création d'un collectif, le "Front des jeunes Mounanais" (FJM), qui dénonce la situation environnementale et sanitaire de cette localité de 6.500 habitants, située à 650 km au sud-est de Libreville.
"Tout Mounana est pollué, et pas seulement les sites d'extraction", affirme son président, Christian Ondo, énumérant les innombrables "dégâts" occasionnés par l'exploitation, souterraine ou à ciel ouvert, des gisements uranifères de la zone.
Si les accusations du FJM sont invérifiables, faute d'études scientifiques rendues publiques, elles trouvent néanmoins un écho au sein d'une population traumatisée par l'arrêt, en mars 1999, des activités de la Compagnie des mines d'uranium de Franceville (COMUF), filiale (à 68,4%) du groupe français Cogema.
"En 40 ans d'exploitation, personne ne s'est plaint de rien, et maintenant, certains parlent de pollution", s'insurge son directeur général, Bernard Kieffer, aujourd'hui à la tête d'une petite équipe chargée de surveiller la fermeture des sites industriels.
Il faut dire que pendant ces quatre décennies, la COMUF a non seulement extrait 26.000 tonnes d'uranium, mais a employé 5.000 personnes venues de tout le pays, transformant un petit village en riche cité ouvrière de 14.000 habitants, explique-t-il.
Comme nombre d'"anciens" de la COMUF, il se souvient avec nostalgie de l'époque faste, où l'entreprise allait jusqu'à payer l'eau, l'électricité, les frais de scolarité et les soins médicaux de tous les habitants, employés ou non.
"Quand un telle entreprise ferme, c'est la désolation", admet le vice-président du conseil d'administration de la COMUF, l'ancien ministre Zacharie Myboto.
"Je considère la zone comme économiquement sinistrée", ajoute ce "baron" local, récemment réélu député à Mounana sous l'étiquette du Parti démocratique gabonais (PDG), la formation du président Omar Bongo
"Il n'y a pas de malformations ou de décès liés à la radioactivité", affirme de son côté l'unique médecin généraliste de l'hôpital de Mounana, Angélique Kombila.
"On met tout sur le dos de l'uranium parce qu'il n'y a plus de travail", assure ce médecin, employée pendant 13 ans à la COMUF.
Après l'arrêt des activités minières, programmé dès le début des années 1990, aucune solution alternative n'a été réellement mise en place.
Désemparés par l'absence de perspective économique, nombre de Mounanais vouent maintenant la COMUF aux gémonies, oubliant les cessions gracieuses à l'Etat de l'hôpital, des écoles, du stade, et le don de 600 logements à leurs locataires, pour plus de 6 milliards de francs CFA (9 M EUR).
Quant au démantèlement des installations, entamé en 1997 et prévu pour s'achever en 2003, il coûtera 7 mds FCFA (10,7 M EUR).
Si la plupart des usines, des gigantesques carrières ou des puits d'extraction ont disparu pour faire place à des espaces verts ou à des lacs artificiels, la ville n'en garde pas moins un air d'abandon.
En quelques années, les herbes folles ont envahi les résidences, tandis que les nids de poule ont fait leur apparition sur les chaussées. L'une des rares satisfactions reste toutefois le maintien d'un émetteur diffusant gratuitement des chaînes télévisées françaises, normalement payantes.
"La COMUF, c'était un peu comme une mère", résume son administrateur délégué, Jean-Paul Pfiffelmann. "Maintenant qu'elle ferme, ses employés orphelins se demandent quel sera l'héritage".
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