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Ntoutoume Emane: "Nous sommes face à deux impératifs contradictoires"
Auteur:  L'Union  | Date: 4 Novembre 2002  | Réactions ()
Section: Economie  | Source: L'Union

Le Premier ministre, chef du gouvernement, est le premier invité de notre rubrique mensuelle. Recevant, jeudi dernier notre rédaction, Jean-François Ntoutoume Emane a, entre autres sujets d'actualité brûlante, évoqué les négociations en vue avec le Fonds monétaire international, et levé un coin du voile sur ses ambitions supposées en direction de l'Hôtel de Ville de Libreville.

MONSIEUR le Premier ministre, nous venons inaugurer avec vous notre nouvelle rubrique "l'invité du mois". Nous l'ouvrons alors que, les perspectives économiques du pays s'annoncent sous de mauvais auspices à cause de la diminution des recettes pétrolières, et donc des recettes budgétaires. Dans ce contexte incertain, vous avez longuement reçu la délégation du FMI qui vient de séjourner à Libreville. Rien d'officiel n'ayant jusque-là filtré au sujet de cette mission, nous voulons savoir si vous avez envisagé ensemble la signature d'un nouveau Programme d'ajustement structurel ?

- Jean François Ntoutoume Emane : Je vous remercie de m'offrir une nouvelle fois l'occasion de m'entretenir avec vous pour essayer d'aborder des sujets d'actualité qui pourraient éventuellement éclairer les questions que nos concitoyens se posent et qui concernent leur vécu quotidien, et globalement parler de la conduite de l'action du gouvernement. Avant d'en venir à votre question, sachez que j"ai demandé au ministre Porte-Parole du gouvernement de s'entretenir aussi souvent que possible, après trois ou quatre Conseils des ministres, avec la presse sur les principales mesures issues de ces différents Conseils et sur les grands moments de la vie de notre pays pour dire la vision du gouvernement. C'est vrai que j'ai lu dans la presse que nous accusons un déficit de communication, aussi, nous estimons, malheureusement, que les interprétations qui sont faites sur l'action gouvernementale ou sur ce silence ne sont pas parfois correctes.

Et concernant précisément les conclusions de cette mission du Fonds, dont le chef de délégation a été reçu par vous, en compagnie des experts gabonais, qu'en est-il exactement ?

Je viens, soyez un peu patients. D'abord, sachez que l'action du gouvernement se développe dans une conjoncture particulièrement difficile, et d'ailleurs le président de la République, lui qui est visionnaire et avec le courage qu on lu: connaît, l'avait prédit durant la campagne présidentielle de 1998, en présentant les choses telles qu'elles sont en réalité pour que les gens ne soient pas surpris. Mais le chef de 1'Etat, a aussi exigé de notre gouvernement d'être un gouvernement de combat et imaginatif. Vous parlez de la coopération que nous avons avec le FMI, c'est évident que le Gabon fait partie de la communauté financière internationale, et à ce titre, il est tenu de respecter les règles de cette communauté. Le FMI a pour rôle essentiel de réguler la circulation de la monnaie, il peut donc venir en aide aux États en difficulté, et un pays qui se trouve en difficulté financière ou dans une crise d'endettement comme le nôtre ne peut que solliciter le FMI pour l'aider à assainir ses finances publiques et à rétablir ses équilibres macro-économiques ....

Le FMI est-il un passage obligé pour le Gabon ?

Le FMI ne s'impose pas à nous, c'est nous qui l'appelons. C'est donc un choix politique volontaire. Vous savez, il y a des pays qui essaient de résoudre leurs problèmes par d'autres voies, il y en a aussi qui commencent avec le FMI et décident après de rompre la coopération si les conditions qui leur sont imposées s'avèrent dociles à réaliser, et incompatibles avec leurs réalités.En revanche, pour nous le Fonds monétaire international est un passage obligé pour retrouver la crédibilité au niveau de la communauté financière inter= nationale. Même si nous ne lui devons pas beaucoup d'argent en tant que tel, étant donné que notre dette est surtout bilatérale, puisque plus de 70% de notre dette l'est vis-à-vis de la France. Au fond, de ce point de vue, on serait tenté de chercher à résoudre le problème de façon bilatérale. Cependant la France fait partie de l'Europe qui a une Banque centrale à Francfort comme vous le savez, et donc de cette communauté internationale. Et puis, tous les États occidentaux d'une façon plus large estiment que quand on leur doit de l'argent, il faut passer par le FMI pour essayer d'assainir nos finances publiques et prendre des mesures pouvant nous permettre de rétablir nos équilibres macro-économiques. A ce moment-là, si nous concluons un programme avec le FMI, nous sommes autorisés à nous retrouver de façon directe avec nos créanciers. Lorsque ce sont des créanciers privés occidentaux, comme c'est le cas en ce qui nous concerne, si l'issue de ces négociations est concluante conformément aux efforts que nous accomplissons, nous nous rendrons ensuite au "Club de Paris" pour un meilleur traitement de notre dette extérieure.

Si vous permettez, vous avez un peu anticipé sur une question lancinante de l'opinion, en répondant à nos compatriotes qui se demande bien à quoi servent ces pourparlers interminables chaque année avec le FMI. Mais pardonnez-nous d'insister, comment se sont passées les négociations au cours de cette ultime mission du FMI ?

Nous aurions aimé ne pas trop nous étendre sur cette mission du Fonds, car au stade actuel il ne s'agit nullement encore de négociations engagées avec le gouvernement. Il s'agit exactement d'une mission informative que cette délégation du FMI a effectuée à Libreville à la demande des autorités. A ce sujet, nous travaillons avec le Fonds monétaire international depuis trois ans. Il nous a posé ses exigences. Celles-ci portent surtout sur le problème de la masse salariale, et les dépenses publiques qu'il faut baisser. Elles concernent le train de vie de l'État qu'il faut également restreindre, l'abstinence quant aux nouveaux emprunts pour ne pas augmenter le poids de la dette qui est insoutenable. Sur cela, croyez-moi, nous avons commencé à prendre des mesures. Notamment la baisse de 20% des salaires des hautes personnalités, le maintien du SMIG en l'état, le maintien de la grille indiciaire dans la Fonction publique aussi la restriction des recrutements dans la Fonction publique la réduction des dépenses des biens et services dans l'administration la réduction des transferts et des subventions... Ces efforts qui se poursuivent à un rythme soutenu avaient delà été reconnus, le ministre Emile Doumba, à l'époque aux Finances, était parti au Club de Paris où il a essayé d'obtenir un réaménagement de notre dette. Nous avons eu un programme de dix-huit mois avec le FMI, et il est fixé dans la Lettre d'intention que nous avons signée...

Ce programme est-il toujours d'actualité ?

Ce programme est arrivé à terme depuis le mois d'avril dernier, mais nous nous retrouvons dans une situation qui reste difficile, car le rééchelonnement que nous avons obtenu n'était pas suffisant, et la situation macro-économique de l'État est toujours dans l'impasse. je vous dirai par exemple que sur un budget de 1200 milliards de F CFA, la dette absorbe 650 milliards; 217 milliards pour les salaires des fonctionnaires, 140 milliards pour le fonctionnement et 130 milliards pour les transferts. Voyez-vous, il ne reste plus grand chose pour promouvoir le développement que les populations sont en droit d'attendre.

Pour sortir de là il faut repartir vers le Fonds afin de renégocier pour avoir un meilleur traitement de cette énorme dette qui obère les investissements. Et le FMI nous impose évidemment encore des exigences plus contraignantes, et qu'il est indispensable que nous respectons. Aujourd'hui, nous voudrions cette fois-ci obtenir du Fonds monétaire international la signature d'un programme qui s'étale sur trois ans parce que plus le programme s'étale sur la durée, mieux ça vaut. Vous vous en doutez bien, il vaut mieux étaler les actions sur une période assez longue, qu'un. programme condensé de six mois où le poids des exigences est lourd et difficile à tenir.

A vous entendre, on croirait qu'on a beaucoup avancé, est-ce le cas effectivement, et qu'est-ce qui vous le fait dire?

A proprement parler, et cela tenez-le vous pour dit, nous ne sommes pas encore en négociations. Le ministre d'Etat ministre de l'Économie des Finances du Budget et, de la Privatisation, Paul Toungui, s'est déjà rendu à deux reprises au siège du FMI à Washington. Le Fonds monétaire international a envoyé dans notre pays cette mission qui est encore une mission de prospective et d'informations, étant donné qu'elle a rencontré presque tout le monde, le président de la République le président de l'Assemblée nationale, celui du Sénat, les ministres des Finances et de la Planification, et évidemment le chef du gouvernement que je suis.: Ils nous ont dit ce qu'ils attendent de nous dans la perspective d'un nouveau programme d'ajustement structurel. Ils nous ont présenté notre situation et leurs exigences. Nous les avons écoutés. De même, nous leur avons particulièrement dit que nous avons des contraintes sociales et que nous devons tenir compte de notre population déjà confrontée à des difficultés qu'il n'y a pas lieu d'aggraver.

L'autre impératif que je leur ai présenté, et que nous devons. tout faire pour ne jamais perdre e vue dans l'action quotidienne du gouvernement est la lutte contre la pauvreté. La Communauté financière internationale est très regardante sur la conduite de ce combat. Mais nous disons qu'au Gabon nous n'avons pas attendu que l'ONU organise un Sommet planétaire à ce sujet, pour nous attaquer à ce fléau. A preuve d'importantes actions ont été initiées par ~e gouvernement sur les hautes instructions du président de la République en personne. Nous devons donc avoir un volant de latitude pour continuer cette lutte.

Le FMI et la Banque mondiale nous demandent également de prendre des dispositions pour la lutte contre la corruption. Une loi a été élaborée à cette fin, elle se trouve au Parlement. Là aussi ils nous ont fait part de leurs observations, en indiquant les articles sur lesquels ils aimeraient voir apporter quelques amendements. Voilà donc où nous en sommes avec le FMI. En sommeil s'agit pour nous de concilier deux impératifs contradictoires: restaurer notre crédibilité auprès de (a communauté financière internationale, et lutter contre la pauvreté au moment Où les recettes budgétaires baissent à cause de la diminution des recettes pétrolières.

Pour terminer sur ce volet de la coopération avec le FMI, que répondez-vous à ceux qui pensent que conclure aujourd'hui un accord avec le FMI est plus facilement atteignable que de tenir scrupuleusement les engagements que le gouvernement aura pris ?

Personnellement, je récuse ce pessimisme, et je vous dirais que je suis optimiste de nature. Mais vous comprendrez qu'en tant que Premier ministre, je ne puis pas tenir un tel langage, au moment où nous n'avons d'autre choix que de négocier avec le FMI. Quand on signe un accord avec le Fonds, c'est toujours avec la volonté et la résolution de ne pas faillir. Il faut faire confiance au gouvernement et a notre peuple quia déjà su faire des sacrifices parle passé. Regardez, depuis un certain temps la classe politique et les syndicats font preuve de sagesse dans leurs négociations. Cela, grâce à l'implication du chef de l'Etat qui ne s'est jamais lassé d'expliquer tout aux uns et aux autres. Il demande d'ailleurs au gouvernement d'essayer de le faire aussi. Pour le moment nous sommes dans un bateau en pleine mer, pour prendre une image, et personne n'a envie de voir le bateau couler au-fond de l'eau. Bouchons donc tous les trous par où l'eau veut rentrer, et dès que nous serons parvenus au port, ceux qui voudront demander des comptes aux uns et aux autres pourront le faire aisément.

Le projet de loi de finances 2003 devrait arriver à l'Assemblée nationale au plus tard 45 jours après le début de la deuxième session ordinaire. Or, ce délai n'a pas été respecté. Vu que le passage par le FMI devient une étape indispensable chaque année, avant l'élaboration du projet de loi de finances autour du mois d'octobre, est-ce qu'il ne faut pas envisager de rallonger ce délai de dépôt de la loi de finances à l'Assemblée nationale ?

Ce que vous dites est pertinent, et vous avez parfaitement raison de rappeler que les délais constitutionnels sont dépassés. Pour commencer, je dois vous dire que des initiatives ont déjà été prises pour élargir ce délai. Dès le dernier remaniement, le ministre d'Etat Paul Toungui a soumis a gouvernement des modalités de la préparation du budget de l'Etat. Pour le budget 2004, il y aura d'abord un séminaire gouvernemental présidé par le Premier ministre en dehors ou aux environs de Libreville. Au cours de ces assises, chaque ministre exprimera ses besoins devant le chef du gouvernement et les ministres des Finances et de la Planification. À la fin, on recueillera toutes les doléances. Les ministres des Finances et de la Planification vont revoir tout ensemble, et examiner tout en détail avant de revenir proposer un document global au Premier ministre. Celui-ci ira ensuite requérir les hautes orientations du président de la République. Au terme de tout ce processus, on fixera le plafond qui reviendra à chaque département ministériel et on demandera surtout à chaque ministre de voir ce qui est prioritaire pour son ministère, et ce qui ne l'est pas. Ce séminaire aura en principe lieu au mois de mai 2003.

Est-ce donc à dire que le gouvernement est prêt à initier une révision de la Constitution au profit de cette rallonge des délais de dépôt de la loi de finances?

Mais évidemment, il s'agit quand même du budget de l'État. La loi de finances conditionne la vie d'un pays, et modifier quelques articles de la Constitution pour une si noble cause, me paraît nécessaire puisqu'il s'agit d'améliorer les choses dans le bort sens. Cela pourra se passer au niveau des deux chambres du Parlement, surtout qu'il s'agit seulement de dispositions techniques.

Dans son discours à l'occasion de la fête de l'Indépendance, le chef de l'État avait insisté pour que la primauté en matière de paiement de la dette soit donnée à la dette intérieure. On note plutôt que c'est encore la dette extérieure qui est privilégiée dans le projet de loi d finances 2003 adopté en Conseil des ministres. Sauf si nous nous trompons, mais le gouvernement rte passe-t-il pas outre les instructions du président de la République à ce sujet

Je pense que vous n'avez pas bien compris ce qu'a dit le président de la République. Ce que vous soulignez n'est qu'une partie de la pensée du chef de l'État. II a bien dit de privilégier le remboursement de la dette intérieure parce que justement c'est celle-ci qui permet de doper et d'oxygéner les entreprises locale, et donc de relancer l'économie. Mais là aussi, il brut savoir si le paiement de la dette intérieure contribue effectivement à la relance économique, et que l'argent donné aux entreprises est réinvestit dans le pays, ou s'il n'est pas tout de suite transféré dans les banques à l'étranger. Mais le président Omar Bongo a aussi dit qu'il ne faut pas oublier nos engagements extérieurs. Il s'agit essentiellement de la dette extérieure que nous devons payer pour que notre crédibilité soit recouvrée et pour que nous avancions dans nos négociations avec le Fonds pour un rééchelonnement de cette dette.

Savez-vous par exemple qu'au mois de septembre il y a eu pour le paiement de la dette 150 milliards de F CFA dont 101 milliards pour la dette extérieure et 49 milliards pour la dette intérieure dont le service courant se chiffre à 74 milliards ? Et puis il faut comparer les choses comparables. La dette extérieure est colossale, énorme. Ce qui n'est pas le cas pour la dette intérieure. Il faut donc bien sûr payer la dette intérieure pour relancer la demande intérieure et partant l'économie, de même il faut payer la dette extérieure pour être crédible et avancer dans les négociations avec la communauté financière internationale, pour signer au plus vite un accord qui nous permettra de passer au "Club de Paris". Si nous arrivons à ce niveau, nous aurons une réelle marge de manœuvre et une capacité d'initiative qui nous manque quelque peu.  : « Ma candidature à l'Hôtel de ville n'est pas à l'ordre du jour »

Jean-François Ntoutoume Emane

Vous est-il alors arrivé de penser à créer des mécanismes pour contraindre les opérateurs économiques locaux à réinvestir dans le pays l'argent reçu du remboursement de la dette?

Là aussi il faut être honnête et juste. Nous sommes aussi tenus par les engagements de notre option économique en faveur de l'économie libérale. Et n'oublions jamais que nous évoluons dans un système de libre transférabilité des capitaux. Et vous devriez aussi savoir que quand des entreprises sont adjudicataires de grands travaux, nous payons. Mais il arrive aussi que nous ne respections pas nos engagements au niveau des dates de déblocage de travaux. Et pendant ce temps, qu'est-ce qu'elles font, elles font appel à leurs maisons mères respectives à l'extérieur. Elles empruntent. Et si nous ne leur donnons pas l'argent à temps, elles subissent des intérêts qui leur portent un préjudice. Aussi, sachez qu'en matière de finances, le respect d'un moratoire est de rigueur. Vous voyez donc là aussi que les exigences sont telles que nous ne pouvons pas envisager ce que vous proposez.

 

Vous avez toujours clamé que l'une des priorités de votre gouvernement est la lutte contre la pauvreté. Or dans le projet de budget 2003, on constate qu'il y a un gap de plus 210 milliards de F CFA. Doit-on conclure que c'est désormais une lutte perdue d'avance ?

Je ne souhaitais pas trop en tant chef de gouvernement parler du budget 2003, car à ce niveau, il n'~ a encore rien de définitif. Ce que je puis vous dire, c est que nous n'avons pas manqué de rappeler aux experts du Fonds que la lutte contre la pauvreté a été programmée de toutes parts. En l'an 2000 il y a eu à l'ONU un Sommet des chefs d'État et de gouvernement où des résolutions ont fait de la lutte contre la pauvreté une priorité. Il a même été décidé qu'en l'an 2015 la pauvreté devra être réduite de moitié dans tous les pays du monde. Nous sommes en train de mettre sur pied ce que l'on nous demande afin que nous puissions obtenir des aides pour la lutte contre la pauvreté. Un document stratégique de réduction de la pauvreté est en voie de finalisation. Il sera soumis à la Banque mondiale et nous aurons la possibilité d'avoir certaines aides, peut-être pas comme tous les pays puisque nous sommes malheureusement toujours considéré comme pays à revenu intermédiaire.

Encore une fois, nous n'avons pas attendu le sommet de l'ONU pour commencer la lutte contre la pauvreté. Le Pacte national de solidarité et de développement sur la base duquel le président de la République a été réélu est tout un vaste programme conçu à cette fin. Nous construisons les écoles, les hôpitaux, nous essayons d'aménager des terrains pour l'habitat social bien que ce soit encore insuffisant, nous avons presque doublé les allocations familiales, augmenté l'indemnité de rentrée scolaire. Le président Bongo a dégagé un fonds de 1,5 milliard pour lutter contre le Sida, et il nous a fait négocier avec les industries pharrnaceutiques pour les médicaments à moindre coût contre le Sida, les allocations aux filles-mères avec des gardes que nous allons étendre à l'intérieur d u pays, existent. Il s'agit maintenant d'amplifier ces actions, les besoins sont encore énormes dans une société qui compte 120 000 chômeurs.

 

Abordons maintenant le volet social, après votre descente sur les chantiers des universités, fermées depuis presqu'un an. Quel sens donnezvous à cette visite alors qu'on ne sait pas à quelle date est fixée la rentrée administrative, même si vous avez annoncé le 15 novembre comme date de la reprise des cours ?

II n'est un secret pour personne que l'université occupe une place de choix dans le cœur de son parrain et fondateur, le président Bongo. La création de l'université gabonaise a été un véritable défi personnel pour lui. Nombreux sont ceux de nos partenaires à l'étranger qui n'avaient pas cru à l'installation d'une université au Gabon. Le chef de l'État a toujours dit que la jeunesse est sacrée, et la meilleure jeunesse du pays se trouve à l'université.

Au début, les choses se passaient plutôt bien, et les étudiants que nous formions n'ont pas eu des problèmes quand ils allaient poursuivre leurs études en Occident. Malheureusement, depuis plusieurs années, les choses ont changé et le niveau a dangereusement baissé à cause de la politisation de l'Université. Cela ne pouvait plus continuer ainsi, et il fallait donc que le gouvernement réagisse. Il s'est attaqué d'abord aux problèmes de fond afin de repartir sur de nouvelles bases. Des mesures ont été prises, des efforts ont été consentis, et sur les instructions du président de la République, le gouvernement a dégagé des moyens exceptionnels: 19 milliards de F CFA qui n'étaient pas prévus dans le budget ont été engagés.

Absent de Libreville pour des raisons privées, je demandais régulièrement des comptes sur l'avancement de ce dossier. J'ai envoyé le ministre délégué à l'Équipement et à la Construction (Frédéric Massavala) à Franceville pour aller voir l'état d'avancement sur le terrain. J'ai reçu tous les recteurs et doyens des facultés venus me faire part de leurs préoccupations. Chaque fois, nous avons rendu compte au président de la République pour réorienter les choses.

Le chef de l'Etat, m'a donc demandé d'aller moi-même visiter ces chantiers, me faire une idée réelle de ce qui a été fait, afin de hâter l'ouverture de nos universités. L'Institut de Gestion a commencé, les gens sont très contents dans leurs bâtiments neufs. À l'Université des Sciences de la santé les gens sont lin peu en retard parce que les travaux ont commencé en retard là-bas. Les doyens m'ont exprimé leurs inquiétudes de voir leurs budgets d'investissement amputés. Ils n'ont pas à s'inquiéter, même si on peut art passage déplorer la disparition de certains biens, en particulier les 700 lits et plus de 200 ordinateurs. Le prochain Conseil des ministres fixera la date de la rentrée académique.

 

Comment le gouvernement entend-t-il gérer les étudiants rapatriés précipitamment de Côte d'Ivoire, au cas où les choses ne s'arrangeaient pas dans ce pays ?

La Côte d'Ivoire étant en situation difficile, le président de la République a donné des instructions fermes au ministre des Affaires étrangères, de la Coopération et de la Francophonie pour rapatrier nos étudiants dans ce pays. C'était le minimum que nous devions faire dans un premier temps, soucieux de la sécurité de ces compatriotes. Nous attendons de voir comment évoluera la situation dans ce pays, mais sans attendre, je dois vous dire que nous étudions les modalités d'insertion de ces étudiants dans les différentes facultés et grandes écoles de nos universités. Ils seront privilégiés.

 

On s'en voudrait de ne pas évoquer le problème de l'insécurité galopante malgré les efforts consentis. L"'Opération Scorpion" semble s'être épuisée. Quel bilan?

L'insécurité, disons-le, honnêtement n'est pas propre à notre seul pays, et elle n'est pas insurmontable pour autant. Il n'y a pas lin Conseil des ministres où le président de la République ne nous interpelle dessus, d'autant que c'est une fonction régalienne de l'Etat. Devant l'Assemblée nationale qui m'avait interpellé à ce sujet, il y a lin an, j'avais décliné avec force détails la stratégie du gouvernement dans ce domaine pour lutter contre l'immigration clandestine et le grand banditisme. Le président de la République a exigé que nous dégagions des sommes conséquentes pour un commencement d'équipement approprié de certaines unités de nos forces de sécurité. Et, grâce aux actions des ministères de la Défense nationale et de l'Intérieur, on a mis en place des sémaphores dans certains endroits de nos côtes, lancé des opérations coup de poing, détruit les villages des pêcheurs, ces refuges des bandits... Les résultats obtenus sont très appréciables, même si nous déplorons encore des actes criminels à la périphérie de nos grandes villes. Nous allons très prochainement intensifier cette lutte et user de tous les moyens possibles à notre disposition pour assurer la sécurité des biens et des personnes vivant dans notre pays.

 

Une grande majorité de ces personnes, aussi, se plaignent de l'état des routes à certains endroits du pays. Les efforts déployés sont énormes, mais en même temps on constate que là où les choses avançaient, elles se sont encore arrêtées, et malgré tout le tapage que l'on en fait, le problème de la route reste entier. N'est-ce pas votre avis aussi?

Non, malheureusement. Voyez ce qui se fait dans notre pays depuis quelque temps, tarit en ce qui concerne les voiries dans nos grandes villes, que ce qui est des grands axes routiers à l'intérieur du pays. Évidemment, nous le faisons dans lin contexte économique difficile, et c'est en cela que la décision dit chef de l'Etat de faire reprendre les fêtes tournantes du 17 août et de surcroît dans deux provinces simultanément, a été saluée par les populations qui y voient un gage de promotion des investissements et des équipements sociaux.

 

Depuis le début des cours dans les lycées et collèges, la question du transport des élèves se pose avec acuité en raison de la situation de la Sogatra, et pose problème aux parents d'élèves. On leur parle de plus en plus de la fin de la gratuité dit transport scolaire. Leurs craintes sont-elles fondées ou ont-ils tort ?

Écoutez, à ce que nous sachions, il n'y a aucun pays au monde où le transport scolaire est gratuit. Il l'a toujours été au Gabon par la seule volonté du président Omar Bongo. Cela dit, la Sogatra a été confrontée à d'énormes problèmes qui touchent globalement à sa trésorerie. La vétusté de soit parc de bus ne posait pas moins problème, et le gouvernement, sur instruction du président de la République, il initié plusieurs actions allant dans le sens d'une reprise des activités au sein de cette entreprise qui, vous le savez toits, tournait au ralenti depuis plusieurs mois. Grâce à un financement de la Banque islamique de développement, 130 bits ont pli être commandés et plusieurs d'entre eux ont déjà été livrés. Après l'arrivée des premiers bus, il s'est entre autres posé la question de l'assurance de ces cars, pour parer au risque de mettre les enfants dans des bus lion assurés. Aujourd'hui, toutes ces étapes ont été franchies et rien ne s'oppose plus à la reprise des activités de la Sogatra.

 

Nous voulons vous poser une question liée à la Santé publique. Etes-vous au courant du problème des ordonnances kilométriques délivrées dans les hôpitaux publics aux patients souvent démunis pour être traités? Que comptez-vous faire pour mettre un frein à l'absence de médicaments dans les hôpitaux ?

Vous avez parfaitement raison. C'est un problème autour duquel il arrive que nous engagions de vives discussions au sein du gouvernement, et même en Conseil des ministres. Je puis vous rassurer, c'est effectivement un sérieux problème que vous soulevez.

 

Merci de le reconnaître courageusement, mais à quoi donc servent tous ces hôpitaux nouvellement construits dans le pays, si les Gabonais ne peuvent plus être reçus, poser être soignés ?

Encore une fois, vous touchez là à un problème qui se pose à nous, et auquel il faut que nous apportions une réponse définitive. Mais il n'y a pas de fatalité, et nous allons encore nous y pencher. S'agissant de ces hôpitaux ultra-modernes, quelques problèmes se sont posés pour leur démarrage effectif dans l'arrière-pays. Mais ceux-ci trouvent au fil du temps des solutions. Quant au problème des médicaments, c'est un problème connu. Il y a des forces d'inertie qui ne s'expliquent pas d'autant que dès que le président de la République a nominé le gouvernement, le premier grand dossier auquel nous sommes attaqués était celui des médicaments. Nous avions même découvert à l'époque qu'il y avait trois containers bloqués au port d'Owendo et on nous s avait également dit que l'Etat gabonais avait des dettes auprès des firmes pharmaceutiques pourvoyeuses de ces médicaments, et que ces dettes étaient estimées à deux milliards de francs CFA. Le président de la République a donné des instructions pour que les deux milliards soient débloqués, cela a été fait rapidement. Le ministre de la Santé publique, Faustin Boukoubi, s'est déjà vu prescrire la mission de réformer le système de distribution de ces médicaments. Je crois qu'il s'attèle à le faire, mais curieusement le mal semble s'aggraver. Je ne peux pas vous en dire davantage maintenant, mais sur cette situation, il va falloir faire preuve d'autorité. Nous sommes conscients qu'un gouvernement n'est digne que s'il engage des réformes et si ces réformes interviennent dans un secteur aussi vital que celui de la santé publique.

 

La politique, aussi, est un domaine vital il l'aune duquel on juge l'action du cabinet Ntoutoume Emane II, et le groupe parlementaire PDG à l'Assemblée nationale a donné le ton en auditionnant certains de vos ministres. Cette initiative a été parfois mal perçue au sein de votre cabinet. Pourquoi rechignez-vous à vous expliquer devant les représentants du peuple ?

Je ne peux pas approuver au sein du gouvernement ceux qui trouveraient à redire contre l'initiative du groupe parlementaire PDG à l'Assemblée nationale. Si ce que vous me dites est vrai, je désapprouve cette attitude. Lorsque quatre de mes ministres ont été face aux députés de notre majorité, je me trouvais hors du pays pour des raisons de santé. Par le passé, j'ai été, moi-même souvent interpellé par les députés, et spontanément j'ai répondu à leur invitation. Je pense que l'interpellation d'un membre du gouvernement par l'Assemblée nationale ou le Sénat participe d'un fonctionnement régulier de nos institutions. L'interpellation fait partie des prérogatives constitutionnelles des parlementaires. À ce niveau, ils jouent leur rôle de contrôle de l'action gouvernementale. Même si cette initiative est celle des membres du groupe parlementaire PDG, je crois que c'est bien que notre groupe parlementaire prenne de telles initiatives. Notre Assemblée n'est pas faite de godillots, encore moins une chambre d'enregistrement. Ce sont des hommes et des femme expérimentés, ayant conscience de leur rôle car certains d'entre eux ont été ministres et d'autres des hauts cadres du pays. Et si pour un meilleur éclairage, ils souhaitent entendre un ministre, celui-ci doit répondre à cette invitation pour aller s'expliquer devant la représentation nationale exposer son action. J'entends rappeler aux ministres que dans mon gouvernement il n'y a pas de place pour ceux~ qui ne respectent pas les institutions de la République.

 

Alors, quel est l'état des rapports entre le gouvernement et la majorité parlementaire, car à travers cette initiative des députés PDG transparaît comme une désapprobation de leur part de ne pas être associés aux décisions du gouvernement. Est-ce que nous nous trompons en disant cela?

N'exagérons rien. Il y a aussi des questions de susceptibilité, de nature des individus. J'ai initié depuis l'année dernière des rencontres avec les différents responsables de la majorité après avoir reçu les parlementaires, notamment les députés, puis les sénateurs. Nous avons décidé de mettre en place une structure qui facilite la communication entre le gouvernement et les deux chambres du Parlement. je vous rappelle que je rencontre assez souvent les président: Georges Rawiri du Sénat et Guy-Nzouba-Ndama de l'Assemblée nationale, avec lesquels nous avons de meilleurs rapports. Au fond, il n'y a aucun problème. En revanche, je reconnais que les deux présidents des Chambres du Parlement ont raison lorsque des décisions, des textes de loi leur sont soumis sans que l'on tienne compte des délais requis. A ce sujet, je pense que nous ferons tout pour que cela ne se reproduise plus. Je dois également vous dire que lorsque le président de l'Assemblée nationale m'a écrit à deux reprises au sujet de l'enquête parlementaire sur les travaux du 17 août 2002, j'ai tout de suite répercuté les courriers aux personnalités compétentes afin qu'elles mettent à la disposition des parlementaires les documents et autres informations susceptibles de les aider dans leur travail.

 

Votre gouvernement formé au lendemain des Législatives aura bientôt un an. Aussi, a-t-on constaté depuis sa mise en place qu'il règne souvent une sorte de cacophonie, comme on l'a vécu à travers l'affairé des dispenses de contrôle, on le voit également avec les déclarations de ministres critiquant publiquement l'action de leurs prédécesseurs, par exemple à l'Éducation nationale. Que valent entre vous les notions de solidarité gouvernementale et de continuité de l'Etat ?

S'il y en a certains au sein de mon gouvernement qui s'adonnent à cœur joie à la critique stérile de leurs prédécesseurs, nous l'avons nous-mêmes déploré. Vous citez le cas du ministère de l'Education nationale en modèle du genre, personnellement je ne l'ai pas surpris en train de le faire. Mais, on m'en a sans cesse parlé, et j'ai dû tenir compte de ces remarques émanant de nombreux compatriotes. Tout de suite, j'ai fait dire alors au ministre Daniel Ona Ondo, souvent mieux inspiré, que si c'était vrai qu'il avait tenu des propos tendant à minimiser ce qui s'est fait avant lui à l'Éducation nationale, qu'il arrête d'agir ainsi, et ne recommence plus au risque d'encourir, de lourdes sanctions.

L'avez-vous vraiment fait, M. le Premier ministre, alors qu'on vous accuse de manquer d'autorité ?

Il n'y a pas que cela, croyez-moi, j'ai tenu également à rappeler aux uns et autres que le principe de la solidarité gouvernementale et de la continuité de l'Etat doit être de rigueur au sein du gouvernement, et que ces postulats sont sacrés dans la vie d'une République. ]e regrette qu'il y en ait parmi nous qui, dès qu'ils arrivent à la tête d'un département ministériel, veuillent remettre en cause l'existant et s'engagent systématiquement à faire le contraire de ce que leur prédécesseur a fait auparavant. Sans parer de ceux qui partent en emportant les voitures de fonction et les biens et services de l'Etat. Ils font, hélas, preuve de petitesse d'esprit, car ils ne méritent pas l'honneur que le chef de l'Etat leur a fait en les choisissant parmi tout un peuple pour faire partie du gouvernement. Le président de la République sait lui-même pourquoi il a accepté de nommer tel ou tel autre ministre. J'ai convoqué dernièrement un ministre (mais il s'est gardé de le nommer) qui avait procédé à des nominations au sein de son ministère pour lui dire de vive voix que la trentaine de nominations qu'il avait faite, ne comportait que des noms de concitoyens issus de sa province et partant de son ethnie. Je lui ai dit que cette manière de faire était contraire à la politique d'ouverture et d'unité nationale du président Omar Bongo. Je lui ai dit, enfin, que s'il recommence et ne change pas vite la donne, je demanderai au président de la République de le faire partir du gouvernement. Il a battu sa coulpe, et m'a dit qu'il allait revoir sa façon de procéder. Est-ce la preuve d'un manque autorité? Je réponds non.

Le cas du ministre d'État, ministre de l'Agr-iculture

Depuis l'examen à l'Assemblée nationale de l'ordonnance 0512002 portant Code électoral, des leaders de l'opposition comme de la majorité ont émis des craintes de voir ce texte, fruit du consensus de la classe politique, être amendé par les députés. Ces craintes sont-elles fondées, selon. vous ?

Je ne peux pas savoir si ces craintes sont fondées ou non. Je sais qu'une Ordonnance a été prise à la suite de la concertation initiée par le président de la République., Elle a été signée par le président de la République et elle est par définition, exécutoire des sa promulgation. C'est cela la philosophie et le sens d'une ordonnance. Étant en examen encore à l'Assemblée nationale, je ne puis à ce stade me prononcer, d'autant qu'après cette chambre, l'ordonnance doit passer ensuite par le Sénat. Attendons donc de voir ce qui sortira de toutes ces étapes législatives, plutôt que de nous prononcer hâtivement.

Tout dernièrement votre gouvernement a été interpellé par l'opposition "radicale" en particulier sur la lenteur observée au sujet de la mise en place effective du Conseil national de la Démocratie (CND). Est-il défendable de dire que le gouvernement bloque la mise en place de cette institution ?

Le gouvernement ne bloque rien du tout. L'idée de la création du Conseil national de la Démocratie remonte aux Accords de Paris et elle a reçu l'accord du chef de l'Etat lui-même. Il y a déjà eu des présidents du Conseil national de la Démocratie même si l'on ne sait pas trop ce qu'ils ont fait depuis lors. Je dois dire que le CND est une bonne institution, elle est nécessaire dans la mesure où si elle fonctionnait bien on éviterait beaucoup de choses. Il se pose un problème de local et s'il y a un local, il faudra élire un nouveau président. A notre niveau, nous faisons tout notre possible pour doter cette institution de structures et commodités de son fonctionnement. Le Secrétaire général du gouvernement, qui a en charge ces questions, a déjà saisi le responsable de la société qui gère la Cité de la Démocratie pour qu'une villa soit mise à disposition du Conseil national de la démocratie. Dire donc souvent que le gouvernement ne fait rien ne me paraît pas correct.

On ne voudrait pas vous gêner, mais on est bien obligé de vous dire, M. le Premier ministre, q,u'on vous accuse de bloquer la Refondation de L'Etat lancée par le président de la République. Voulez-vous dire un mot en réponse à ces attaques ou bien on passe à autre chose de plus personnel

Nous vivons dans un pays où l'on attribue beaucoup de choses aux gens. On ne cherche pas à connaître les gens, pour se faire une réelle idée de son prochain. On entend trop de choses paradoxales, comme ces soi- disant blocages. Au PDG, pour ceux qui me connaissent je suis de ceux qui ont compris très tôt que le président Omar Bongo est un homme qui aime le changement dans le bon sens. Et mon premier discours en Conseil interministériel dès ma nomination au poste de- Premier ministre, chef du gouvernement, le l'ai axé sur la Réforme. J'ai eu à dire qu'un "gouvernement qui ne réforme pas est un gouvernement presque mort". Il faut chercher à réformer dans le bon sens. J'aime toujours me référer au poète René Char qui disait "Ce qui vient au monde pour ne rien troubler ne mérite ni égards, ni patience". Cela voudrait dire que si l'on est à un endroit pour ne pas changer les choses, réformer, on ne mérite effectivement aucun respect et on n'a donc pas sa place à cet endroit. Je vous assure que je suis constamment pour la réforme, or la réforme n'est rien d'autre que la Refondation. Par contre, quand certains, alors que le président de la République parle de Refondation dans le sens de la restructuration de l'appareil d'État, de l'Administration, du changement de mentalité de l'assainissement des finances publiques, de la lutte contre la corruption, d'amélioration du processus démocratique, ceux-là écrivent pour demander une Conférence nationale bis, et disent que la Refondation signifie mettre entre parenthèses la Constitution du pays, et appellent à lui substituer une Constituante, Je dis qu'il y a danger pour le pays et je ne peux alors pas l'accepter. Fondamentalement, je suis comme Charles Baudelaire, " je n'aime pas, les mouvements qui déplacent les lignes". Les grands bouleversements qui sont des chamboulements sont à proscrire.

Les élections locales sont imminentes, et dans cette perspective, vous avez été désigné dans votre fief politique du 5e arrondissement comme tête de liste du Parti démocratique gabonais à ce scrutin. Et on parle de plus en plus de votre candidature à la mairie de Libreville. Etes-vous réellement candidat à la succession de Paul Mba Abessole, oui ou non?

Ce n'est pas parce que je me suis opposé deux fois à Paul Mba Abessole sur le même siège du 5e arrondissement, que je cherche à nouveau à le déboulonner. C'est mon ministre d'Etat, ministre des Droits de l'Homme, et nos relations sont les meilleures possibles. Il est l'un des ministres que je considère comme étant parmi les plus disciplinés. Et puis, j'ai horreur de tirer sur les comètes, d'envisager de faire des choses pour lesquelles je n'ai pas la maîtrise de tous les paramètres. Pour le moment je suis Premier ministre, chef du gouvernement, et c'est ce gouvernement qui organise les élections, via le ministère de l'Intérieur. Je crois qu'il serait mal venu que je me préoccupe de vouloir être élu à un poste qui est occupé actuellement par un membre du gouvernement.

Est-ce à dire que ce n'est pas non plus exclu ?

Non, cela veut dire simplement que je n'y pense pas pour le moment.

Mais, à l'allure où vont les choses du côté du 5e arrondissement, peut-on au moins s'attendre à ce que cela débouche sur votre souhait d'être député-maire de Libreville ?

Peut-être pas. Je crois qu'en tant que Premier ministre et député de cette circonscription électorale, on a simplement voulu respecter ce que le PDG a décidé de faire, à savoir que le leader politique du coin conduise la liste. Tournons cette page, je vous dis pour le moment cette question n'est pas à l'ordre du jour.

Dans votre arrondissement, le débat a été soulevé autour de votre soutien à l'opposant Jean-Pierre Nzoghé Nguéma qui a fini par rallier la majorité présidentielle. Ce débat qui, à un moment donné, a empoisonné l'atmosphère est-il définitivement clos ?

Jean-Pierre Nzoghé Nguéma a fait une déclaration que nous avons tous suivie et dans laquelle il indiquait en reconnaissance des services que le président Bongo lui a rendus pour la réalisation de nombreux projets sur son siège électoral de la Rive gauche de l'Estuaire et parce qu'il connaît le président de la République de longue date, il a décidé de soutenir l'action du président Bongo. En ce qui me concerne au sein de mon arrondissement, j'ai demandé dans la mesure de l'ouverture prônée par le chef de l'Etat, d'associer toutes les intelligences, et les forces vives à l'essor de la localité. Jean-Pierre Nzoghé Ngnéma est une figure emblématique, un grand frère que nous respectons. Il n'a jamais été mon directeurde campagne comme certains ont-pu le penser, mais il a assisté à mes meetings car il estimait que je suis un enfant du quartier. Il m'arrive quelquefois d'aller lui rendre visite car on m'a appris aussi à respecter les autres.

On constate quelque chose de symbolique dans votre investiture comme tête de liste parce que en 1996, vous vous êtes porté candidat indépendant face à la liste de votre parti le PDG conduite par Adrien Nkoghé Essingone. Est-ce la fin de l'adversité dans votre arrondissement ?

Je ne connais pas d'adversité sur le terrain.

On n'a pas oublié que vous vous étiez opposé à M. Adrien Nkoghé Essingone en 1996

Je ne me suis pas opposé au candidat de mon parti. A l'époque, membre du Bureau politique et ministre d'Etat, je me trouvais en mission à l'étranger, au retour une liste avait été établie en mon absence. J'en â ai conclu que c'était un complot ourdi contre moi. C'est ainsi que j'ai décidé de me présenter comme Indépendant à la tête d'une liste. Cette liste était en tête au premier tour de ces Locales. Je suis pédégiste et j'ai toujours été fidèle à mon parti, mais lorsque l'on veut me faire des entourloupettes, je le dénonce. Maintenant, je dis que je n'ai pas d'adversaire. Ceux qui en ont, ce sont des gens à problèmes. On nous apprend que chacun a son destin, aujourd'hui c'est toi, demain ce sera l'autre. La liste que je conduirai aux locales est une liste d'ouverture et tous les fils de l'arrondissement s'y reconnaîtront.

Depuis quelque temps, on parle beaucoup dans la capitale de clivage entre Fang et Mpongwé, qui revendiquent, d'un côté comme de l'autre, le fauteuil de maire de Libreville. Le savez-vous ?

Je n'ai pas eu vent d'un quelconque clivage entre FanG et Mpongwé. Qu'est-ce qui dit que si le parti de Paul Mba abessole gagne la majorité, ce dernier ne sera pas candidat à sa propre succession ?

C'est davantage un clivage entre pédégistes

Je ne sais pas, j'ai entendu parler de ce problème. Le premier maire à Libreville c'était Léon Mba, et, compte tenu de ses fonctions il avait délégué ses pouvoirs à M. Lassy et puis, à un moment donné, c'était Samuel Minko, après sont venus Léon Mébiame, Lubin-Martial Ntoutoume, Jean Davin, Claude Damas Ozimo et Paul Mba Abessole, après les élections multipartites. Auparavant, les maires étaient nommés, aujourd'hui ce n'est plus le cas. Mais j'apprends simplement qu'il y a des candidats qui se signalent et font déjà campagne.

et du Développement rural, Pierre-Claver Maganga-Moussavou, président du PSD, "brouillé" avec l'opposition "radicale" et très critiqué dans l'opinion, ne trouble-t-il pas la quiétude de votre gouvernement ?Je ne voudrais pas me prononcer sur cette question, et même si je devais le faire, nous sommes dans un contexte électoral qui commande la prudence. En revanche, la Cour constitutionnelle s'est prononcée sur cette affaire et j'ai reçu le président de la Commission nationale électorale, Jean-Louis Messan accompagné des deux vice-présidents, Luc Marat-Abyla (majorité) et Michel Essima Ossé (opposition). Je crois qu'il revient maintenant à l'opposition, par rapport à la décision de la Cour, de voir comment régler ce problème en son sein. Et puis, l'opposition "radicale" dont vous parlez, elle n'est pas irréprochable, on l'a vu refuser de venir à la cérémonie solennelle de remise du Rapport de la Commission ad hoc Majorité/Opposition. Vous savez, à ceux qui se réclament du radicalisme, je rappelle souvent ce proverbe africain, "un arc trop tendu n'atteint jamais sa cible", autrement dit en étant trop radicale, selon moi, l'opposition n'atteint aucun objectif valable.
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