Le Premier ministre, Ntoutoume Emane a présidé, hier, un important séminaire gouvernemental sur le budget 2004. En ces temps de grave crise économique, le débat a porté sur l'exigence de " rigueur budgétaire" faite aux ministres.
REUNI autour du Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, hier mercredi 10 septembre, dans la salle des conférences du Delta postal, à Libreville, le gouvernement s'est retrouvé pour débattre du prochain budget en cours d'élaboration. Ils est agi d'une rencontre organisée sur le mode d'un séminaire. Et pour un séminaire, cette réunion d'une journée l'a été véritablement d'autant que les débats ont exclusivement porté sur cette question cruciale d'élaboration de la loi de finances 2004.
Il y a quelques années, de telles retrouvailles entre membres du gouvernement auraient porté sur la répartition des fruits de la prospérité à l'ensemble des ministères pour favoriser les investissements sociaux et hâter la croissance. Mais dans le contexte de crise économique et financière actuelle qu'endure l'Etat, cette rencontre a, par contre, été l'occasion pour le chef du gouvernement de tirer une fois de plus la sonnette d'alarme sur la gravité de cette situation, et appeler les ministres à resserrer les rangs en affichant plus de solidarité.
Mieux que dans les périodes de vache grasse vécues par le passé, cet état d'esprit qu'exige le Premier ministre Ntoutoume Emane de son cabinet s'avère nécessaire en ces temps de récession menaçante. Selon un expert ayant assisté à l'ouverture de ce séminaire, le Premier ministre s'est longuement exprimé sur la mauvaise passe que vit l'Etat au plan de l'économie et des finances publiques.
REDUCTION DU TRAIN DE VIE
Ce que l'on retient de cette intervention du chef du gouvernement, c'est l'exigence de discipline budgétaire qui s'impose aujourd'hui, davantage qu'avant, aux ministres souvent prompts à présenter des projets de fonctionnement et d'investissements en hausse constante d'année en année, au motif qu'ils ont des programmes à conduire, à l'aune desquels, en principe, ils sont jugé dans l'opinion.
En réalité, c'est à ce niveau que réside l'enjeu de cette rencontre des membres du gouvernement autour de leur chef. L'intérêt de cette réunion a consisté à marteler aux ministres qu'au moment où l’Etat est engagé dans de délicates négociations avec le Fonds Monétaire International pour la signature d’un programme de trois ans qui s’aère indispensable, l’Etat est tenu de poursuivre l’assainissement des finances publiques.
Cela passe, avant tout, par la réduction du train de vie dispendieux des départements ministériels qui doivent cesser d'accorder la priorité aux projets qui n'ont aucune incidence sur la vie quotidienne des citoyens.
Mis à part cette intervention, d'autres ministres sont intervenus dans le même ordre d'idées, en particulier le ministre d'Etat, ministre de la Planification, et de la Programmation du développement, Casimir Oyé Mba, dont le département est responsable au premier chef du volet investissement du budget en question. Concernant ce chapitre, il a défendu avec force les arbitrages effectués dans le budget. Les ministres ont été informés que leurs budgets respectifs ne sauraient trop dépasser les seuils acceptés dans la précédente loi de finances.
De même, le ministre d'Etat, ministre de l'Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, Paul Toungui s'est exprimé à cette même occasion. Il a évoqué en détail le volet fonctionnement, et mis l'accent sur la réduction de la dette de l'Etat, et au-delà, sur son train de vie onéreux. Ainsi, il a peint la réalité accablante de l'Etat des finances du pays.
Son propos n'a pas beaucoup varié de ce qu'il avait déjà dit il y a plus de deux semaines au palais de la présidence de la République lorsqu'il avait décrit les sombres perspectives économiques à cause du déclin de la production du brut. En 1997, celle-ci était de 18,5 millions de tonnes, elle n'a été que de 12, 6 millions de tonnes l'an dernier. Face à cette chute de la production pétrolière, les perspectives de nouvelles découvertes d'ici à cinq ans ne sont guère optimistes. Il a donc réitéré cet avertissement qui milite pour une réelle diversification de l'économie.
FORTE PRESSION
Le Premier ministre a beaucoup insisté sur ce chapitre de la discipline budgétaire. On réalise qu'il s'agit d'une forte pression exercée sur les ministres afin qu'ils sachent que les populations attendent malgré tout des actes, en réalisant ce qui doit l'être et qui sera prévu dans la loi de finances 2004. Aussi, on attend des ministres maintenant qu'ils savent à quoi s'en tenir, qu'ils aient présent à l'esprit que les transferts abusifs des crédits ne sont plus tolérables. Par ailleurs, cette nouvelle culture qu'exige la crise actuel 1e, doit les engager à garantir la poursuite des projets budgétisés auparavant.
Certes, seul le fond de ce projet de budget 2004 va permettre de mesurer l'effet de ce message de rigueur. Toutefois, que cette réunion rappelle aux autres départements ministériels que l'assainissement des finances publiques ne concerne pas que les ministères de l'Economie et de la Planification, a valeur d'acte politique déterminant. Organisé après les conférences budgétaires ayant fait montre de rigueur, ce séminaire ministériel sur le budget indique que l'Etat donne l'exemple et tient à rassurer les populations gagnées par le doute à cause du mal-vivre.
• Pour l'heure, lui aussi a emboîté le pas au Premier ministre et à son collègue du Plan pour exhorter au strict respect de la même discipline budgétaire. "C'est une participation active à l'effort d'ajustement structurel", a souligné un autre expert du plan. Autrement dit, ce que chacun d'entre eux doit faire, c'est veiller à ce que cette discipline se concrétise pendant l'élaboration de leurs budgets. Ensuite, ils doivent s'en tenir à la lettre de cadrage du chef du gouvernement, et ne plus perdre de vue qu'il y a les contraintes de l'ajustement structurel à prendre en compte. Chacun doit travailler en fonction de l'enveloppe qui lui est allouée.•Ntoutoume Emane a alors saisi cette opportunité pour demander à chaque ministre de faire montre de « rigueur budgétaire » en respectant à la lettre les plafonds contenus dans les enveloppes allouées aux différents départements ministériels dans le cadre du prochain budget dont le projet de texte gouvernemental doit être débattu au Parlement d'ici la mi-octobre, voire au mois de novembre.