La corruption étant l'ennemie du développement, la prospérité économique des pays passe par la bonne gestion des affaires publiques. Éclairage.
BONNE gouvernance, encore bonne gouvernance, toujours bonne gouvernance... Le concept est d'actualité. On ne compte plus les forums et autres rencontres organisés pour ressasser la bonne gouvernance, autrement dit la transparence, la responsabilisation, l'efficacité et l'équité dans les affaires publiques.
Reflet de la plus grande importance que les pays accordent désormais à la bonne gestion publique, la "Déclaration sur le partenariat pour une expansion durable de l'économie mondiale", adoptée par le Comité intérimaire (aujourd'hui Comité monétaire et financier international) du FMI (Fonds monétaire international) de septembre 1996, affirme que « promouvoir une gestion saine et transparente des affaires publiques, dans toutes ses dimensions, notamment en maintenant l'État de droit, en responsabilisant et améliorant le fonctionnement du secteur public, et en combattant la corruption » est un élément essentiel d'un environnement qui permet aux pays d'atteindre une prospérité durable.
Il est donc établi que la bonne gestion des affaires publiques influe directement sur l'efficience et la croissance économiques. C'est d'ailleurs Michel Camdessus, à l'époque directeur général du FMI, qui l'affirmait en juillet 1997: « la bonne gestion publique est importante pour les pays à tous les stades de développement... Notre démarche consiste d privilégier les aspects qui sont les plus étroitement liés à notre surveillance des politiques macroéconomiques, à savoir la transparence des comptes publics, la gestion efficace des ressources publiques, ainsi que la stabilité et la transparence du cadre économique et réglementaire de l'activité privée ». C'est avant tout aux autorités qu'il incombe de promouvoir la bonne gouvernance et le sens des responsabilités, et de faire du secteur privé le moteur de leur développement », expliquait récemment le directeur du département Afrique au FMI, le Béninois Abdoulaye Bio-Tchané.NUIRE • D'après M. Bio-Tchané, il est amplement prouvé que les carences de la gouvernance économique procédures budgétaires opaques, corruption ou recherche de rente - portent préjudice à l'investissement et, partant, à l'efficience et à la croissance. De même, l'absence de gouvernance au sens large qui se caractérise par l'arbitraire, l'inefficience des institutions, ou l'irresponsabilité des détenteurs de la puissance publique - inhibe les résultats économiques.
Bien qu'il soit difficile d'en évaluer le coût, la mauvaise gouvernance peut donc nuire considérablement aux progrès d'un pays.
Longtemps, les histoires de corruption n'ont suscité lie soupirs, haussements d'épaules ou clins d oeil complices. Mais à mesure que les études menées et l'expérience des pays concernés révèlent le véritable coût de la corruption, les avantages économiques de la bonne gouvernance apparaissent de plus en plus attrayants.
En effet, avec la mondialisation, les choix des investisseurs se sont multipliés. Un simple calcul peut les encourager à prendre en considération le coût des pots-de-vin.
D'après certaines études, délaisser un pays où les pouvoirs publics sont relativement "propres" au profit d'un pays corrompu pourrait entraîner des coûts supplémentaires pour l'investissement direct étranger équivalant à une augmentation de 50% du taux marginal de l'impact sur les sociétés.
Les pays les plus corrompus sont désormais perçus comme plus exposés aux crises financières, car bien souvent ils sont plus tributaires des prêts étrangers à court terme, c'est-à-dire du capital qui a le plus tendance à quitter un pays en cas d'ennuis.
S'exprimant dans le numéro 9 du FMIBulletin (une publication du FMI), deux économistes du FMI, Shang-Jin Wei et Gelos, pensent que les investissements de portefeuille sont aussi pénalisés par la corruption et les gestionnaires de fonds ont une préférence prononcée pour les pays les moins corrompus.
Les pays avancés ont aussi pris des mesures pour décourager ou, tout au moins, ne pas encourager la corruption. En 1999, les pays de l'ODE (ainsi que certains pays hors OCDE) ont signé un traité interdisant à leurs entreprises de corrompre les fonctionnaires étrangers. Adieu donc aux vieilles incitations fiscales encourageant la corruption. Les contrevenants s'exposent désormais à des poursuites judiciaires.
Si personne n'a jamais défendu ouvertement la corruption, certains universitaires, dont Samuel Huntington de l'université Harvard, font valoir que la corruption a son utilité dans les pays qui imposent une pléthore d'obstacles administratifs. Dans ces pays, la corruption serait un moyen de lubrifier les rouages et d'obtenir des résultats. D'après lui, ce qu'il y a de pire qu'une bureaucratie-malhonnête et rigide, c'est une bureaucratie honnête et rigide.
Mais, aux yeux de M. Wei, ce plaidoyer en faveur de la corruption revient à mettre la charrue devant les bœufs. En effet, il y a fort à parier que ces dédales bureaucratiques ont été institués précisément pour permettre aux fonctionnaires d'arrondir leurs fins de mois.
Au lieu d'excuser la corruption, ne vaudrait-il pas mieux s'attaquer aux racines du mal ? Qui plus est M Wei a montré que, loin de lubrifier les rouages du développement économique, la corruption y' injecte des grains de sale.COMBATTRE • Il y a bien des façons de combattre la corruption, notamment par voie administrative et judiciaire. Les études menées par deux autres économistes du FMI, George Abed, directeur du département Moyen-Orient, et Sanjeev Gupta, sous-directeur du département des Finances publiques, montrent que la corruption prive l'État de recettes, entraîne un gaspillage de dé en ses publiques, ce qui affecte la situation macroéconomique du pays.
Aussi pour combattre le fléau de la corruption, MM. Abed et Gupta recommandent-ils l'amendement des textes qui régissent le fonctionnement des marchés ou de l'Etat, afin de mettre tous les agents sur un pied d'égalité, 'assurer la transparence des transactions, d'établir des contre-pouvoirs pour réduire ou abolir la recherche illicite de rentes et d'éviter les malversations et le détournement des fonds publics.
On peut aussi créer un cadre adapté pour la conduite de la politique économique et un système d'incitations.« Il faut continuer à réfléchir aux causes et aux conséquences de la corruption et aux moyens de la combattre pour mettre en lumière son impact macroéconomique », insistent les deux économistes du FMI.
Les institutions multilatérales, dont le FMI, contribuent à la recherche d'une meilleure gouvernance dans l'intérêt des investisseurs et des pays eux-mêmes.
Si, traditionnellement, le FMI encourage les pays à corriger les déséquilibres macroéconomiques, â ralentir l'inflation et à se doter d'une économie de marché, il se rend compte aujourd'hui que les pays doivent engager des réformes institutionnelles beaucoup plus vastes pour créer et maintenir la confiance du secteur privé et jeter les bases d'une croissance durable.
Le FMI, selon ses dirigeants, entend rester aux côtés de ses membres en prodiguant des conseils et en menant des actions d'assistance technique.
Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, mais la communauté internationale a commencé à traiter comme il se doit cet important problème.