DEVANT la Commission des finances, du budget et de la comptabilité publique de l'Assemblée nationale, où les deux ministres d'Etat, Paul-Toungui (Economie, Finances, Budget et Privatisation), et Casimir Oyé Mba (Planification et
Programmation du développement), ont été auditionnés, hier, sur le projet de loi déterminant les ressources et les charges de l'Etat, leur plaidoyer a consisté à expliquer que les perspectives économiques sont sombres et que le budget 2003 sera un "budget de pénurie".
Cette façon courageuse de présenter la réalité particulièrement cruelle des finances publiques du pays, avec des données chiffrées démontrant que la production pétrolière continuera sa courbe décroissante avec une baisse de 8% induisant une nette chute des recettes budgétaires a, d'emblée, valu au ministre d'Etat, Paul Toungui, d'être chaleureusement applaudi. Celui-ci s'est employé à démontrer que cette situation ne prête pas du tout au sourire amèrement, mais plutôt à imaginer des solutions de sortie de crise.
Son collègue du Plan, a enchaîné pour démontrer que dans un contexte économique aussi réoccupant que celui qu'annoncent les données chiffrées en leur possession et qu'ils ont soumis aux représentants du peuple, le gouvernement est contraint de revoir également à la baisse ses ambitions en terme d'investissement.
Plutôt qu'une enveloppe de 700 milliards de FCFA demandés par l'ensemble des administrations jar des conférences budgétaires organisées pour préparer ce budget ' régime minceur", Casimir Oyé Mba s'est fait fort d'expliquer aux députés que toutes les administrations, hélas, devront apprendre à faire contre mauvaise fortune bon cœur, avant d'annoncer que le budget d'investissement sera seulement de 70 milliards de FCFA.
" Ce qui ne manquera pas d'entraver l'exécution régulière du programme d'investissement public avec comme conséquence, la baisse drastique des dotations allouées à la quasi-totalité des sections" a-t-il souligné, avant de préciser que le volet lié aux dotations concernant les projets du 17 août 2003, qui sera célébré en deux temps dans le Moyen Ogooué et la Ngounié, s'en tire plutôt bien. Leurs 50 milliards à raison de 25 milliards tir province, comme cela avait été le 'cas dans les deux précédentes provinces, sont maintenus.
Du coup, le ministre d'Etat en charge de la Planification et de la Programmation du développement s'est donc attaché à décliner, les priorités en matière d'investissements retenus par le gouvernement sous l'œil vigilant de la communauté financière internationale, en particulier le FMI, dont l'appui est important pour permettre au pays d'accéder aux capitaux étrangers indispensables pour surmonter là crise.
Il s'agit de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale. Le ministre d'Etat Oyé Mba a noté que celle-ci intègre dorénavant les projets de développement du 17 août 2003, axés sur la politique d'aménagement du territoire par une concentration des investissements publics.
• Selon lui, en épousant cette thématique préconisée il y a un an par le président de la République, Omar Bongo, annonçant le retour des fêtes tournantes de l'Indépendance nationale à l'intérieur du pays, le gouvernement entend maintenant "éviter le saupoudrage "dés investissements publics, étant donné qu'on ne peut justement pas tout faire à la fois.
DONNER L'EXEMPLE
L'autre priorité qu'il a énoncée est la réalisation des services sociaux de base, efficaces et accessibles à tous. Pour lui, dans ce domaine vital, les investissements à effectuer concernent l'éducation, la formation, la santé, l'habitat et l'urbanisme, soit en tout 5,10% de ce budget d'investissement. Dans ce sens, le Fonds Sida conserve son montant actuel d'un milliard.
En outre, l'amélioration des infrastructures bénéficie globalement d'une enveloppe de 26, 44 milliards, comportant entre autres le lancement des travaux de construction de la Cité de la Communication évaluée à 2 milliards (dont 1 milliard en fonds propres). Grosso modo, dans ce contexte de "coudes" budgétaires, deux ministères, l'Equipeurent avec un peu plus de 12 milliards, bien qu'il ait demandé aux alentours de 40 milliards pour l'entretien routier qui reste entier, et la Défense nationale, avec près de 5 milliards alors qu'il en attendait une quarantaine au vu des besoins énormes, sont les seuls, a priori, à avoir eu une relative hausse de leurs budgets d'investissements.
Cette tendance à la récession des budgets a pour le moins été bien comprise par les représentants du peuple, à qui la délégation du FMI en mission à Libreville est récemment allée présenter la gravité de la situation, via l'audience que le président de l'Assemblée nationale, le président Nzouba Ndama, lui aura accordée.
Pour autant, les députés dans leur immense majorité ont trouvé à redire en regardant dans le menu les documents de ce budget. L'un d'entre eux, Simon Boulamatari, député PDG de Boumango, a bien résumé le point de vue de ses collègues, en indiquant que "les priorités sont bien établies, mais il a fustigé l'affectation des fonds alloués pour réaliser ces objectifs.
Sur cette lancée, tous les députés qui sont intervenus ont soulevé le problème de ces priorités, mais, pour tout dire, c'est l'annonce par le ministre d'Etat Oyé Mba d'une ligne budgétaire de 3 milliards pour la réhabilitation de l'immeuble interministériel délabré de l'intérieur qui a heurté l'esprit de sacrifice exigé des élus du peuple qui réclament en vain, l'achèvement d'une partie du Palais Léon Mba.
"C'est trop pour la seule réhabilitation d'un bâtiment" ont-ils tour à tour clamé estimant qu'ils sont alors en droit de se demander si un "budget de pénurie" ne doit pas se passer d'une telle grosse dépense, pour mettre l'accent sur les investissements qui touchent leurs concitoyens, ce qui n'est pas toujours le cas, selon eux.
Par ailleurs, ils ont critiqué l'octroi d'une importante enveloppe au renouvellement du parc automobile du gouvernement idem pour les 300 millions dégagés pour refaire le parking du ministère du Plan, voire l'entretien de plusieurs directions du ministère de l'Économie et des Finances. Évidemment, les, deux ministres ont minimisé ces attaques mais ont promis d'en tenir compte.
Reste à savoir si, à ce stade des débats, la structure actuelle de ce budget peut être modifiée et permettre réellement de réorienter la dépense d'investissement dans la lutte contre la pauvreté. Ces deux départements ministériels doivent, les premiers, donner l'exemple en serrant la ceinture, pour envoyer un message positif aux populations, et montrer que la rigueur les concerne aussi.