Libreville, Gabon (La Griffe) - «La victoire dépend moins des armes employées que de la détermination des combattants. » Pour l’avoir compris, les étudiants indonésiens sont, le 20 mai dernier, entrés en douceur et avec panache dans l’Histoire: ces «enfants» ont réussi le tour de force de «virer» un vieux dictateur, au pouvoir depuis trente-deux ans.
Soutenu des années durant par les occidentaux — au nom de la stabilité — et par une armée totalement soumise, Suharto a été «débarqué» par une génération sans complexe, déterminée à ne pas inaugurer le 3ème millénaire avec un président d’une autre époque. Au césarisme démocratique et aux réformes «cosmétiques» proposés par le tyran, la «jeunesse sacrée» indonésienne a répondu par une ardeur contestataire à nulle autre pareille. Fait marquant: le Mai 98 indonésien n’était placé sous la houlette d’aucun leader charismatique.
Voilà pour le modèle Indonésien!
Sous nos latitudes, en dehors des cases d’écoute destinées à suivre la «coupe mondiale», la jeunesse attend avec impatience que le pouvoir daigne enfin lui présenter au moins la maquette du modèle gabonais dont il lui rabat les oreilles à longueur de discours. Pourvu que d’ici là, ces enfants "mal éduqués par leurs parents» ne succombent pas à la tentation du mimétisme, à l’envie de faire comme les autres. Et dans ce cas, il pourrait bien être trop tard pour expliquer à ces "malappris" que comparaison n'est pas raison. Que Bongo n'est pas Suharto, même si quelques raisons de comparaison peuvent, l'espace d'un moment, être source de confusion.
En effet, comme le gén´´ral Suharto, Bongo est le militaire le plus gradé de son pays. Comme l’Asiatique, le Bantu n’a jamais gagné une véritable élection, malgré une présence au pouvoir de plus de trente ans. Comme Suharto, Bongo a mis en place un régime «familial», gangrené par la corruption et la concussion. Résultat: le Gabon et l’indonésie sont englués dans une profonde récession et une immense pauvreté. La baisse substantielle des revenus pétroliers, ajoutée à la grave crise du secteur forestier qui devra très bientôt se délester d’environ 30% de ses 11.000 salariés ne sont pas faits pour arranger la situation gabonaise. Surtout en année électoraIe, face à des populations jeunes et «mal éduquées» qui, à défaut des milliards virtuels et des promesses vaseuses, attendront le moment opportun pour solder durement les comptes post-électoraux.
Et c’est cette logique infernale que le général-président Suharto a apprise à ses dépens: après avoir organisé et remporté la farce électorale— de trop —du 10 mars dernier, l’artiste a été contraint de quitter la scène deux mois plus tard sous les quolibets, les crachats et les “wa wa wa”. Mais la comparaison s’arrête là car El Hadj Omar Bongo est un "sage". Les Gabonais sont convaincus que leur président ne commettra pas l’erreur d'écouter Mboumbou et Oyé Mba. Ils ont compris que la récente toumée républicaine de leur petit chef bien-aimé était en fait une manière de leur dire aurevoir, de tirer sa révérence. Donc, Bongo ne sera pas candidat à Ia prochaine élection présidentielle. Et ce sera tant mieux pour lui… et pour le Gabon.
Michel Ongoundou Loundah
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