Libreville (Misamu, 08/02/1999) - On l’avait d’avance affublé de tous les qualificatifs : «gouvernement de combat», «inventif», «créatif». On le prédisait animé par des hommes «neufs» et « dynamiques» . Finalement, la montagne a fini par accoucher d’une souris, et d’une toute petite souris. Le premier gouvernement Ntoutoume Emane n’aura donc pas été celui attendu par l’immense majorité des Gabonais. Ce n’était qu’une grande illusion entretenue. Et nous l’avons prédit (cf : Misamu n° 169, du 11 janvier 1999). C’était en connaissance des arcanes, des réalités, et des pesanteurs socio-politiques gabonaises…
Au bout du compte donc, vous prenez quelques nouveaux venus ou revenus : Richard Onouviet, Emile Ndoumba, Zéphirin Rayita, Ursule Ekié, Yolande Assélé Ebinda, Ali Bongo, Paul Biyoghe Mba, et vous leur collez les étiquettes : «inventif», «créatif», «neuf», «dynamique», le tour est joué. Vous l’avez votre «nouveau modèle gabonais». Reste qu’ à la lecture de la copie du nouveau gouvernement qui vient d’être mis en place, point n’est besoin de sortir de hautes études des sciences politiques pour comprendre l’esprit qui a animé le chef de l’Etat Gabonais et son nouveau premier ministre à servir cette énième bouillabaisse au peuple gabonais. Certaines données sautent aux yeux : le respect des équilibres géoethniques, ce qui justifie en soi la pléthore de l’équipe gouvernementale, le dosage partisan, et surtout le maintien de tous les caciques, poids lourds du système,. Signe évident de l’immobilisme. Tout le contraire du dynamisme.
Le respect des équilibres géoethniques
Un fang de l’Estuaire à la primature, un autre fang, cette fois-ci du Nord à la Vice-Primature -Les vœux de Bonjean François Ondo partiellement exaussés-, ajoutés au punu du Sud Ouest qui occupe la Vice- Présidence de la République, et sans oublier le ndziebi du Sud Est remonté en 3e position de la hierarchie de l’exécutif, la répartition spatiale et géoethnique se trouve ainsi savamment respectée. Le «nouveau modèle gabonais» n’échappe donc pas à la géopolitique. Cela aurait été trop rêveur pour être vrai. Et si cela avait été le cas, on aurait probablement assisté à l’amorce du démantèlement des valeurs et de l’ordre anciens. Mais peine perdue, le changement n’est pas encore à l’ordre du jour.
Une équipe pléthorique
Ceux qui ont cru à la réduction de l’effectif de l’équipe gouvernementale en ont eu pour leur compte. C’est plutôt à la hausse que le chef de l’Etat et le nouveau premier ministre ont préféré voir les choses. De 41, on est passé à 42 membre du gouvernement. Les considérations et les combines politiciennes n’ont que faire de la réduction du train de vie de l’Etat que réclame haut et fort l’ensemble des partenaires sociaux. Au Gabon, le politique ne prime-t-il pas sur le social ? Aussi, la distribution des strapontins dans chaque province, chaque département , chaque district, chaque canton, chaque ethnie, chaque tribu, chaque clan, chaque famille oblige-t-elle le Président Bongo, au nom de la géopolitique, et sans le faire exprès, d’augmenter à chaque fois le nombre de membres du gouvernement. Plus grave pour lui serait d’oublier une de ces composantes géographiques et sociologiques. Si jamais tel était le cas, l’édifice s’écroulerait.
Le dosage partisan
Toutes les formations et autres groupouscules politiques - à quelques exceptions près- qui ont contribué à la reélection du Président Bongo devaient avoir leur part du gateau. La répartition a été faite en tenant compte du poids réel et la représentativité de chacun. Ainsi, si le Parti Démocratique gabonais se taille la part du lion avec 35 membres reconfirmés ou nouveaux, le RDP et le PGCI se maintiennent avec Pierre Eboni et Antoine Yalazélé. L’ADERE fait son apparition avec Gaston Noël Boumbou Ngoma, et le MCD y est présent avec le retour de Paul Biyoghe Mba. Seuls les Morena manquent à l’appel. Peut-être va-t-on leur réserver d’autres sinécures.
Le maintien des caciques ou l’immobolisme
C’est là la caractéristique principale de ce nouveau gouvernement. Nouveau du point de vue évènementiel. Dans notre dernière édition (Misamu 170 du 25-01-99), nous faisons état de certaines indiscrétions glanées autour du Palais de marbre. Indiscrétions selon lesquellles, le club des gérontocrates qui constituent l’ossature du système Bongo et qui siègeaient dans le cabinet sortant faisaient de la résistence. Ils n’entendaient pas céder aux sirènes de ceux qui, le Président de la République y compris, pensaient que la mise en œuvre du «pacte national de solidarité et de développement» et la réalisation du «nouveau modèle gabonais» passaientt nécessairement voire impérativement par leur départ du gouvernement.
En nous interrogeant et en émettant des doutes sur les chances de réussite du premier ministre nouvellement promu, nous écrivions (Misamu n°170, du 25/01/99) : «des hommes neufs, intègres, dynamiques, c’est ce qu’il lui faut, dit-on. Mais alors, parviendra-t-il à se débarasser de tous ses anciens caciques qui, comme des ventouses, saccrochent au pouvoir, ne comprennent pas que les temps ont changé? «La réponse à cette interrogation est là. La résistance des caciques l’a emportée sur les attentes du peuple. Même si cela ne s’est pas fait sans concessions de taille. Parfois même au prix du déshonneur. C’est ainsi qu’en échange de leur maintien dans l’équipe gouvernementale d’aucuns n’ont pas hésité d’accepter d’être rétrogradés. Les ex-Premiers ministres deviennent aussi ministre d’Etat certains acceptant même de passer de la première à la cinquième position, d’autres de la deuxième à la quatrième, cependant que certains ministres d’Etat se sont vus rétrogradés au rang de simple ministre. C’était le prix à payer à la résistence opposée contre velleité de renouvellement de la classe politique et au changement.
Difficile d’entrevoir des éléments de changement dans l’équipe gouvernemental qui vient de s’installer aux commandes de l’Etat gabonais. A telle enseigne que çà et là, l’on se pose la question de l’opportunité d’avoir simulé un remaniement ministériel. Ne valait-il pas mieux garder l’ancienne équipe du Docteur Paulin Obame Nguema ? Pour un gouvernement baptisé d’avance de «combat», c’est plutôt un gouvernement de coma qui vient de voir le jour. Et le peuple gabonais qui attendait le changement s’en relèvera difficilement. Peut-être même jamais.
Par Fréderick BOUNDA
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