"Si le pays est malade, ce n'est pas notre faute..." Devant l'Université Omar Bongo (UOB) de Libreville, vendredi, sous les revendications matérielles des étudiants en grève pointait la critique, souvent amère et parfois virulente, du pouvoir gabonais.Depuis la veille, les étudiants de l'UOB ont cessé les cours et ont dressé deux barrages, de part et d'autre de l'entrée de l'université, empêchant les véhicules empruntant le boulevard Léon Mba de passer devant le portail à côté duquel deux à trois cents étudiants sont rassemblés.
Sur les tracts du syndicat Force (Faction organisée pour la restauration de la conscience étudiante) qui mène le mouvement, la liste des revendications est longue et variée: élection de mutuelles, révision du système d'évaluation et des conditions d'admission dans l'année supérieure, modernisation des méthodes d'enseignement, guichet unique pour les bourses, révision des conditions d'attribution, protection sociale étudiante...
Le syndicat réclame aussi la modification des horaires d'ouverture de la bibliothèques et du restaurant universitaire.
"Le taux d'échec est chaque année croissant à l'UOB, or jamais il n'y a eu de réflexion sur ce problème", dénonce Raoul Ovono Abessolo, le président de Force, qui évoque également des "méthodes pédagogiques dépassées" ajoutant qu'à "l'UOB on n'a jamais vu un rétroprojecteur".
Plus prosaïques, les étudiants rassemblés dans la rue disent, eux, n'exiger que le paiement de leur bourse, traditionnellement versée quelques semaines avant Noël, et qu'ils n'ont pas encore reçue.
"Qu'on nous donne notre argent et tout s'arrête", explique un étudiant de quatrième année de lettres qui préfère rester anonyme.
"Les meilleures conditions d'études, on ne les aura jamais", assure-t-il fataliste, avant de souligner: "pour trouver de meilleures conditions d'études, les dirigeants de ce pays envoient leurs enfants à l'étranger. Ici, vous ne trouverez pas de fils de ministre ou de responsable".
Les étudiants ne veulent pas entendre parler des difficultés économiques du Gabon ou de l'état des finances publiques, et répondent gabegie, gaspillage, corruption et train de vie de l'Etat.
"On nous parle de trêve sociale, on nous dit qu'il n'y a plus d'argent (...) mais quand on voit des convois (officiels) de 50 Velsatis (berline de luxe), ça fait réfléchir (...) surtout quand on nous dit que ce sont les bourses qui coûtent cher à l'Etat", s'indigne Wilfried, étudiant en droit.
"On veut simplement rentrer en possession de nos droits", ajoute-t-il.
"Les gens qui dirigent le pays (...) ont gaspillé l'argent et ils voudraient qu'on paie pour eux", ose un étudiant.
"Ce sont pourtant des gens hyper-diplômés. Ils savent réfléchir quand il s'agit de leur poche, mais pour le reste...", constate-t-il amèrement.
Sur les modestes barrages faits de simples cailloux et morceaux de bois, deux pneus ont été enflammés dégageant une épaisse fumée noire, et aucun représentant des forces de l'ordre n'était visible vendredi midi.
Les automobilistes sont contraints de faire demi-tour, et les passagers des taxis de descendre et de marcher quelques centaines de mètres avant d'en trouver un autre, plus loin.
Les étudiants chahutent gentiment les piétons forcés qui fendent leur rassemblement face au portail de l'université. "Avec le sourire, avec le sourire!", raillent-ils gaiement.