Libreville (L'Union, 14/09/2001) - Les formations politiques regroupées au sein de la majorité présidentielle iront cette fois-ci en ordre de bataille aux élections législatives de décembre prochain. Deux d'entre elles, l'USD et le CLR ont laissé entendre qu'une vingtaine de partis de ce regroupement ont déjà entrepris la rédaction de plusieurs chapitres du projet final.
LES leaders de la vingtaine de partis politiques composant la majorité présidentielle envisagent, d'ici le début du mois prochain, d'adopter une charte politique afin de mettre en place des stratégies fondées sur une dynamique unitaire seule capable de leur garantir le succès à l'issue des prochaines élections législatives qui s'annoncent serrées, ont indiqué mardi 11 et mercredi 12 juillet, deux d'entre eux.
"Cette année au sein de la majorité, nous nous sommes accordés pour élaborer une charte de bonne conduite. Sa rédaction est presque terminée, l'objectif est d'harmoniser nos stratégies en vue de conforter nos positions à l'Assemblée nationale et de garantir la majorité que nous constituons autour du président de la République" a indique le président de 1'Union démocratique et sociale (USD), Hervé Ossamané Onouviet.
"Nous ne pouvions plus simplement nous contenter de nous réclamer d'une majorité qui n'avait d'existence que de nom, et non légale, avec le risque de voir encore s'affronter sur le terrain, comme ce fut terriblement le cas aux dernières élections législatives, les candidats des partis se revendiquant paradoxalement de la majorité présidentielle", a renchéri un cadre du Centre des libéraux réformateurs (CLR), ayant pris part aux négociations qui se sont ouvertes à ce sujet, sous l'égide du Parti démocratique gabonais (PDG).
L'absence d'une charte politique au sein de la majorité présidentielle était décriée depuis la fin des dernières élections législatives par la quasi totalité des "petits" partis qui revendiquent aussi leur appartenance à ce camp, en particulier le CLR.
Député-maire du 3e arrondissement de Libreville, son président, le général Jean Boniface Assélé, n'a jamais ménagé ses critiques à l'encontre des autres alliés en déplorant le fait que les engagements passés jadis par les différents partis n'eussent jusque-là aucun caractère contraignant.
La conséquence de ce vide juridique aura, entre autre, été à l'origine de la situation malheureuse observée lors des élections législatives d'il y a cinq ans, au cours desquelles on a, par exemple, pu voir face à face au second tour, les candidats de deux partis issus de la majorité, se livrer des duels fratricides comme ces batailles épiques qui opposèrent à MouiIa (Ngounié), via leurs candidats respectifs, le CLR et le PDG, ou même à Akiéni (Haut-Ogooué) le candidat malheureux du CLR et le député-PDG élu de la localité.
FONCTIONNEMENT. C'est semble-t-il, pour prévenir de tels incidents, qui ont contribué à laisser le champ libre à l'adversaire dans plusieurs circonscriptions électorales, et surtout pour éloigner les risques de téléscopage que le secrétariat général du PDG, le parti "piloté" de ce camp a convaincu ses partenaires de l'intérêt de cette initiative.
"C'est une avancée majeure. Nous allons enfin avoir entre nous un code de bonne conduite qui va s'articuler autour des valeurs fortes comme la solidarité et la générosité" s'enthousiasment les responsables de l'USD et du CLR dont le président, le député-maire Assélé Onteinté chante déjà la gloire de ce véritable rassemblement.
Avec sur le papier dorénavant, les devoirs et les obligations de chaque parti envers les autres, contrairement aux simples accords particuliers sur lesquels étaient bâties leurs alliances qualifiées au sortir des dernières élections de factices par les "petits" partis, dont plusieurs estimaient, à tort ou à raison, n'avoir pas toujours bénéficié du juste retour.
Mais ceci relèvera bientôt du passé, assurent les plus optimistes, qui avancent que les principaux partis (PDG, ADERE, MCD, PUP, CLR, USG, Gabon-Avenir...) et même les autres auraient achevé la rédaction du projet de texte final comportant, dit-on, un programme de travail commun, et certainement une plate-forme de gouvernement.
Quatre questions à …
Jean Boniface Asselé : " La majorité va devenir une force politique ayant un cadre juridique "
M. le député-maire du llle arrondissement de Libreville, on évoque de plus en plus au sein de la majorité, dont votre parti le CLR est membre, la signature prochaine de la Charte et du Code de bonne conduite entre les partis de ce regroupement, en vue des élections futures. Qu'en est-il au fond ?
Effectivement, nous avons été appelés à nous retrouver autour d'une table pour examiner un projet de charte que nous a présenté le Parti démocratique gabonais (PDG), qui est le parti majoritaire. Nous avons eu plusieurs séances de travail au cours desquelles les termes de ce document ont fait l'objet de longues discussions. Pour ma part, je dis que cette charte et ce code de bonne conduite s'imposaient, d'autant que l'on ne pouvait plus continuer au sein de notre regroupement politique de demeurer dans une sorte d'informel, en cautionnant ce qui ressemblait bien à une escroquerie politique. Aujourd'hui, cette charte est quasiment prête, et nous attendons très certainement d'ici la fin de ce mois, de nous retrouver au cours d'une cérémonie officielle de signature.
Concernant le code de bonne conduite, celui-ci traite d'un certain nombre de problèmes. Notamment des questions ayant trait à la solidarité entre les partis de la majorité présidentielle, le calendrier des rencontres avant, pendant et après les élections... L'élaboration de ces principes est à l'évidence une bonne chose, et personnellement, je ne suis certes pas totalement satisfait, mais je suis soulagé au vu de cette avancée qui intervient après qu'il eût fallu batailler dur pour faire partager la nécessité pour les partis défendant la politique du président de la République, de mettre en place une force politique ayant un cadre juridique.
On peut donc considérer que c'est une évolution considérable dans les relations au sein des partis de la majorité ?
Je dirais que cette charte fera de la majorité présidentielle une structure constituée enfin sur des bases concrètes et solides, ce qui n'était précisément pas le cas lors des dernières élections législatives, au point qu'on n'était pas loin de penser que la majorité se résumait au seul PDG. Aujourd'hui, il y a une meilleure prise en compte de ce que peuvent apporter les autres formations qui composent ce groupement politique, nonobstant le fait qu'il existe une stratification dans ce regroupement avec comme locomotive le Parti démocratique gabonais. Mais enfin ce, cadre juridique était devenu nécessaire, il permettra, au moins, à tous les membres de cette famille de s'exprimer davantage que par le passé.
Vous avez pendant longtemps défendu l'idée d'une charte, en raison des différents problèmes qui se sont posés entre formations politiques de la majorité au cours des dernières élections locales et législatives. Pour vous-même, et pour d'autres partis qui n'en pensaient pas moins, considérez-vous cela comme une victoire ?
Cette charte tourne autour de l'idée de soutien de l'action politique du chef de l'État, M. Omar Bongo. Si c'est en soi une victoire, c'est celle de tous les partis qui ont accepté de soutenir cette action en se regroupant au sein de la "majorité présidentielle". Ce dont on se félicite davantage, c'est que cette Charte met en place plusieurs organes ayant des compétences et des missions distinctes. Elle définit notamment les modalités et les conditions dans lesquelles seront nouées les alliances lors des élections à venir.
Concrètement, à quel stade de ces échéances cette Charte sera -t- elle appliquée sur le terrain au cours de la période cruciale qui arrive ?
La charte prévoit qu'au premier tour, chaque formation politique s'engage seule dans la bataille et que les coalitions, les alliances n'interviendront qu'au second tour. Cette idée a été arrêtée afin que nous ne nous affrontions plus entre nous comme par le passé. L'objectif recherché était aussi de gérer au mieux les intérêts de tous les membres de la majorité. Cela suppose que chaque parti s'organise alors en tenant compte de cette donnée fondamentale. Au niveau du CLR, nous allons organiser notre campagne autour de nos idées forces, et nous arrêterons la liste des candidatures avant le 15 septembre, en nous fondant sur la base de conditions préalables qui puissent nous permettre de ne pas seulement participer au scrutin ou faire de la figuration, mais de gagner le plus grand nombre de sièges possibles pour nous affirmer comme la troisième voie, celle du centre et qui hait les extrémismes.
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