Libreville (L'Union, 11/09/2001) - Le Front des partis du changement (FPC) fort du CDJ, de l'URDP, du RDR et du RNB/Démocrate, via le Pr Pierre-André Kombila, a exprimé, il y a quatre jours, de sérieuses réserves par rapport à l'appel aux "candidatures communes" lancé, mardi 4 septembre, par le chef du PSD, Pierre-Claver Maganga Moussavou.
LA stratégie de la candidature unique de l'opposition aux prochaines élections législatives est désormais la cause d'un conflit ouvert entre les partis membres du Front des partis du changement (FPC), qui se compose du CDJ, de 1'URDP, du RDR, ainsi que du RNB/Démocrate, et le Parti social démocrate (PSD), dont le président, Pierre-Claver Maganga Moussavou, s'est présenté en champion de cette idée, en appelant ses pairs, mardi 4 septembre, à s'engager dans cette voie.
Répondant au chef du PSD, qui estime qu'en optant pour des "candidatures uniques dans au moins soixante circonscriptions", soit la moitié des cent vingt sièges que compte la chambre des députés, l'opposition gabonaise se donnerait ainsi des "chances de succès" et serait en mesure de "répondre aux attentes des Gabonais", le Pr Pierre André Kombila Koumba a déclaré discutable cette proposition.
Dans un entretien, samedi matin 8 septembre, sur les antennes de Radio-Gabon notamment, le président du Rassemblement national des bûcherons, tendance Démocrate, a récusé cette idée qui arrive soudainement alors que deux mois seulement nous séparent des futures élections législatives.
DOUTES • Selon le Pr Pierre-André Kombila Koumba, qui a fustigé la démarche à tout le moins solitaire du chef du PSD, le fait que ce dernier ait choisi de faire cette annonce en public, prenant les autres partis politiques et leurs leaders par surprise, jette le doute sur l'objectivité de cette stratégie qui risque de ressembler à 1'avenir à une occasion manquée qui ne dit pas son nom. Cette "question importante aurait du faire l'objet au préalable de sérieux, débats", a-t-il déploré.
Même s'il a laissé entendre qu'il reste ouvert à tout arrangement possible à ce sujet, il ne semble pas à l'évidence qu'une telle proposition pour judicieuse qu'elle puisse paraître, fasse recette parmi ses pairs. En particulier ceux du FPC, dont il a implicitement déploré que le PSD n'en fasse pas parti; accusant en silence son leader d'avoir au départ minimisé le levier fort qu'aurait depuis longtemps constitué pour l'opposition toute entière, le fait de s'engager sur cette voie bien avant ces échéances majeures.
Certes, il ne semble pas qu'il se soit exprimé officiellement au nom de ce conglomérat de partis de 1'opposition conduit à ce jour par le président du Congrès pour la démocratie et la justice, Jules Aristide Bourdès Ogouliguendé, seul habilité à s'exprimer en leur nom, mais il ne semble pas moins qu'au sein du FPC on soit prêt à se laisser embarquer par toute initiative de ce type prise en dehors de cette structure.
C'est en tout cas ce que traduit le message délivré par le Pr Kombila Koumba, faisant valoir que l'idée de "candidatures communes" que comporte le souhait du leader du PSD, "suppose qu'il y ait eu d'abord entente" entre les partis, ou que ces derniers partagent "un projet de société commun".
DEFI • Or, ceci hélas n'est pas encore d'actualité, ainsi que l'indiquent en définitive les limites de la démarche du président du PSD, accentuées par le constat selon lequel "depuis trois ans, l'opposition a du mal à se retrouver pour se doter d'une charte politique" tel que l'a fait depuis lors le FPC. "Sous réserve des dispositions du code électoral, à élaborer des listes communes pour toutes les élections de liste, en retenant dans l'ordre les candidats les mieux placés" précise leur charte politique, qui indique qu'ils ont plusieurs longueurs d'avance par rapport au chef de file du PSD.
Cela dit, avec la ligne de fracture qui s'est dessinée déjà avec les premières critiques que suscite dans l'opposition cet appel de Pierre-Claver Maganga Moussavou, c'est de nouveau le spectre d'une division qui plane au-dessus de ce pan de la classe politique, où d'autres voix à 1'instar du père Paul Mba Abessole, le président du RNB/Nouveau Départ, avaient trouvé à redire aussi sur cette stratégie.
Ceci est d'autant plus vraisemblable que l'opposition court toujours après cette stratégie depuis le retour au multipartisme, en témoignent les initiatives avortées de la COD et de la Convention des forces du changement, ainsi qu'a semblé l'indiquer le Pr Pierre-André Komila, se demandant à mots couverts pourquoi le leader du PSD ne s'engage-t-il pas au sein du FPC ou de ce qui reste du HCR où de telles stratégies sont envisagées.
Au siège du CDJ, hier matin, militants n'ont par contre pas hésité à relever, entre autres, comme un paradoxe le fait d'entendre, dans le contexte de "démocratie conviviale" qui prévaut, le leader du PSD appeler à la constitution d'une opposition forte qu'induit la stratégie de candidature unique. Voilà qui place du coup l'opposition dans son ensemble, face au défi de clarté à deux mois des élections législatives.
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