Le Fonds monétaire international (FMI) a reporté début septembre, au moins jusqu'à fin 2003, la signature d'un accord triennal avec le Gabon, a-t-on appris jeudi (bien jeudi) à Libreville de sources officielles gabonaises.Sur avis des représentants des Etats-Unis, le conseil d'administration du FMI a imposé à ce petit pays pétrolier d'Afrique centrale d'un million d'habitants un programme de surveillance jusqu'à fin 2003, a-t-on précisé de mêmes sources.
Le Gabon, qui se trouve hors accord avec le FMI depuis avril 2002, avait signé le 13 juin une lettre d'intention en vue de la signature d'un programme d'ajustement structurel triennal, appuyé par une facilité de crédit élargi.
Libreville tablait sur la signature rapide de cet accord pour pouvoir renégocier dès cet automne sa dette extérieure, majoritairement détenue par la France, avec les créanciers privés du Club de Paris.
Mais sa signature a été freinée par les représentants américains au FMI, suivis par leurs collègues britanniques et danois, a-t-on assuré de mêmes sources.
Ces derniers, qui militaient depuis le début de l'été pour que le Gabon soit soumis à une période probatoire supplémentaire de six mois, ont imposé à la partie gabonaise des conditions renforcées, a-t-on précisé.
La France, ex-puissance coloniale et premier partenaire du Gabon, où elle est notamment très présente dans le secteur pétrolier, a fortement soutenu le dossier gabonais.
Dans les milieux officiels gabonais, on ne cache pas que l'attitude des représentants américains au FMI a suscité la déception du président Omar Bongo.
D'autant que le Gabon a discrètement satisfait cette année à un souhait de Washington en signant un accord de non-extradition des ressortissants américains qui seraient inculpés, notamment pour "crimes de guerre", par la Cour pénale internationale (CPI).
Le président Bongo a annulé en septembre un voyage aux Etats-Unis, à Jacksonhall (Wisconsin), où il devait recevoir un prix d'une ONG environnementale américaine.
Le Gabon, situé au coeur du bassin forestier du Congo, a récemment créé 12 parcs nationaux représentant 10% de sa superficie. Il est associé au partenariat pour la protection de la forêt du bassin du Congo lancé au Sommet de la Terre de Johannesburg par le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, qui avait effectué une visite au Gabon en septembre 2002.
Selon une source officielle gabonaise, des démarches diplomatiques ont été entreprises auprès de M. Powell pour tenter d'infléchir la position américaine au FMI.
Classé parmi les pays à revenus intermédiaires de tranche supérieure, le Gabon est confronté à la baisse de sa production pétrolière, passée de 18,5 millions de tonnes en 1997 à 12,6 Mt en 2002, et au remboursement de sa dette, qui absorbe environ la moitié du budget national.
Cette passe financière délicate entraîne une morosité de l'économie gabonaise et un climat social dégradé, alors que se profile une élection présidentielle fin 2005.
Sous l'impulsion du président Bongo, gouvernement, syndicats et patronat gabonais ont signé le 26 septembre une trêve sociale. Celle-ci se traduit par une mise en sourdine, jusqu'en 2006, des revendications salariales en contrepartie d'une baisse de 15% des prix de 125 produits de consommation de base.
Les autorités gabonaises viennent également de décider de réduire le train de vie de l'Etat en supprimant près de la moitié des postes de conseillers à la présidence, à la vice-présidence, à la primature, ainsi qu'aux deux chambres du parlement et dans tous les ministères.
De source proche de la présidence gabonaise, cette réduction d'effectifs concernera plusieurs centaines de postes, dont environ 90 conseillers sur 180 à la présidence.