Après la mission du FMI à Libreville, les responsables du ministère de l'Économie, des Finances, du Budget et de la Privatisation optimistes sur la signature prochaine d'un accord.
POUR le cabinet Ntoutoume Emane II, il est patent, désormais, que sa crédibilité aux yeux des populations et son avenir politique se joueront plus sur le terrain économique que sur l'organisation des élections municipales et le renouvellement des assemblées locales.
C'est du moins ce qu'est venue rappeler la récente mission de la délégation du Fonds monétaire international ayant séjourné une dizaine de jours à Libreville, à la demande des autorités du pays. C'était connu d'avance, que l'enjeu des échanges entre le gouvernement et cette mission du Fonds serait la loi de finances 2003, qu'il fallait à cette occasion compléter pour que celle-ci soit finançable par la communauté financière internationale, étant donné que l'esquisse de budget adopté en Conseil des ministres avait révélé un gap énorme de plus de 210 milliards de francs CFA.
A l'issue de cette mission qui s'est déroulée dans une atmosphère conviviale et un climat très détendu, il semble que, pas à pas, le gouvernement, via les experts du ministère de l'Économie, des Finances, du Budget et de la Privatisation qu'on a vus aux premières loges de cette rencontre, ait beaucoup avancé dans la bonne direction. Libreville affiche visiblement une volonté politique de voir se créer les conditions propices à l'ouverture à propre ment parler de nouvelles négociations avec le FMI.
C'est un secret de polichinelle: l'objectif du gouvernement est de s'accorder avec le Fonds pour asseoir un programme à moyen terme que les autorités gabonaises souhaitent voir s'étaler sur une période d'au moins trois ans. Cette ambition, note-t-on, est à la mesure de la situation extrêmement sensible que traverse l'économie nationale, et qu'il est donc urgent de corriger au risque de voir s'accumuler les arriérés de la dette intérieure et extérieure qui obèrent déjà considérablement le budget de l'État.
Lors de cette rencontre entre la mission du FMI et la partie gabonaise, a priori, le message consistant à plaider pour a conclusion à venir de ce programme est passé Libreville ayant expliqué de long en large qu'avec un tel accord, il est sûr et certain que le gouvernement aura une vision plus claire de l'avenir car il lui permettra enfin d'étaler l'effort, il pourra également mieux s'attaquer aux vrais problèmes qui se posent de plus en plus avec acuité aux populations.
EXERCICE DÉLICAT • Si l'on en croit certains cadres ayant suivi ce dossier par le passé, accordant un satisfecit aux responsables du ministère de l' Économie et des Finances qui ont réussi à convaincre le Fonds de ne pas avoir à imposer au gouvernement une sorte de programme test comme le FMI l'a souvent fait dans des cas similaires, le plus dur est à venir.
Il concerne la capacité de l'ensemble du pays à s'ajuster, et c'est là que se trouve le plus important défi que le gouvernement à l'unisson doit relever. C'est principalement ce pari que le ministre d'État, ministre de l'Économie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, et la jeune équipe dynamique qui l'entoure doivent réussir, et cela passe avant tout par une gestion des deniers de l'État qui doit être, davantage qu'actuellement, plus crédible.
Sa méthode douce et discrète, pour faire engranger des économies est appréciée au sein du ministère, mais elle gagnerait à être aussi partagée par l'opinion, dans laquelle des voix critiques avancent que jusque-là, la préoccupation de ce département ministériel a toujours été de signer le programme, et une fois cela fait, de le laisser-aller ou le laisser faire.
Cela dit, d'autres estiment, a contrario, que le contexte est favorable à la nouvelle équipe pour réussir les réformes attendues en trouvant des niches grâce auxquelles les économies seront possibles en vue de combler le déséquilibre actuel des finances publiques. Soit, il faudra augmenter les recettes budgétaires pour les mettre au niveau des dépenses (fonctionnement et financement), voire les dettes de l'État qui ont trop tendance à augmenter, soit il faudra diminuer ces dépenses.
C'est aux responsables de ce ministère d'y répondre, en démontrant pour commencer que l'ajustement concerne aussi ce département ministériel aux fonds communs colossaux et qui coûtent gros au budget de l'Etat.
Dès ce matin, devant l'Assemblée nationale où il doit s'exprimer, le ministre d'État Paul Toungui pourrait aller décliner quelques pistes de cette réflexion engagée dans son cabinet. On sait qu'elle a d'ores et déjà conduit à la diminution de 25% des dépenses des biens et services, et que la chasse aux fonctionnaires atteints par la limite d'âge, qui rechignent à aller à la retraite est engagée. Reste à prouver qu'elle se fera sans état d'âme.
On le voit donc, dans un contexte tout à fait nouveau où, les recettes pétrolières risquent de rapporter en 2003 un peu plus de 400 milliards, alors qu'elles oscillaient autour de 700 milliards en 2001, le challenge est de taille. La communication au sein du ministère de l'Économie, pour dire la réalité de la situation aux ministères dépensiers et à l'élite politique du pays, ne devrait pas être de trop pour faire acte de pédagogie utile. Cet exercice est délicat, mais c'est là que l'on jugera réellement de l'habileté politique des responsables de ce ministère à amener les autres à s'ajuster.