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Omar Bongo Ondimba s'exprime: Jeunesse sacrée ou jeunesse dévoyée
Auteur:  GabonTech  | Date: 3 Mai 2004  | Réactions ()

Préoccupé par l'évolution de cette crise qui menace les valeurs et les repères de la jeunesse dans notre société , le président de la République, Chef de l'Etat, Omar Bongo Ondimba donne son point de vue sur la crise estudiantine en interpellant étudiants, éducateurs, parents et responsables politiques, sur ces tristes événements.

Quelle université voulons-nous? Quel citoyen gabonais de demain espérons-nous?

Choisi à l'âge qui était le mien à l'époque pour conduire le Gabon, la leçon qui m'avait été donnée était qu'un chef doit toujours investir dans l'avenir. Le président Léon Mba l'avait fait, je le fais également. Aussi, ai-je dit, dès mon accession à la magistrature suprême, que la jeunesse était sacrée pour moi. Et je n'ai eu de cesse de répéter que c'est avec les jeunes, sans pour autant marginaliser les vieux, que nous ferons le Gabon de demain.

J'ai inscrit l'éducation et la formation des jeunes au cœur de mon action politique. Je demeure fondamentalement attaché à ce principe primordial, car c'est la condition du Gabon de demain, meilleur et prospère. Mon défi était et demeure la formation des cadres gabonais responsables et bien outillés pour faire face aux évolutions du monde. Ma préoccupation est de garantir l'économie du savoir. Je ne prétends pas que cette action échappe aux critiques. Par contre, j'afferme qu'elle a été et reste dans le sens de l'avenir du Gabon.

C'est pourquoi, dans une première phase succédant à son indépendance, le Gabon s'est progressivement doté des structures nécessaires à l'éducation des enfants au niveau du primaire et du secondaire. Ceux qui réussissaient le mieux ont alors reçu une formation supérieure et des diplômes dans de nombreux pays étrangers.

Puis dans une seconde étape notre pays s'est doté de structures universitaires. Notre ambition était de permettre à un plus grand nombre de jeunes gens et jeunes filles d'accéder sur place à la formation et au savoir dans les secteurs les plus variés : lettres, sciences humaines, économie, gestion, droit, sanie et aussi formation d'ingénieurs dans les domaines technique et technologique. L'État a rempli pour l'essentiel sa mission, que je qualifie de souveraineté, puisque nous avons réussi à nous approprier une part essentielle du savoir.

Nous avons maintenant des enseignants, chercheurs et diplômés de notoriété, dont certains font même autorité dans leur domaine au-delà des frontières nationales : preuve que nous avons su développer la culture de la réussite et de l'excellence. Je ne veux pas bien sûr omettre les artistes, et les artisans qui concourent au rayonnement de notre pays. Il s'agit bien là d'une oeuvre commune qui est le résultat des efforts de la collectivité nationale, de chacun et de chacune d'entre nous, et de l'État en particulier, sous mon impulsion et mon autorité. Je veux naturellement saluer le rôle primordial des familles et, particulièrement des mères qui ont pris une part essentielle dans ce long processus.

Aujourd'hui, les conditions ont beaucoup évolué. Avec les répercussions de la mondialisation et de la globalisation, le rôle de l'État n'est plus et ne peut plus être le même. Par ailleurs, les moyens de l'État étaient proportionnellement plus adaptés aux besoins d'un pays naissant, qu'ils ne le sont aujourd'hui, à la mesure du coût des infrastructures à mettre en place. Des choix sont donc nécessaires. Ce phénomène ne touche pas que notre pays, mais s'applique à tous y compris les nations les plus développées.

L'heure n'est plus alors à se demander ce que nous pouvons attendre de l'État, mais plutôt ce que chacun d'entre nous peut apporter non seulement à sa famille mais à l'ensemble de la collectivité nationale. Épisodiquement, lycées et universités sont affectés par des mouvements de contestation de plus ou moins longue durée, de plus ou moins fortes justifications. Je considère personnellement, en tant que père de famille, que ces mouvements d'humeur, même s'ils peuvent être légitimes parfois, parce que l'esprit de la jeunesse est celui d'une aspiration permanente à des changements, à des améliorations, à des progrès, doivent s'enrichir de l'expérience des aînés.

Sans revenir sur les trop nombreux actes d'incivisme et d'irresponsabilité de nos jeunes; dans un passé récent un établissement du secondaire' et aujourd'hui l'université de Libreville ont connu des événements qui doivent nous interpeller tous, éducateurs, parents et responsables politiques ; et qui doivent d'abord interpeller les jeunes eux-mêmes. Il y a eu des actes, des gestes et des comportements inqualifiables portant atteinte à l'intégrité physique des personnes, allant même jusqu'à donner la mort.

Je veux vous dire combien grande est ma déception. Car cette dérive tranche avec l'idée que je me fais de la jeunesse et de ses aspirations. Il m'apparaît que la jeunesse dont j'ai parlé à mon arrivée au pouvoir n'est plus et que l'a remplacée quelque chose qui n'est plus national: refus de l'effort, rejet de l'autorité, exigence de privilèges, donc irresponsabilité et impunité à tout moment et pour tout acte.

Je suis d'autant plus déçu que l'on me rapporte que ces événements résultent de condamnables manipulations d'un petit groupe que, malheureusement, la majorité, souvent qualifiée de silencieuse, n'a pas su et n'a pas pu empêcher. Naturellement, les vrais responsables ce sont bien sûr ces agitateurs qui devraient rendre des comptes à la justice. Mais il y a plus forte responsabilité qui est celle du ou des manipulateurs, pour l'instant occultes, qui ont pu, grâce sans doute à de l'argent, actionner ces agitateurs. Aujourd'hui ou demain, nous saurons bien la vérité.

Au-delà de ces responsabilités particulières, il y a un constat collectif : ces phénomènes correspondent à une crise de, valeurs primordiales de la société africaine. Il est ainsi, et par exemple, tout à fait contraire à nos traditions et à notre esprit de famille, au sens élargi du terme, que l'on puisse maintenant découvrir à Libreville ; ou dans d'autres villes, que le respect des aînés, des anciens soit absent de l'éducation de nos enfants. Il y a là effectivement comme une crise qui menace les fondements de notre société et face à laquelle nous ne pouvons rester indifférents.

L'éducation de nos enfants doit être avant tout familiale et citoyenne. De quel sens du respect de la personne humaine, de quelle notion d'attachement à la patrie et d'amour de notre pays témoignent ces jeunes plus ou moins conscients, plus ou moins manipulés ? Quelques- uns ont été jusqu'à insulter et menacer leurs professeurs, leurs maîtres et transmetteurs de savoir.

Notre pays est un État de droit dont nous essayons d'améliorer sans cesse les conditions. Dans cette quête constante rien ne peut être sans référence aux valeurs, à la volonté et à la bonne volonté. ]'appelle donc tout un chacun à la réflexion sur ces malheureux événements, dont les effets peuvent contribuer à compromettre les chances du Gabon d'accéder à la modernité.

(*) Président de la République,
Chef de l'État.


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