LIBREVILLE, 19 fév (AFP) - 16h39 - Le Gabon, dont les comptes sont lourdement grevés par le poids de la dette extérieure, connaît des difficultés à réduire son endettement paradoxalement car il est plus riche que la plupart des pays d'Afrique.
Sa dette extérieure atteint 3,3 milliards de dollars, soit 2.750 dollars par habitant, un montant important pour ce petit pays pétrolier du Golfe de Guinée de 1,2 million de personnes, selon la Banque mondiale (BM).
"L'autre drame de la dette du Gabon", selon Robert Calderisi, directeur régional pour l'Afrique centrale de la BM, est qu'elle est constituée de crédits chers, d'argent emprunté sur les marchés internationaux.
En raison de son niveau de revenus, le pays n'attire en effet pas l'aide internationale.
Résultat, le Gabon consacre 40 à 45% de ses revenus, essentiellement pétroliers, au remboursement de sa dette, "un fardeau qu'aucun pays ne peut continuer à supporter sans gêner des investissements dans les écoles, les cliniques et autres secteurs d'importance", rappelle M. Calderisi.
Le gouvernement gabonais a affirmé à la BM que le service de la dette lui avait coûté entre 450 et 500 milliards de francs CFA (environ 600 millions de dollars) en 2001.
La "richesse" du Gabon, ou sa moindre pauvreté à l'échelle de l'Afrique, qui l'oblige à emprunter à des taux élevés, l'empêche de se débarrasser facilement de sa dette.
Son niveau de revenus et l'importance de ses ressources naturelles (pétrole, manganèse, bois) le privent des programmes de rééchelonnement dont bénéficient ses voisins plus pauvres.
Le Premier ministre gabonais, Jean-François Ntoutoume Emane, avait annoncé, lors de l'installation de son nouveau gouvernement, le 30 janvier, son intention de renégocier la dette extérieure, estimant que son remboursement "se contredit avec le développement".
"Jusqu'ici le Gabon a combiné d'une façon un peu gênante des richesses importantes et un développement assez lent", note toutefois M. Calderisi, présent à Libreville dans le cadre d'une tournée d'une délégation de la BM en Afrique centrale.
"Le gouvernement gabonais a fait savoir que les formules actuelles de rééchelonnement ne sont pas efficaces", a-t-il rapporté après une réunion avec celui-ci.
"Notre réponse est que, malheureusement, il n'y a pas d'autre possibilité pour les pays tels que le Gabon, pays à revenu intermédiaire", et pour lequel "il n'existe pas de formule de réduction de la dette évidente", a-t-il indiqué, rappelant que ce pays occupe la troisième place en Afrique en terme de revenu par habitant.
"La seule solution consiste à continuer à gérer les finances publiques de façon saine et à favoriser les revenus non-pétroliers pour que la croissance soit supérieure à la dette", a-t-il préconisé.
Le Gabon s'est plié au cours des quatre dernières années à une gestion orthodoxe de ses finances publiques, qui a freiné l'investissement et a abouti ces derniers mois à plusieurs mouvements de grève.
Mais les institutions de Bretton Woods refusent de servir de boucs émissaires. "D'autres solutions sont possibles pour assainir les finances publiques (que de baisser les investissements publics, ndlr) en particulier les privatisations", estime M. Calderisi, dénonçant le retard pris par celles-ci.
"Les entreprises publiques qui perdent de l'argent continuent d'absorber de l'argent public (...), grevant le budget, et retardent le moment où l'Etat pourra profiter de cet argent pour investir dans les infrastructures nécessaires", souligne-t-il.
Face à l'inquiétude du gouvernement, confronté à des conflits sociaux (Postes et Télécoms, télévision, université), il estime que ceux "à éviter sont ceux à moyens et longs termes".
Selon lui, la vraie question est: "Comment assurer la paix sociale longtemps et non d'une semaine à l'autre?"
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