(Libreville, L'Union, 31/03/1999) - Aujourd'hui, les lecteurs du journal satirique indépendant "La Griffe" tendent vers la troisième semaine sans lire leur hebdo. Après une longue période d’absence (environ 7 mois), "La Griffe" était reparue dans les kiosques au début du mois en cours. Mais depuis le 17 mars dernier, il a été à nouveau frappé par une mesure de suspension. Laquelle émane, cette fois, du Conseil national de la communication (CNC). L’institution chargée de réguler la communication a décidé d’interdire, une fois de plus, la parution du premier journal satirique indépendant du pays. Le CNC motive sa mesure par le non respect de certains articles de l’ordonnance N° 07/93 du 1er octobre 1993 relative à la communication audiovisuelle, cinématographique et écrite, notamment dans ses articles 37 et 44. Selon le CNC, le journal "La Griffe" a contrevenu à l’article 37 qui stipule que : "La création d’un organe de presse est assujettie à la procédure suivante : obtention d’un récépissé de déclaration de constitution auprès du ministère de la Communication... La déclaration de constitution contient obligatoirement l’identification complète du ou des propriétaires et du directeur de publication… " Or, le numéro 400 du 12 mars dernier était paru sans aucune référence sur l’identité du ou des propriétaires. De même que si les numéros 399 (5 mars) et 400 portent bien les noms du directeur de la publication et du rédacteur en chef, leur identification n’est cependant pas complète dans la mesure où ces derniers sont absents de leurs anciennes adresses connues des autorités concernées.
REVANCHARD La deuxième raison évoquée par le président et les membres du CNC, sur la base des dispositions de l’ordonnance précitée est l’absence de la liste complète des collaborateurs du journal "La Griffe", dans les numéros cités ci-dessus. Voilà en somme les raisons pour lesquelles les lecteurs du satirique indépendant sont aujourd’hui privés de leur journal. Des motivations juridiques fondées, mais qui n’exemptent pas le CNC de toute suspicion. Ces raisons suscitent un certain nombre d’interrogations. Relatives essentiellement à la volonté réelle du Conseil national de la communication à appliquer la loi, à la légèreté des responsables du journal "La Griffe", au ton particulièrement offensif pour ne pas dire revanchard de sa rédaction, etc.
Par rapport à la partialité du CNC, il faut se demander pourquoi cette institution a attendu le retour de l’hebdomaire satirique après une longue période d’absence pour constater que ce journal ne respectait pas la disposition de l’ordonnance précitée qui exige la publication de la liste des collaborateurs de l’organe de presse ? Quel organe de presse de la place respecte cette disposition ? Et combien d’organes ont déjà été condamnés pour violation de cette disposition ? Pourquoi, sachant bien que Michel Ongoundou Loundah, ancien directeur de la publication était disqualifié pour continuer à occuper ce poste, les responsables du satirique indépendant n’ont-ils pris aucune précaution ? L’absence de l’identification du ou des propriétaires de "La Griffe" dans le numéro 400, n’est-elle pas liée à la note d’information signée le 27 octobre 1998, annonçant la fermeture de la maison éditrice ? "La Griffe" serait-elle sans société éditrice fixe aujourd’hui ? Enfin, la décision du CNC n’est-elle pas officieusement motivée par le ton particulièrement dur et revanchard adopté par le satirique indépendant depuis son éphémère retour ? Enfin, on peut se demander pourquoi, comme nous l’a dit Me Oyane Pellegrin, jusqu’à présent les responsables de "La Griffe" tardent à saisir leur avocat dont le précédent combat s’était avéré efficace ? Autant de questions que se posent nombre de lecteurs du journal "La Griffe". Mais qui feront certainement réfléchir aussi bien les autorités du Conseil national de la communication que les responsables du satirique indépendant.
ONDOUBA’NTSIBAH
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