Libreville (Misamu, 17/05/1999) - Les Gabonais n’ont pas eu le temps de chanter comme le font les enfants pour saluer le retour de leur maman à la maison : «Maman est venue, chocolat et bonbons!» Toutes ces rencontres outre-atlantique et outre-méditerrannée avaient pourtant suscité en eux un grand espoir.
Michel Camdessus du F.M.I., James Wolfensohn de la Banque mondiale et autres décideurs des institutions de Bretton Woods, industriels et autres hommes d’affaires américains et français, tout ce beau monde ne pouvait laisser le président Bongo rentrer au bercail la gibecière vide. Il y avait donc du «blé» dans l’air. Cet espoir était de plus en plus entretenu par les rumeurs à propos d’un mystérieux vol de la Compagnie nationale Swissair, le jeudi 22 avril dernier. C’est quand même dans les banques suisses que gisent les colossales sommes d’argent amassées sur le dos du peuple gabonais. Leur rapatriement ne peut donc pas être considéré comme un acte courageux et patriotique.
Les doigts croisés, les Gabonais attendaient donc beaucoup du long périple américano-européen de leur président, confiants que les relations très étroites que ce dernier a eu à tisser en quarante ans de pouvoir avec les milieux politico-affairistes mondiaux, tous ces lobbies et tous ces cercles occultes de la haute finance internationale ne pouvaient le laisser rentrer bredouille au Gabon.
Les premières inquiétudes ont été nourries par des nouvelles alarmantes qui leur parvenaient des Etats-Unis d’Amérique et du Canada. Là-bas, au pays de l’oncle Sam et chez son voisin du Nord, il leur parvenait que les portails se sont fermés au nez et à la barbe du président gabonais. Il a dû user de son talent d’homme politique rusé pour que certaines portes lui soient ouvertes. Et ceux qui lui en ont ouvert quelques unes n’ont pas été tendres avec leur hôte de marque. La tendance était plutôt à lui remonter les bretelles. C’est ce que traduit par un épheumisme cette phrase d’un confrère qui accompagnait le président Bongo tout au long de son périple : «Omar Bongo a écouté les réserves émises par les experts de ces vénérables institutions sur les véritables efforts investis dans son pays». Et, «en toute franchise, ont insisté les “Nganga” de l’économie mondiale, les montants colossaux affectés dans un secteur tel que l’éducation nationale, pour ne citer que cet exemple, se sont avérés décevants pour ne pas dire stériles». Et le même confrère de préciser : «Il a donc fallu à Omar Bongo faire appel à tout son talent de négociateur séduisant pour convaincre ses interlocuteurs qu’il a donné des directives à son Premier ministre, M. Jean François Ntoutoume-Emane, pour assainir les finances publiques nationales…». Ce n’est qu’après ce baratin, semble-t-il, et selon le confrère, «qu’il y a désormais un léger mieux» entre la partie gabonaise et les institutions de Bretton Woods. C’est juste ce «léger mieux» que le président gabonais a ramené dans sa gibecière en attendant l’aboutissement d’un accord «salvateur» pour l’économie gabonaise avec les institutions sus-mentionnées.
Pour le moment, les Gabonais doivent donc se contenter de ce «léger mieux» tout en continuant à vivre les affres et les vicissitudes d’une récession économique sans précédent. Du coup, depuis l’aéroport international Léon Mba, l’heure n’était pas à l’euphorie et à la liesse. Le ton et le timbre du président Bongo sont même devenus menaçants et inquiétants. Il s’en est pris à tous ceux qui, dans le pays, fomentent des grèves et font des revendications catégorielles. Une bonne manière de signifier à Jean François Ntoutoume-Emane que tous les «rapports d’experts» et autres «protocoles d’accords» qu’il signe par ci et par là avec tel ou tel autre syndicat sont nuls et non avenus. De la vraie poudre aux yeux de ces organisations syndicales qui, au vu des fameux «rapports d’experts» et protocoles d’accord, continuent à entretenir l’illusion auprès des adhérents. D’ailleurs, le président Bongo ne pense-t-il pas que ces revendications ne le sont que de «nom» (suivez notre regard) ? L’espoir de conclure un accord avec le F.M.I. est permis, a laissé entendre avec un léger optimisme le président Bongo. Cependant, a-t-il martelé, «la conclusion définitive de cet accord appelle de l’ensembe des forces vives du pays une prise de conscience de la passe difficile que nous traversons». Après avoir assuré le gouvernement de son «soutien total», il a, par la suite, exhorté le Premier ministre, Jean François Ntoutoume-Emane, à veiller à «l’application stricte de la loi contre les fossoyeurs de l’ordre public».
Puis, vint la surprise. Le président Bongo a révélé qu’il était désormais le vrai ministre de l’Economie et des Finances. A ce titre, il se donne personnellement la mission de jouer au «Monsieur propre» afin d’assainir les finances publiques. L’actuel titulaire de ce portefeuille, M. Emile Doumba, n’agira plus que dans l’ombre. Est-ce une manière d’empêcher le Premier ministre, Jean François Ntoutoume-Emane, d’avoir un droit de regard sur des dossiers financiers ? Il y a des raisons de le croire. Tout se passera désormais entre lui et le virtuel ministre de l’Economie et des Finances. Hors-jeu et disqualifié, M. Jean François Ntoutoume-Emane. D’aucuns n’hésitent pas à parler d’un désaveu cinglant.
C’est donc une pilule amère pour tous les Gabonais que le président Bongo a ramenée dans sa gibecière en attendant que l’«accord» soit conclu avec le F.M.I. Mais les «accords» avec le F.M.I., tout le monde sait ce qu’il en est : réduction des salaires, restrictions budgétaires, dégraissage de la Fonction publique et donc chômage, arrêt des subventions par l’Etat des produits d’importation de première nécessité, etc. Autrement dit, lorsque cet «accord» tant attendu par les autorités gabonaises sera conclu, la pilule deviendra de plus en plus amère, voire nocive.
F. BOUNDA
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