Présidée par le chef de l'Etat, cette réunion, assez spéciale, devrait amener le gouvernement à prendre ses responsabilités devant l'escalade de la violence et ses conséquences néfastes dans l'Enseignement supérieur.
UN Conseil de cabinet placé sous l'égide du chef de l'Etat, M. Omar Bongo Ondimba, se tient dans la matinée, ce mardi 20 avril, au palais de la présidence de la République, avec un seul point. inscrit à l'ordre du jour, à savoir : la situation explosive actuelle que vit le monde de l'Enseignement supérieur, où l'escalade de la violence qui a droit de cité au campus de l'Université qui porte le nom du président a atteint un seuil critique.
Le symbole de l'intensification des actes d'une extrême brutalité, à la limite de la barbarie dans ce milieu, est la mort de ce compatriote, présumé voleur, survenue mardi 6 avril. Les étudiants qui se sont saisis de Ferdinand Mbo Ona, en pourchassant une bande de cambrioleurs, dont on le soupçonnait de faire partie, l'ont roué de coups jusqu'à ce que mort s'ensuive.
Ses bourreaux auraient même refusé de le livrer aux gendarmes arrivés sur les lieux alertés par un coup de fil anonyme. Que ce jeune Gabonais fût un authentique voleur ou pas, cette mort horrible sur le campus de l'UOB a plongé les plus hautes autorités du pays dans l'a stupeur; elle souligne surtout l'ampleur de la violence institutionnalisée par des groupes d'étudiants irréductibles, décides a semer la terreur à l'Université, la transformant en véritable poudrière.
C'est dans ce contexte particulièrement grave qu'intervient donc ce Conseil de cabinet, convoqué expressément par le chef de l'Etat. Qui affiche une grande volonté de reprendre l'initiative sur le terrain de la sécurité intérieure pour garantir la stabilité du pays. Face au silence du gouvernement devant les incidents graves et répétés dont les étudiants se rendent coupables, tant à l'intérieur des franchises universitaires qu'à l'extérieur, le président entend envoyer un message fort à l'opinion, destiné à montrer que l'Etat reste fort.
Cette volonté du chef de l'Etat d'aller plus loin que le simple fait de s'enquérir des causes profondes de la violence actuelle à l'Université est plausible. Autrement dit, des sanctions doivent tomber. Le communiqué de la présidence de la République annonçant la tenue de ce Conseil de cabinet le laisse penser. II indique à tout le moins que la recrudescence des actes de violence perpétrés par les étudiants ne saurait être tolérée plus longtemps. L'enjeu de ce Conseil de cabinet est clair, il s'agit pour les autorités de l'Etat et les acteurs de l'Université de s'accorder à combattre énergiquement la violence qui gangrène l'institution.
L'esprit des franchises qu'on évoque à tout bout de champ veut, pourtant, que l'institution soit à l'abri des soubresauts du religieux et de la politique. Ce qui n'est pas le cas sur le terrain.
Déjà, avant les brusques développements de la situation qu'on déplore, le Recteur de l'UOB, Jean-Emile Mbot, n'a eu de cesse de condamner la réalité accablante au sein du campus. Dans le n° 2 de la Lettre de l'Université, il y a trois mois déjà, le Recteur n'a pas caché que la violence qui y prévaut est politique.
A l'en croire, cette violence ayant causé la mort d'un compatriote n'est pas sans rappeler le combat pour la constitution des chapelles de clients et de gangs qui sévit avec acuité, en mettant aux prises des groupuscules appartenant aux réseaux d'hommes politiques tapis dans l'ombre au sein de l'appareil d'Etat, et qui tirent les ficelles de cette violence orchestrée.
Les nouvelles autorités rectorales à l'unisson parlent d'une seule voir en évoquant ce problème. Leur conviction est forte, qu'il se déroule une bataille de clans à l'Université, avec toile de fond le contrôle de l'Institution et des élites qui en sortent pour être à la solde de certains réseaux décidés à prendre le secteur en otage. Le problème soulevé n'est pas nouveau, et cette violence politique ne date pas d'aujourd'hui. Elle remonte au début des années 90.
TOURNANT MAJEUR.
En 1993, elle avait atteint son pic lors des douloureux événements au cours desquels des étudiants qui se sont depuis lors recroquevillés derrière un leader politique de premier plan naguère dans l'opposition virulente e avaient battu le Recteur de l'époque, l'actuel ministre de l'Éducation nationale, le Pr Daniel Ona Ondo, le vice-recteur Guillaume Moutou et les journalistes Eugène Elang Mba (Africa n°1) et Joseph Ngom'Ango (Union) dans l'exercice de leurs fonctions.
Cette triste affaire a fait des émules, démontrant ainsi que le problème de fond à résoudre a l'UOB concerne l'impunité. Il semble, à juste titre, que les principaux chefs de gangs qui sèment la terreur parmi les étudiants, dont trois sont bien connus des services, comptent sur leurs soutiens solides au plan politique pour narguer les autorités rectorales en ouvrant et en fermant le portail principal à leur guise.
Au vu et au su du gouvernement, ils ont transformé le campus en zone hors la loi gagnée par l'abandon apparent de souveraineté. S'ils ont tué un concitoyen, de plus en plus de collègues dans le milieu n'excluent pas que s'il n'y est pas mis bon ordre, un jour ou l'autre, ils tueront l'un d'entre eux, si ce n'est un enseignant jugé trop sévère dans l'octroi des notes aux examens.
La crise de l'Institut national des sciences et de gestion (INSG), avec l'ampleur de la fraude à l'examen du dernier BTS a fait craindre par certains au sein de la Direction de l'École que des étudiants recalés et en colère, décident de passer à l'action. Le ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation technologique, Vincent Moulengui Boukossou, a été contraint de porter plainte auprès du préfet de police de Libreville dans cette affaire.
Cela dit, aux yeux de l'opinion, ce Conseil de cabinet d'urgence constitue donc un tournant majeur qui doit permettre au président Bongo Ondimba de mettre le gouvernement face à ses responsabilités devant ce climat d'extrême confusion. Car, il s'agit pour le gouvernement Ntoutoume Emane II de s'engager à mettre un terme à l'impunité dont bénéficient ces "mercenaires" en facilitant, au moins, leur traduction devant le Conseil de discipline de l'Université.
Enfin, pour espérer sortir l'UOB de cette zone de fortes turbulences, il s'agira pour ceux qui tirent les ficelles de cette violence politique à s'engager devant le chef de l'Etat à ne plus se mêler de l'Université. Un pari qui peut se relever avec de l'opiniâtreté et la fermeté dans la sanction.