Après dix mois d'intenses négociations, le gouvernement a signé en juin une Lettre d'intention avec le FMI en vue de la conclusion d'un Programme d'ajustement structurel. Le dossier se trouve actuellement sur la table du conseil d'administration du Fonds. La trêve réclamée par le chef de l'Etat vise à amener le pays à adhérer pleinement à l'effort de réforme, rassurer les investisseurs privés et la communauté financière internationale.
"Nous traversons des moments difficiles, il faut discuter. La trêve sociale est nécessaire et incontournable". Le président de la République, chef de l'Etat, Omar Bongo, a été on ne peut plus clair en lançant vendredi au Palais présidentiel la concertation entre gouvernement, patronat et syndicats en vue d'aboutir à une trêve sociale dans notre pays, théâtre de nombreuses grèves ces derniers mois.
Cette trêve sociale est guidée par la crise économique que traverse le pays et les engagements contraignants de celui-ci envers la communauté financière internationale.
Confronté au remboursement d'une dette extérieure qui absorbe la moitié de ses revenus et à un déclin de sa production pétrolière depuis plusieurs années, le pays connaît une situation de crise économique et sociale difficile. Il doit cependant continuer à assurer ses missions régaliennes nécessaires au bien-être des populations et des opérateurs économiques.
« Nous devons ensemble et rapidement trouver des solutions aux préoccupations majeures des Gabonais (que sont) le chômage, notamment celui des jeunes, la maladie, le manque de médicament, en un mot les difficultés de la vie au quotidien (qui) sont des aspects saillants de ces déficits », avait déclaré le président Bongo dans son message à la nation le 16 août, avant de réclamer la conclusion d'une trêve sociale et souligner la nécessité de poursuivre l'assainissement des finances publiques.
Lutter contre la pauvreté et les inégalités, répondre aux préoccupations sociales et à la visibilité tant réclamée par les milieux d'affaires supposent la relance de la croissance ; une croissance qui est tributaire du Programme à moyen terme sur la période 2003-2006 que Libreville négocie actuellement avec le Fonds monétaire international (FMI).
DÉFIS
*Le dossier avance bien. Le Premier ministre et le ministre des Finances ont signé le 10 juin une Lettre d'intention qu'ils ont ensuite adressée au directeur général du FMI. Dans ce mémorandum, le gouvernement décrit l'action qu'il entend mener pendant la période d'application du Programme, les réformes qu'il compte opérer avant l’approbation de l'accord et, Ie cas échéant, des indicateurs d'objectifs permettant de déterminer st les critères de réalisation sont respectés.
Les autres étapes des négociations sont: le rapport d'exécution du budget à présenter au conseil d'administration du FMI et les négociations avec le Club de Paris,
Le Gabon, pour reprendre le ministre des Finances Paul Toungui, est confronté aujourd'hui à quatre défis: la diversification de l'économie, la dette (depuis 2003 et les prévisions des cinq prochaines années le montrent, les recettes pétrolières seront inférieures au service de la dette),
la lutte contre la pauvreté et la baisse des coûts afin de rendre notre pays plus compétitif par rapport aux autres pays de la sous-région.
«La seule solution aujourd'hui, c'est de nous tourner vers nos partenaires extérieurs (...) Les difficultés sont d'envergure, mais pas insurmontables. Il faut un Programme de trois ans finançable à 100 milliards de FCFA », reconnaît le grand argentier.
En fait la conclusion d'un accord triennal avec le FMI viendra concrétiser les mesures d'assainissement des finances publiques prises depuis 2002 pour renforcer la gestion des finances publiques et les capacités institutionnelles.
L'adoption par le Parlement de la loi sur la lutte contre l'enrichissement illicite et celle relative à la mise en place d'un nouveau code des marchés deux lois présentées par le gouvernement - traduisent, selon les autorités, la volonté du chef de l'Etat et du gouvernement de renforcer la bonne gouvernance à tous les niveaux par la moralisation de la vie publique.
« Le chef de l’Etat et le gouvernement comptent à la fois sur l'appui de la communauté internationale et sur la mobilisation de l'ensemble de la 'communauté nationale pour la réussite de ce Programme », indiquait le Conseil des ministres du jeudi 12 juin 2003. Et d'ajouter: « le chef de l'Etat a attiré l’attention du gouvernement sur l'impérieuse nécessité pour l'ensemble des ministres de s'impliquer dans la mise en application effective de ce Programme. Le soutien de la communauté internationale ne doit venir qu'en appui à nos propres efforts
CONSENSUS
• La mise en garde du président Bongo est de taille et, pour cause. Le FMI passe périodiquement en revue les progrès du pays en évaluant la conformité de ses politiques avec les objectifs du Programme. Car, lorsqu'il apporte son appui financer à un pays membre, le Fonds monétaire international l'invite à mener des réformes propres à corriger les déséquilibres qui sont à l'origine de ses problèmes de balance des paiements et motivent sa demande d'aide.
Les conditions du FMI visent à garantir que le pays emprunteur procède un ajustement ordonné sans recourir à des mesures qui nuiraient à sa prospérité ou à celle d'autres pays. S'il remplit ces conditions, le pays est assuré de continuer à recevoir l'aide du FMI.
Afin de préserver ses ressources, le FMI doit être certain que le pays procède aux ajustements requis pour retrouver une situation viable à moyen terme et rembourser son prêt. Mais la conditionnalité imposée aux Etats par le FMI s’avère souvent draconienne, Le chef de l'Etat a ainsi parlé des « engagements plutôt contraignants de notre pays vis-à-vis de la communauté financière internationale
EFFORT DE RÉFORME
Mais le FMI s'en défend en expliquant qu'il apporte son assistance financière aux pays membres qui ont des difficultés temporaires de balance des paiements, et non pas, comme le ferait une banque, pour les aider à atteindre des objectifs spécifiques. Pour que le pays adhère pleinement à l'effort de reforme, le FMI doit donc approfondir son analyse pour mettre en lumière les obstacles à l’application du Programme. Il doit engager un dialogue plus actif sur les options possibles et se montrer plus sélectif dans son appui.
Les pays qui souffrent de graves problèmes d'ordre structurel et sont, par conséquent, susceptibles de collaborer avec la FMI Pendant une longue période doivent s’employer à forger un consensus national afin de favoriser une véritable prise en charge du Programme par les populations. C’est certainement ce consensus que le chef de l’Etat recherche en invitant gouvernement, syndicat et patronat à examiner en commun la mise en œuvre d’une trêve sociale. D’ailleurs, Paul Toungui a été plus direct : Notre dossier est sur la table du FMI (…) Il va être examiné d’ici le mois d’ octobre par le conseil d’administration de cette institution. C’est davantage cet enjeu capital qui exige la trêve sociale attendue.
La concertation lancée vendredi au Palais présidentiel devrait se poursuivre du 9 au 16 septembre par des discussions entre gouvernement, patronat et syndicats, avec comme arbitre le Conseil économique et social.