Le ministre d'Etat, ministre de l'Economie, des Finances, du Budget et de la Privatisation, Paul Toungui, a présenté hier aux patronat et syndicats l'état critique des finances de l'Etat. " Le Gabon est à la croisée des chemins", s’inquiète-t-il.AUX prises avec une grave crise économique et financière, le gouvernement s'est engagé à l'occasion de la concertation ouverte avec le patronat et les syndicats, sous les auspices du Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, à porter à la connaissance de la nation l'état actuel de l'économie du pays. En d'autres circonstances, ainsi que cela s'est fait à une période relativement éloignée, le ministre chargé des Relations avec le Parlement, porte-parole du gouvernement, René Ndémezo'Obiang , l'aurait certainement fait, en privant ses interlocuteurs des détails accablants.
Etant donné l'ampleur de la crise et ses effets collatéraux sur les populations de plus en plus promptes à demander des comptes au gouvernement, et à savoir comment le cabinet Ntoutoume Emane II s'y prend pour en sortir, personne d'autre que le Ministre d' Etat, ministre de l' Economie, des Finances du Budget et de la Privatisation, Paul Toungui, n'était mieux placé pour expliquer les efforts déployés en la matière. Il s'est prêté, hier, jeudi 11 septembre, en début d'après-midi au cours de la séance plénière qui s'est ouverte dans un climat de tension extrême entre les syndicats gagnés par l'impatience, à cet exercice difficile de communication.
Intervenant trois jours après l'ouverture solennelle de cette concertation, cette sortie du ministre de
l' Economie des Finances, du Budget et de la Privatisation s'apparente à une réponse claire adressée au patronat et aux syndicats qui considèrent hâtivement cette réunion comme le moment inespéré pour eux d'obtenir que le gouvernement satisfasse plusieurs revendications d'ordre général et sectoriel.
Pour ne prendre que le cas du patronat, via son président, celui-ci. s'est plaint que les entreprises connaissent une "situation dramatique". Entre autres, Henri-Claude Oyima a saisi cette tribune pour demander que l' Etat respecte ses engagements financiers, et mette en place au sortir de cette rencontre un réel traitement de la dette intérieure, transparent et équitable pour leur permettre de maintenir l'emploi, bref de lutter contre la pauvreté.
Quant aux syndicats, leur chapelet de doléances est long comme un jour sans pain et s'apparente à la quadrature de cercle pour le gouvernement en ces temps de récession. Par exemple, ils ont fait d'emblée de l'augmentation du SMIG un préalable, mais ils demandent aussi crue durant la période de trêve sociale les entreprises suspendent "tout" licenciement, .et que le gouvernement résolve les conflits sociaux en cours. Ils sont même allés plus loin.
DETAILS ACCABLANTS •
" Depuis quelques années, la croissance de l'économie gabonaise peine à décoller de façon durable et demeure fragile, car en partie tributaire des aléas des marchés internationaux, des produits primaires et des erreurs de gestion de la part des Gabonais eux-mêmes", a-t-il expliqué d'emblée. Sans oublier les limites des précédents programmes d'ajustement structurel appliqués comme thérapeutique de sortie des crises des années 80, et énuméré d'autres causes plus profondes ayant causé la contestation sociale avec son coût financier exorbitant.
L'attention des syndicalistes, en particulier, a été interpellée lorsque le ministre de l' Economie a évoqué les sombres perspectives budgétaires, ainsi qu'il ne cesse de le marteler depuis la réunion du 22 août au palais de la présidence de la République où il avait énuméré les principaux défis qui se posent à économie nationale. Il s'agit de la forte baisse de la production pétrolière, que les autorités craignent qu'elle le soit tout au long des cinq années à venir.
Ensuite, le lourd fardeau de la dette jugée "très lourde", elle représente près de 40% des recettes budgétaires. Il y a également les indicateurs sociaux qui demeurent au rouge. Puis, la structure des coûts de production qui obèrent la compétitivité des entreprises et pénalise l'économie. Enfin, la masse salariale.
Selon lui, celle-ci n'est plus compatible avec la baisse vertigineuse du PIB, qui absorbe la moitié des recettes non pétrolières et représente 6,4% du PIB. Il l'a démontré en avançant des statistiques révélatrices: 11% du PIB non pétrolier en 2002 alors qu'en même temps les dépenses d'investissement ne représentent que 4% du PIB et 25% des recettes non pétrolières.
POLITIQUE D'AUSTERITE
Du coup, le ministre d' Etat, ministre de l' Economie des Finances, du Budget et de la Privatisation en a profité pour décliner les grands axes de la nouvelle politique d'austérité du gouvernement en la matière. Elle se fonde, en fait, sur le consensus passé avec le Fonds en vue de l'aboutissement du "dossier Gabon" actuellement sur la table du FMI à Washington. " Cet accord (...) devrait intervenir avant la fin de l'année. Il ouvre la voie à une restructuration de notre dette dont le poids aujourd'hui constitue un des facteurs bloquants au développement d'une politique soutenue en direction des secteurs sociaux".
L'enjeu, dans le contexte actuel est tel que le gouvernement veut aller au bout des réformes structurelles initiées. Il consiste à poursuivre l'assainissement des finances publiques, au-delà, à réduire le train de vie de l' Etat. Et de conclure: " Le Gabon est à la croisée des chemins". En d'autres termes, ou on conclut le programme avec le FMI et on passe, ce qui serait un début de réponses aux multiples difficultés actuelles, ou on casse. Les autorités n'envisagent pas cette perspective négative. Tel est l'intérêt de la trêve sociale préconisée au sommet de
l' Etat. A priori, les partenaires sociaux partagent cette volonté en s'ouvrant au dialogue qu'ils souhaitent sans exclusive pour mettre leurs revendications sous le boisseau. Ils attendent, aussi, que cette discipline budgétaire soit visible dans chaque ministère.
*Néanmoins, il s'est montré rassurant quant à l'avenir en se fondant sur le coin du rideau qui s'est ouvert avec la lettre d'intention déjà signée avec le Fonds monétaire international (FMI), qui signifie, que le gouvernement est tenu de respecter à la lettre les engagements pris en intensifiant les efforts d'ajustement budgétaire. Autrement dit, Ies réformes de l'économie doivent se poursuivre si le pays veut renouer avec la croissance.Toutes choses qui donnent à penser que cette concertation risque de devenir un langage de sourds d'autant que c est évident, la capacité de manœuvre du gouvernement engagé dans de délicates négociations avec la communauté financière internationale pour sortir le pays de la crise sans précédent qu'il traverse rend presque utopique la satisfaction à court terme de nombre de revendications, même légitimes. Certes, il s'est gardé de porter un quelconque jugement sur les attentes immédiates du patronat et des travailleurs, mais c'est ce message de rigueur, qu'est venu délivrer à tout le moins le ministre d' Etat Toungui, en donnant les détails accablants concernant les difficultés actuelles des finances de l' Etat qui nécessitent de la mesure dans les demandes formulées à l' Etat.