A LORS que le gouvernement était hier en conclave au 2-Décembre autour du Premier ministre, chef du gouvernement, Jean-François Ntoutoume Emane, pour réfléchir sur la plate-forme revendicative soumise par les syndicats, les représentants des travailleurs exprimaient leurs attentes au cours des discussions qui se tenaient en même temps à la cité de la Démocratie.
Il se dégage effectivement des échanges engagés hier par les syndicats pour rapprocher leurs positions afin de parler d'une même voix face au gouvernement, que les leaders syndicaux attendent des pouvoirs publics et plus précisément du gouvernement des signes forts démontrant leur claire volonté de conclure la trêve sociale. Ce qui signifie que les syndicats entendent obtenir quelque chose des pouvoirs publics au cours de ce dialogue social.
Dans le contexte économique et financier difficile que traverse le pays, mais surtout après que le ministre d'Etat à l'Economie et aux Finances, Paul Toungui, eut rappelé aux syndicalistes la position du gouvernement en précisant qu'un "État qui a les moyens de satisfaire les revendications dont certaines sont sûrement fondées ne demanderait pas une trêve sociale".
Point n'est besoin d'affirmer non seulement que cette déclaration relayant le message présidentiel du 22 août dernier lors de la rencontre autour du chef de l'Etat, Omar Bongo, fixait déjà le cadre du dialogue social ouvert par le Premier ministre, le 9 septembre dernier. Mieux encore, que le front revendicatif ouvert depuis lors par les partenaires sociaux à travers le long chapelet de revendications, semble peu porteur aujourd'hui.
Dans cet ordre d'idées et devant la forte attente des syndicalistes, deux questions taraudent aujourd'hui les esprits dans le monde des travailleurs. Quel va être l'attitude des pouvoirs publics ? Le gouvernement peut-être céder quelque chose aux partenaires sociaux ?
Si l'on s'en tient aux arguments brandis par les pouvoirs publics pour soutenir l'idée de l'instauration d'une trêve sociale dans le pays, trêve devant permettre à l'Etat gabonais, engagé dans de rues négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) en vue d'un accord triennal, le gouvernement ayant initié de vastes reformes d'ajustement budgétaire et structurelles de sortie de crise, est effectivement dans une passe difficile.INCIDENCE FINANCIERE • Les raisons sont connues de tous. L'Etat gabonais n'a plus les moyens de faire face à certaines obligations, de continuer à entretenir un train de vie dispendieux, de poursuivre sur la même lancée qu'il y a quelques années encore. Le Président de la République, le Premier ministre, le ministre d'Etat Paul Toungui, encore dernièrement, ont tous présenté la situation du pays aux syndicats. Cette situation est consécutive au fait que le Gabon vit durement la baisse de la production pétrolière, il se trouve confronté au fardeau de la dette qui obère tous les efforts de développement puisqu'il représente 40% des recettes budgétaires, enregistre des indicateurs comparables à ceux des pays à revenu faible malgré qu'il soit classé parmi les pays à revenu intermédiaire, etc.
Du coup, on se demande au vu de la conjonction de tous ces indicateurs noircissant le tableau économique et financier du pays, si le gouvernement, qui souhaite ardemment la trêve sociale indispensable pour la relance de notre pays, a les moyens, les arguments nécessaires pour susciter l'adhésion autour de la politique d'austérité qu'il mène depuis des années.
On se demande aussi, effectivement, si face à ces deux exigences, ce pan de l'Exécutif va pouvoir satisfaire certaines revendications soumises par les partenaires sociaux. Lesquels, bien que convaincus de la donne difficile, attendent au moins des mesures d'ordre structurel, veulent obtenir le maintien de certains acquis ainsi que des réponses assez convaincantes sur des aspects n'ayant pas d'incidence financière majeure, par exemple.
C'est justement devant cette difficile équation à résoudre que le cabinet Ntoutoume Emane doit se lancer dans un exercice soutenu d'explication, de sensibilisation, pour convaincre les syndicats, l'ensemble des composantes sociales sur la justesse de la politique d'austérité conduite jusque-là. Et sur la nécessité pour les salariés de s'engager, aux côtés de l'Etat et du patronat, & la voie tracée pour sortir pays de la crise.
Cet exercice de pédagogie répétitive s'avère aujourd’hui à défaut d'un relèvement de salaires, et autres avantages, encore nécessaire et indispensable dans la mesure où ils sont peu nombreux dans l'opinion nationale à accepter de devoir encore pendant trois ans se serrer la ceinture, et consentir des sacrifices.
Les gouvernants devraient donc pouvoir convaincre les différentes couches de la société de ce que la trêve sociale ne si fie point relâchement de la discipline budgétaire, mais plutôt, comme l'a indiqué, le ministre de l'Economie et des Finances, "d'emmener toutes les couches de notre société à la solidarité dans l'effort pour instaurer des fondements solides à notre économie afin que celle-ci crée davantage de richesse au profit du plus grand nombre.