A l'occasion de la quatrième édition du festival Africa Fête dont la cérémonie d'ouverture a eu lieu avant-hier, les rencontres professionnelles ont permis aux opérateurs culturels de se réunir.
Ainsi, ils ont pu échanger autour de thèmes majeurs relatifs à leur activité, en particulier la circulation et la diffusion des arts et des oeuvres des artistes, en vue d'adopter des stratégies de structuration et de promotion du secteur musical.
Après les témoignages de trois représentants de pays africains (Gabon, Cameroun et Sénégal) qui ont fait un état des lieux de leurs paysages musicaux respectifs, les débats se sont centrés avant-hier matin sur les problèmes de la circulation des artistes et de la diffusion des oeuvres phonographiques. Deux conditions qui se révèlent incontournables pour assurer le rayonnement de l'Afrique et promouvoir la diversité culturelle. Au delà des spécificités culturelles et sociales nationales, il est apparu que les pays d'Afrique centrale et d'Afrique de l'Ouest partagent des préoccupations quasi-identiques. Les défaillances en terme de circulation des arts et des artistes constituent des freins au développement d'un secteur musical pas encore rentable à l'heure actuelle. Or, il s'agit d'un secteur stratégique, viable et porteur. L'entreprise et de l'industrie culturelles sont des «locomotives incontournables, mais, hélas jusqu'ici relativement ignorées, du développement économique», comme l'a souligné le conseiller du ministre de la Culture et du patrimoine classé, Moustapha Tambadou. Selon Ousmane Faye manager du Super Diamono, il faut parvenir à une «synergie palpable et pratique» entre pays africains. Suite aux discussions relatives à la circulation des artistes, il a dégagé sept contraintes majeures et a avancé quelques éléments de réflexion afin de «passer à l'acte». Ces contraintes sont liées aux transports internationaux, aux sources de financement, à la programmation et à la communication. Il existe également des problèmes en terme de logistique (sonorisation, lumière...) et au niveau des frontières (visas). Ousmane Faye a insisté sur le rôle moteur des professionnels du secteur musical, avec l'appui des pouvoirs publics, ainsi que sur la nécessité de réfléchir sur un outil formalisé capable de structurer ce secteur.
Mamadou Konté président de l'association Tringa Musiques et développement, initiateur du festival Africa fête, a quant à lui proposé la mise en place de «réseaux restreints» en Afrique centrale et en Afrique de l'Ouest, relayés au niveau étatique et travaillant en étroite collaboration, en vue de réaliser une véritable intégration culturelle en Afrique. Il s'agit de progresser «par paliers».
Malgré l'absence des opérateurs culturels du Mali, de la Guinée et du Burkina Fasso, Ousmane Faye a énuméré les premières conclusions de ces rencontres professionnelles, conclusions sur lesquelles il faudra donc certainement revenir dès l'arrivée des absents.
La formalisation et la mise en place d'un cadre interprofessionnel pour la circulation et la diffusion des arts et des artistes en Afrique de l'Ouest ont été programmées, dont le point de référence et de coordination serait Africa Fête. Un calendrier précis a également été adopté, prévoyant notamment la création d'un Comité d'initiative regroupant tous les acteurs et l'organisation d'une téléconférence visant à mobiliser ces acteurs. Dans ce cadre, un document mémorandum porteur d'un projet de développement culturel régional devra enfin être élaboré et présenté aux autorités politiques nationales.
La question de la création de fonds de soutien circulation/diffusion, au niveau national, régional et continental, visant à harmoniser les moyens de financement et les efforts a été abordée. A titre de comparaison, Jean-François Michel, directeur du Bureau Export de la musique française a présenté les expériences de systèmes d'organisation des pays occidentaux. Il a tenu pour sa part à mettre l'accent sur la dimension économique de structures comme le Bureau Export ou le Bureau européen opérationnel depuis peu, au delà de l'objectif de développement de la présence d'artistes nationaux à l'étranger et de promotion de la diversité culturelle. Il s'agit d'une «diversité culturelle bien comprise». Le directeur du Bureau Export de la musique française s'est déclaré favorable à la création de réseaux d'échanges culturels entre l'Europe et l'Afrique. Plus précisément, il a parlé d'un éventuel partenariat entre les fonds de soutien européens et de futures structures similaires mises en place au niveau du Continent africain et démultipliées à l'échelle régionale et nationale.
Enfin, Moustapha Tambadou a délimité les missions des pouvoirs publics en vue de structurer le secteur musical. Il leur appartient, selon lui, à travers des politiques volontaristes, de «baliser la voie au développement de l'industrie culturelle, en agissant sur les principaux goulots d'étranglement : l'environnement juridique, la professionnalisation et la protection sociale des artistes».