Libreville, Gabon (L'Union, 31 août 2001) - Les responsables politiques interrogés s'accordent en partie sur le rôle majeur des membres de la famille judiciaire dans l'organisation des élections, mais ont des avis partagés sur la confiance dont ces derniers peuvent bénéficier à cause de l'image brouillée qu'ils renvoient l'opinion nationale depuis la dernière expérience électorale.
QUATRE jours après 1a désignation du nouveau président de la Commission nationale électorale (CNE), conformément au calendrier arrêté lors de la dernière rencontre de la classe politique, les acteurs politiques semblent prêts, fidèles au consensus qui a prévalu au Palais présidentiel sur leur présence à la CNE, à faire confiance aux magistrats qui ont un rôle majeur dans le processus électoral. C'est du moins ce qui ressort des déclarations faites par certains leaders politiques. Dans 1'ensemble, Jean Boniface Asselé du Centre des libéraux réformateurs (CLR), Me Louis-Gaston Mayila, le président du Parti de l'unité du peuple, Moulengui Boukossou, du Rassemblement national des bûcherons (RNB), tendance Mba Abessole, ont, à travers le quitus donné à Gilbert Ngoulakia, des avis partagés sur cet aspect. Le leader du CLR, interrogé sur cet aspect, avait insisté sur la confiance qui doit être accordée aux magistrats. Pour ce farouche défenseur du dispositif juridique actuel portant sur les élections dans notre pays, le fait que la classe politique soit tombée d'accord sur le maintien des membres de ce corps judiciaire dans le processus électoral, était la meilleure chose à faire si l'on tenait à parvenir à des élections transparentes.
Mais également si l'on voulait respecter le consensus qui avait prévalu lors de leur désignation comme arbitres du jeu électoral. Même son de cloche, du côté du pupiste en chef, Me Louis-Gaston Mayila. Pour le président du Conseil économique et social (CES), qui reste logique dans son action, il était, selon lui, mal venu pour la classe politique de remettre en cause les acquis du consensus tissé autour des magistrats.
AUTORITE
Conscient de l'importance du travail qui doit d abord être abattu en amont par le ministère de l'Intérieur en vue de la finalisation du fichier électoral, il est évident pour Me Louis-Gaston Mayila, que le succès de la mission des membres de la famille judiciaire dans l'ensemble, et singulièrement du président Gilbert Ngoulakia, est tributaire de l'état du système qui sera mis à sa disposition. La position du président du Sénat, Georges Rawiri est plus tranchée sur la question. Le corps judiciaire gabonais a donné la preuve de sa maturité et son implication dans le déroulement des opérations électorales a apporte les résultats escomptés. Au rassemblement national des bûcherons, tendance Paul Mba Abessole, on se montre moins confiant vis-à-vis des magistrats en raison de l'image plutôt négative laissée dans l'opinion par les juges. Le vice-président du RNB/RPG, Moulengui Boukossou, qui n'a pas hésité à le rappeler, il y a deux jours, lorsqu'il avait souhaité que le nouveau patron de CNE vienne effacer cette perception et s'attèle à "restaurer l'autorité de la justice par une attitude impartiale pendant l'organisation du prochain scrutin". Pour eux comme pour nombre d'autres compatriotes et responsables politiques de leur camp, "les hommes en noir" renvoient une image brouillée depuis les dernières élections locales, législatives et même présidentielles.
Consultations à l'issue desquelles, ils avaient, on s'en souvient encore, été accusés, par l'opposition, à tort, se défendent les juges, de collusion avec les pouvoirs publics, d'avoir contribué à la large victoire des candidats du Parti démocratique gabonais (PDG), à travers la falsification des résultats des urnes et autres pratiques frauduleuses.
INITIATIVES
Alors même que leur "intrusion" dans le jeu électoral avait surtout été suggérée par les membres de 1a délégation de 1'opposition conduite par le Pr Pierre André Kombila, aux négociations ayant abouti à la ion des "Accords de Paris". La CNE s'était vue ensuite décharger de la "trop lourde" responsabilité de la confection du fichier électoral au sortir des élections de 1996, cela au profit à nouveau de l'administration. Au plus fort du débat sur les conditions d'organisation des futures échéances électorales l'opposition avait tenté d'obtenir à travers une proposition de loi et autres initiatives vaines, une refonte de la loi électorale en proposant la mise en place d'une "CNE indépendante et permanente". Après cet échec, Pierre Claver Maganga Moussavou (PSD), Jules Bourdès Ogouliguendé (CDJ), Pierre-Louis Agondo Okawé (PGP), étaient revenus à la charge en tentant d'introduire la question relative à la présence des magistrats à la tête de la CNE. Emboîtant le pas ainsi au père Paul Mba Abessole, qui avait même proposé en début d'année que cette structure soit présidée par une personne issue de la société civile. Estimant que ce choix était justifié, selon lui, par son souci ' d'éviter aux magistrats de porter le chapeau des élections truquées, à la place des politiques (...) ". Quant aux intéressés eux-mêmes, dont certains n'ont as hésité sous le couvert de anonymat à nous donner leur sentiment, la question du bail de confiance entre les magistrats et la classe politique au cours de la prochaine élection, dépendra avant tout de la capacité de ces derniers à accepter le résultat des urnes et à oeuvrer au sein de leurs partis respectifs, au triomphe de la transparence.
Source : Journal l'Union du 31/08/2001
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