Les deux entreprises d'Etat sont mises en liquidation pour des raisons de non-rentabilité. Leurs actifs sont à vendre pour maintenir l'activité d'élevage dans notre pays.
LES sociétés parapubliques Sogadel (Société gabonaise d'élevage et siaeb (société industrielle d'agriculture et d'élevage de Boumango) sont désormais condamnées à disparaître. Faute de rentabilité, elles n'ont pas pu trouver de repreneurs, obligeant ainsi l'Etat, leur propriétaire, à les mettre en liquidation.
Une réunion d'information/sensibilisation sur la cession des actifs des deux entreprises liquidées a été organisée hier au Méridien Re’Ndama par le Comité de privatisation à l'intention du public et des opérateurs économiques intéressés par le rachat d'une partie ou l'ensemble des actifs de l'une des sociétés.
Sogadel et Siaeb avaient été créées à la fin des années 70 pour permettre au Gabon d'assurer son autosuffisance en produits carnés, volailles et bovins notamment, contribuer au développement rural, à la croissance des exportations et à la réduction des importations des bovins et de la volaille, à la création d'emplois et de richesses nationales. Mais dès le début, ces sociétés, sous-équipées et sous-encadrées, ont fonctionné avec des handicaps majeurs en raison notamment de la taille limitée du marché national, du coût élevé des facteurs de production, de la faible qualification du personnel et d'une gestion peu rationnelle.
Elles n'ont pu survivre que grâce à des subventions de fonctionnement et d'investissement, à des avantages liés aux conventions d'établissement et au monopole sur le marché national qui leur a été accordé par l'Etat. « Les agro-industries n'ont as répondu de façon satisfaisant à toutes les attentes », déclarait récemment le ministre des Finances, Paul Toungui.
MAUVAIS RESULTATS •
Leur précarité financière les met en situation de cessation de paiement. La rareté des fonds propret destinés porter leurs charges d'exploitation et assurer leur gestion autonome se traduit par une incapacité à payer les salaires des personnels.
Sogadel détient deux ranchs, la Nyanga et Ndendé, deux volets villageois Ndendé et Franceville, un abattoir à Owendo, un point de vente au port-môle (Libreville) et un siège social à Libreville.
Quand elle était en activité, sa production couvrait à peine 10% des besoins du pays, les importations plus compétitives, se taillant la part du lion, avec 90% des parts de marché.
L'objectif de la stratégie de cession consiste à réunir 226 millions de F CFA (budget regroupement du cheptel, l'inventaire du bétail et la restructuration par trou eau), préserver et conforter l'élevage bovin par des opérateurs économiques privés.
Pour Siaeb, l'objectif de la stratégie de cession des actifs concerne les immobilisations et le matériel d'exploitation.
L'entreprise, selon l'évaluation faite il y a six mois, pèse environ 10 milliards de F CFA.
Siaeb dispose d'infrastructures importantes: 2000 ha de surfaces de maïs et soja pour l'alimentation du bétail, une usine d'alimentation de bétail d'une capacité de 4 tonnes/heure, un centre de reproduction pour neufs à couver, disposant de trois poussinières et cinq poulaillers de ponte avec un couvoir d'une capacité de 2,5 millions de poussins par an.
Elle dispose en outre de deux poulaillers d'engraissement et d'un abattoir d'une capacité de 1500 poulets par heure, soit une capacité de production totale de 36 000 tonnes de poulets par an, ainsi que de deux chambres froides d'une capacité de 300 tonnes.
LIQUIDATION •
La vente des actifs des deux entreprises est en phase avec la politique du gouvernement qui, il y a quelques années, assurait que l'activité d'élevage sera maintenue quel que soit le sort » de Sogadel et de Siaeb dont les coûts de production élevés et l'obsolescence de l'outil de production ont occasionné des résultats négatifs pour l'ensemble de l'économie nationale.
L'économie de marché est commandée par la loi du plus fort, elle est impitoyable : le plus faible est condamné à mort et sans appel. La contrainte d'assainissement des finances publiques, la libéralisation du marché national, les conséquences liées à l'ajustement monétaire de 1994 et aux réformes fiscalo-douanières, ne permettent lus aujourd'hui, comme l'indique le gouvernement, à l'Etat clé « supporter des entreprises déficitaires » qui obèrent encore f lus l'état de ses ressources financières. Aussi la loi du marché a-t-elle sanctionné Sogadel et Siaeb.
La liquidation fait partie des actions prévues par la loi n°1/96 du 13 février 1996 fixant les règles de privatisation des entreprises du secteur public en République gabonaise. Intervenant nécessairement lors de la dissolution d'une entreprise, la liquidation est l'opération qui permet de réaliser les actifs d'une entreprise après le paiement de créanciers sociaux pour permettre le partage de l'actif restant entre les associés.
L'échec d'une mise en règlement préventif de l'entreprise entraîne automatiquement sa liquidation.
L'entreprise, lorsqu'elle fonctionnait encore, ne couvrait que 20% du marché, les 80% restants étant couverts par les importations, plus compétitives. Les coûts de production sont donc largement responsables des mauvais résultats de Sogadel et de Siaeb : le pris des intrants a doublé après la dévaluation du franc cfa en 1994, ceux du transport sont structurellement très élevés, le marché de Libreville, de loin le principal centre de consommation du pays, se situant à des centaines de kilomètres des centres de production. Dans ce cas, le prix de revient d'un "Boumangrain" (le poulet made in Siaeb) ou d'un kilo de viande produite par Sogadel est largement supérieur au prix du marché. D'où la non-rentabilité des deux sociétés qui, dès lors, sont incapables de supporter la concurrence des produits importés.