Le patriarche El Hadj Omar Bongo Ondimba a présidé, lundi 22 novembre, à Libreville, la rentrée solennelle de l’Université Omar Bongo Ondimba (UOBO).
Cela faisait treize ans (exactement) qu’il n’avait plus mis les pieds dans cette haute institution du savoir qui porte son nom : « Chaque fois que j’ai eu l’idée de vous rendre visite, vous étiez en grève (ou bien) vous aviez barricadé la route » au point où il était impossible d’arriver jusqu’à vous au campus, s’est-il adressé d’emblée aux étudiants. Dans un humour qui lui est particulier, le patriarche Omar Bongo Ondimba a donc pu détendre l’atmosphère, se détachant régulièrement de son discours. Venu se faire décerner le titre de docteur honoraire de l’UOBO, une distinction qu’il venait récemment d’avoir, aussi, à l’Université de Pékin, il n’a pas mis du temps avant de mettre les pieds dans le plat, d’autant plus que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, depuis l’époque où le philosophe Bonaventure Mvé Ondo, aujourd’hui directeur du Bureau de l’Agence universitaire de la francophonie à Dakar, gérait tant bien que mal les humeurs maussades des étudiants mais aussi des enseignants-chercheurs qui se faisaient le malin plaisir de donner de la voix, chaque fois qu’ils constataient que les revendications des étudiants étaient prises en considération par le gouvernement. A cette époque, on ne savait pas, qui des enseignants ou des étudiants, oeuvraient le plus au blocage de la machine universitaire ?
Il était donc grand temps que le chef de l’Etat en personne vienne leur rappeler que « L’Université est la maison commune de la production, la maison de la transmission du savoir, de génération en génération, de région en région, de culture en culture (et que) l’évolution du monde pousse l’université à se réformer, sans lui laisser le choix, (que) les impératifs de la globalisation imposent des réformes du système académique ». Le patriarche souhaite que l’Université qui porte son nom « reste compétitive », c’est pourquoi « il lui faut un cadre de travail stimulant afin qu’enseignants et étudiants aillent au bout de leur potentiel ».
Les hommes politiques ne vont pas toujours au bout de leur raisonnement parce que dans leur milieu généralement composé de personnes intelligentes, on est capable de très vite comprendre les sous-entendus. Autrement dit, le président a discrètement souhaité que les grèves et les revendications intempestives, complètement politisées pour la plupart, cessent sur le campus pour que s’installe l’excellence : « excellence dans la qualité des enseignements, excellence dans la formation générale, excellence dans la lutte contre les échecs ». Et d’inviter le gouvernement de Jean-François Ntoutoume Emane de s’atteler à la « refondation de l’Université gabonaise (l’UOBO mais aussi l’Université des sciences et techniques de Massoukou et celle des Sciences de la Santé de Libreville) qui prenne en compte ces orientations tout en ayant comme souci les conventions régionales et internationales ».
Le gouvernement ne devrait pas être seul à réfléchir au devenir de l’Université du Gabon d’autant plus que, et le patriarche l’a bien souligné, « Le temps n’est plus où l’Etat assumait seul les responsabilités de manière centralisée : le gouvernement reste ouvert aux propositions qui lui seront soumises ». Naturellement, comme on sait très bien le faire au Gabon, « Cet engagement ne peut aller sans contrepartie, tant de la part des responsables universitaires, des enseignants que des étudiants eux-mêmes ».
Créée en 1970, l’UOBO accueillait 6.439 étudiants et 230 enseignants permanents l’année dernière, ce qui donne lieu (théoriquement) à l’un des meilleurs taux d’encadrement en Afrique. Pourtant, la réalité est moins réjouissante : selon le secrétaire général de l’UOBO, le docteur Guy Rossantanga-Rignault, la 1ère année de droit reste le cimetière des bacheliers avec seulement un peu plus de 10% d’admis en année supérieure. Particulièrement agitée, l’année universitaire 2003-2004, pour ne parler que d’elle, donne largement raison au secrétaire général avec des grèves, des blocages de la route devant l’université pour obtenir le paiement des bourses ou encore le renvoi de trois syndicalistes étudiants, condamnés en juillet 2004 à dix mois de prison ferme. D’où le souhait du patriarche pour que « le Gabon accède aussi sur les plans intellectuel et scientifique, à la maturité ». Car selon sa vision des choses, « Le symbole de cette maturité, c’est le rayonnement des enseignants, des chercheurs, des scientifiques, des intellectuels au-delà des frontières » du Gabon. Joignant le geste à la parole, il a offert 65 ordinateurs à l’UOBO qui sont déjà opérationnels au travers d’un cyber-espace de 35 postes pour les étudiants à la Bibliothèque centrale, un deuxième de 15 postes pour les enseignants dans la même Bibliothèque centrale et un troisième de 15 postes au Pôle scientifique de la Faculté des lettres et des sciences humaines. C’est également dans l’enceinte de cette faculté que la station-radio, offerte elle aussi par le président de la République, est en train d’être installée grâce au savoir-faire technique du Groupe TV Radio Nostalgie. Dénommée Radio-Campus, à l’instar de sa consoeur installée à l’Université de Yaoundé 2 par le recteur Jean Tabi Manga, elle disposera d’un émetteur de 1.000 watts permettant de couvrir Libreville et sa périphérie. Objectif : joindre l’utile à l’agréable.
Pour sa part, le recteur de l’UOBO, le professeur Emile Mbot, a égrené un chapelet de mesures à mettre en œuvre qui visent à dynamiser le volet académique, dans le sens des souhaits du chef de l’Etat : « Il importe principalement d’identifier des filières de formation et de recherche appropriées et de mettre sur pied de véritables équipes pédagogiques dirigées par des enseignants de rang magistral, de promouvoir l’évaluation académique à tous les niveaux tant au niveau du contenu des connaissances qu’au niveau de la pédagogie universitaire, d’où l’impérieuse nécessité de l’implantation d’une structure des sciences de l’éducation au sein de l’UOBO susceptible de repenser l’ensemble de notre système éducatif, de renforcer le développement et le potentiel des pôles scientifiques par la mise en œuvre de l’expertise universitaire, d’une part, autour du socle des besoins réels de la société, et par un rapprochement effectif avec la société civile, et d’autre part, par l’éclatement du service d’orientation en un service de placement universitaire, véritable courroie de transmission entre l’université et la société ».
A toutes ces doléances qui, dans les tout prochains jours, vont faire l’objet d’une réflexion approfondie du gouvernement, des universitaires eux-mêmes et au-delà dans le cadre d’un dialogue, comme l’a souhaité le patriarche, il devrait ressortir une programmation ou une sorte de contrat-plan dont le financement sera assuré en majeure partie par l’Etat. Car comme il l’a encore répété lors de cette cérémonie, « La jeunesse pour (lui) est sacrée. A l’heure de l’économie du savoir, sa formation ne doit pas être considérée comme une dépense mais un investissement. La jeunesse c’est l’avenir et l’espoir du Gabon. C’est le Gabon de demain ». Avant d’ajouter : « Ma présence parmi vous, c’est l’occasion de réaffirmer fortement le partenariat qui doit exister entre la jeunesse et les pouvoirs publics ». Simplement, il devrait s’agir d’un partenariat équilibré, où chaque partie respecterait ses propres engagements avec responsabilité. Le patriarche n’a pas manqué de le souligner en affirmant que « Si l’Etat consent des efforts en faveur de l’Université et des étudiants, en retour, ces derniers, ainsi que la communauté des enseignants et chercheurs, doivent être à la hauteur des espoirs que la nation met en eux ». C’est fort de cette responsabilité partagée que le patriarche a pris congé de son monde universitaire, après leur avoir dit qu’il comptait beaucoup sur lui, comme il devrait savoir compter sur son engagement personnel ainsi que la détermination du gouvernement.