Venu présenter le projet de budget de son département, François Engongah Owono en a profité pour mettre le doigt sur les faiblesses de l'enseignement dans notre pays et solliciter l'appui des députés pour l'aider à sortir de ce véritable cerce vicieux.
DES chiffres, encore et toujours des chiffres, la 'présentation du budget du ministère de l'Éducation nationale n'a pas échappé à la tradition. Du reste, le patron du département, François Engongah Owono n'avait guère le choix s'il voulait convaincre la représentation nationale de lui apporter son appui dans sa politique de remodelage de notre système éducatif. Un exposé des motifs a mis en exergue son souci de réussir sa mission, à savoir, "créer les conditions d'une qualité de l'éducation pour tous et à tous les niveaux".
En réalité, Engongah Owono n'a fait que puiser dans les orientations du chef de l'Etat contenues dans son pacte national de solidarité et de développement, tout en s'efforçant de se mettre en phase avec la lettre de cadrage au gouvernement. Le ministre de l'Éducation nationale a dévoilé trois axes de son action future et actuelle: accroître la couverture du système éducatif par l'intensification de l'accès et de la participation aux différents niveaux d'enseignement, renforcer la qualité de l'éducation en termes de ressources tant humaines, financières que matérielles et enfin, améliorer la planification et la gestion du système éducatif par la mise en place d'un cadre de planification stratégique, etc.
Les députés ont écouté cet exposé avec une attention qui témoignait du caractère sensible du département dont Engongah Owono a la charge. Et ont voulu savoir pourquoi, dans certains coins du Gabon, les écoles manquent à ce point cruellement d'enseignants alors que l'on découvre, en même temps, l'existence d'enseignants bénévoles. Le ministre, pour bien montrer qu'il maîtrisait son sujet, en a même donné le nombre: plus de cinq cents. Un peu comme pour dire qu'il a pris a bras le corps les problèmes de formation.
Et c'est dans le projet de cette année qu'il ira chercher les ressources suffisantes pour y parvenir. Un budget chiffré à un peu plus de 68 milliards de cfa et dont l'investissement est estimé à 8 milliards, soit une augmentation de 45,45 %. Mais il a tenu à préciser tout de suite que ce budget ne couvrait en priorité que les projets bénéficiant de financements extérieurs, la contrepartie gabonaise ainsi que les projets en cours d'exécution.
Dans ce contexte, le ministre a fait un exposé exhaustif sur l'apport de la Banque africaine de développement (BAD) qui doit permettre à son département de réhabiliter l'ensemble des établissements de l'enseignement technique et professionnel et de la construction des lycées professionnels de Bikélé et Ntoum. Le projet,BID, qui a accumulé des arriérés depuis trois ans faute de mobilisation des fonds de la contrepartie gabonaise, vise, quant à lui, la construction de 171 salles de classe et vingt logements à l'intérieur du pays. va donc régler, a affirmée ministre. De même, il a inscrit dans ce projet de budget la construction du lycée de Franceville. Coût de l'opération : 1200 millions de francs cfa.
PRÉOCCUPATIONS DOMESTIQUES • Le ministre ne pouvait passer sous silence la liste des projets en cours. La dotation, d'un montant de 150 millions, devra permettre la relance des activités du Peace Corps de Mouila, Oyem et Franceville. Puis, François Engongah Owono a ouvert ce qui est apparu comme la boîte de Pandore: la fabrication de 20.000 tables-bancs pour 100 millions de francs. Malgré les explications, les élus du peuple se sont étonnés de ce que ce problème revienne chaque année sur le tapis malgré l'avalanche des, chiffres.
Là encore, le ministre de l'Éducation nationale n'a voulu rien cacher, révélant que les tables-bancs disparaissent par la faute des prédateurs, les établissements n'étant pas gardés pendant les vacances, la période généralement mise à profit par les vandales. Il a donc promis de mettre l'accent sur la sécurisation de ces lieux, tout en reconnaissant que l'augmentation constante de fia population scolaire était aussi un facteur non négligeable.
François Engongah Owono a ensuite donné lecture d'une longue liste des établissements dont les travaux restent à achever. Les députés ont alors sauté sur l'occasion pour poser ce qu'ils ont appelé des "revendications domestiques" chacun voulant que son petit coin soit gâté en CES, voire, en lycées. D'autres, s'inquiétant de la baisse de niveau, ont demandé au ministre de l'Éducation nationale de faire quelque chose. Un langage que François Engongah Owono affectionne, particulièrement. Et saisissant balle au bond, il a fait un diagnostic sans complaisance de l'état des lieux.
Il a ainsi affirmé que ce qui tue notre système éducatif est intimement lié aux pratiques en cours dans le pays où des interventions tous azimuts pèsent sur les enseignants et les chefs d'établissements comme une chape de plomb. "On monnaye les notes, les passages en classes supérieures, les inscriptions etc". Plus loin, le ministre constate : "l'élève passe d'établissement en établissement pour fuir le redoublement tandis que des parapluies empêchent les affectations et les mutations d'une catégorie d'enseignants qui se retrouvent dix, voire vingt ans à un même poste".
Autre préoccupation des élus la non application de la note circulaire qui fixe les frais d'écolage dans les établissements publics du Gabon. Tous se sont plaints de ce que les chefs d'établissement n'en faisaient qu'à leur tête. François Engongah Owono, qui ne leur apprenait rien en réalité, a tout simplement sollicité l'appui des parlementaires lorsqu'il s'agira de nettoyer les écuries d'Augias. Car, a-t-il martelé, des mesures seront prises à l'encontre de ceux qui refusent de se conformer, soulignant que la lutte contre la pauvreté intégrait la rentrée scolaire, celle-ci étant, chaque année, pour les parents, un véritable cauchemar.
Il reste à traduire tout ceci dans les faits. Les députés semblent lui avoir donné quitus pour mener à bien son entreprise. La prochaine manche se jouera à la pratique.