Répondre à ces questions favorisera certainement une meilleure compréhension des enjeux
Loin d'être une simple juxtaposition, quoique harmonisée, des trois diplômes Licence, Master, Doctorat, les LMD sont avant tout une, réponse aux nécessités de la mondialisation. Mondialisation, certes, des grands espaces économiques et ouverture des frontières financières pour une plus grande libre circulation des produits et services, mais aussi mondialisation des connaissances.
Les défis de .l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ayant ouvert une concurrence à l'échelle planétaire, les pays de l'Union européenne ont ainsi compris cette nécessité de répondre efficacement aux avancées des pays anglo-saxons autant dans le domaine scientifique que celui du savoir. En ce sens que ces derniers, déjà à la pointe des LMD, ayant déjà établi une fluidité dans leurs échanges économiques et académiques, il paraissait impérieux, pour les premiers, de briser leurs propres frontières pour non seulement s'ouvrir à leur propre espace économique, mais aussi s'ouvrir au monde. Ce qui impliquait, compte tenu de leurs accords avec les pays ACP, une invite de nos espaces à s'arrimer, dès à présent, à la nouvelle donne.
Il est clair que la démarche, pour l'Union européenne, ne pouvait constituer un simple acte de panurgisme idéologique ou économique parce que dicté par les impositions de puissances plus avancées et plus organisées, on veut parler des pays anglo-saxons. Ceci du fait même que ce nouvel ordre de la mondialisation ne constituait, en terme de qualité, qu'un retour vers leur propre tradition. Bien qu'elle apparaisse encore assez lointaine dans le temps, elle n'est cependant pas oubliée l'époque où le métier reposait sur l'interaction maître/compagnon. Ainsi, on pouvait voir un drapier parcourir, de royaume en royaume, de comté en comté, tout le vieux continent afin d'exercer son métier. Et s'il était justement attendu, ainsi qu'on le voyait, c'est tout simplement à cause de la qualité et dé son travail et de la qualification de son maître. C'est dire que le travail, dans l'ancienne Europe, a toujours reposé sur ces deux normes: qualité (du produit), qualification (de l'artisan).
En acceptant alors cette forme de mondialisation, l'Union européenne ne pouvait redouter un présumé retard, face au système américano-canadien, dès lors qu'elle se replongeait dans ses propres traditions. Et c'est en cela qu'elle trouve toute sa profondeur, la Déclaration de Bologne (19 juin 1990, lorsque les ministres de l'Education des Etats membres et quatorze autres pays européens affirmaient la nécessité "de faire en sorte que le secteur de l'enseignement supérieur en Europe exerce, dans le monde entier, un attrait à la hauteur de ses grandes traditions culturelles et scientifiques ".
Qualité/qualification, qu'est-ce à dire ? Plus prosaïquement, il s'agit de la norme universelle. Cela renvoie à deux approches. La première est que tout produit ou service émis par les grands espaces puisse d'abord circuler librement dans les ares interstices et y être ensuite commercialisé. La s onde répond, bien évidemment, à la règle de la réciprocité. Dans les deux cas, il va de soi que le principe de la norme doit demeurer la charnière centrale de ce trafic multilatéral.
Aussi, une question apparaît : autour de quels critères cette norme sera-t-elle alors définie ? Pour une compréhension plus aisée du propos, il faudra sans doute reformuler la question en des termes plus pratiques. Par exemple, sur quelle base un café plante et transformé par un producteur de la localité d'Ovan, dans l'Ogooué-Ivindo, pourra-t-il quitter le Gabon pour être vendu à Tokyo, New York ou Londres ? Ou encore, comment un étudiant, sorti de l'ESSTIC à Yaoundé, pourra-t-il être embauché par une grande chaîne de télévision américaine ou française ?
La norme, pour reprendre l'expression des informaticiens, sera ici comparée à un formatage des produits et des services selon les normes européennes, autrement dit universelles. Pour la zone CEMAC, elle consistera à mettre en place les mécanismes de relèvement de nos niveaux académiques afin que nous puissions répondre aux conditions d'éligibilité.
Ce qui veut dire que la CEMAC recevra une habilitation de l'Union européenne dans les domaines des produits, des métiers et des services. Ce qui nécessitera, naturellement, la mise en place des passerelles entre les services et les services (par exemple entre établissements bancaires d'Europe et ceux de la CEMAC), puis entre les services et les universités.
La meilleure illustration de ce qui précède viendra à se demander, non pas si l'agro-industriel d'Ovan a eu uniquement le même temps de formation que son collègue de Bruxelles, mais plutôt de savoir si leurs enseignements sont d'égal niveau et de qualité. Autrement dit, si leurs enseignants ont non seulement dispensé le même contenu, mais surtout si eux-mêmes ont reçu une formation de la même équivalence. Et au-delà, si les formations se sont déroulées dans des cadres (ateliers, laboratoires) similaires avec un équipement d'égale qualité.
Harmonisation des enseignements, des règles d'évaluation aussi bien des enseignements que des enseignants, des cadres d'enseignement ; voilà la valeur scientifique et académique des LMD. Ce vers quoi ils tendent en finalité.
DECLARATION DE LIBREVILLE SUR LA CONSTRUCTION DE L'ESPACE CEMAC DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR, DE LA RECHERCHE ET DE LA FORMATION PROFESSIONNELLE
Nous, Chefs d'Etat et de Délégation :
- De la République du Cameroun;
- De la République Centrafricaine;
- De la République du Congo;
- De la République Gabonaise;
- De la République de Guinée Equatoriale ;
- De la République du Tchad;
Vu le Traité instituant la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale et son Additif relatif au système juridique et institutionnel de la Communauté, notamment en son Article 10 ;
Vu la Convention régissant l'Union Economique de l'Afrique Centrale (UEAC), notamment en son Titre 11, Chapitre 1, Article 29 relatif à l'enseignement Supérieur, à la Recherche et à la Formation Professionnelle;
Tenant compte des défis de la Mondialisation dans la nouvelle économie du savoir d'une part, et de l'intégration des Enseignants, des Chercheurs et des Etudiants de l'Espace CEMAC au système d'éducation mondiale en général et européen en particulier, d'autre part;
Considérant la perspective de la mise en place d'un Espace CEMAC de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la Formation Professionnelle.
Tenant compte de la convergence des systèmes dans ces domaines au niveau mondial :
Soucieux de la nécessite d'harmoniser les systèmes d'Enseignement Supérieur, de Recherche et de la Formation Processionnelle dans l'Espace CEMAC.
Décidons :
1) De favoriser l'harmonisation de la standardisation des mesures d'enseignement Supérieur, de Recherche et de Formation Professionnelle, ainsi que la constitution des banques de données pour les universités d'Afrique Centrale en vue de l'adoption du nouveau système Licence, Master, Doctorat (LMD).
2) D'instruire le Conseil des Ministres de l'UEAC à l'effet d'activer la réunion des Ministres en charge de l'Enseignement Supérieur des pays membres de la CEMAC, en vue de définir les objectifs, les moyens et les modalités de construction de l'Espace CEMAC de l'Enseignement Supérieur, de la Recherche et de la Formation Professionnelle.
Fait à Libreville, le 11 Février 2005
Le schéma LMD (Licence - Master - Doctorat)
Etape 1:Déclaration d'intention et sa finalisation dans un texte juridique
Objet: La construction de l'espace CEIVIAC de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Formation professionnelle avec :
- les objectifs : base de construction;
- les principaux moyens pour atteindre les objectifs;
- les modalités de construction avec les mots clés
• convergence entre pays de la CEMAC ;
• convergence vers le bloc européen.
Conclusion de l'étape 1
Rédaction, approbation, promulgation d'un texte de la CEMAC relatif à l'espace CEMAC de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Formation professionnelle.
Etape 2 : Le cadrage juridique national
Préambule : Recensement et diagnostic des textes juridiques existants ayant trait à l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Formation professionnelle.
Textes à rédiger
1. Les textes réglementaires ministériels.
1.1 Décrets généraux
1°) Décret portant application de l'espace CEMAC l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Formation professionnelle ;
2°) Décrets relatifs aux grades, titres et diplômes.
1.2 Arrêtés à caractère particulier
1 °) Arrêté relatif au grade de Licence;
2°) Arrêté relatif au diplôme national de Master ;
3°) Arrêté relatif aux études doctorales.
2. Les textes réglementaires relatifs à la Formation continue, notamment à la validation des acquis.
Etape 3 : La politique contractuelle Etat-Etablissements L'Etat est représenté par le ministre de l'Enseignement supérieur.
1°) Le projet de l'établissement (à produire par chaque établissement) avec :
- l'offre de formation initiale et continue;
- les cursus en Licence, Master, Doctorat proposés avec deux visions
• Académique;
• Professionnelle.
2°) L'habilitation des diplômes et l'accréditation des écoles doctorales pour chaque projet d'établissement.
3°) La mise en place de l'évaluation des formations et des enseignants.
Remarque: La formation continue nécessite un dispositif réglementaire relatif à la validation des acquis (point 2, étape 2).